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Salim Ali Amir : 30 ans de carrière d’artiste célébrés demain

Salim Ali Amir : 30 ans de carrière d’artiste célébrés demain

Culture |  | Abdallah Mzembaba

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Il est la référence nationale en matière de musique. Il a écrit l’Histoire de sa passion au niveau national et marqué des générations de Comoriens et même d’étrangers. Il fête aujourd’hui ses trente ans de carrière. TRENTE ans. Trois décennies à parcourir le pays, à pondre des tubes et à s’inviter dans le cœur et le quotidien de tous les Comoriens. Il, c’est Salim Ali Amir artiste complet au répertoire impressionnant. Il a su s’imposer tout en restant le même “humble et modeste car au final nous sommes avant tout des hommes”. Al-watwan s’est entretenu avec cet artiste d’exception qui a su, envers et contre tout, réaliser son rêve.

 

Comme un symbole, demain samedi, Salim Ali Amir fête ses cinquante cinq ans et ses trente ans de carrière.

Des symboles il y en a pleins et nous y reviendrons. Notre rencontre a eu lieu hier en fin de matinée dans une cafétéria du quartier Badjanani. Nous y retrouvons un homme simple et courtois au look “djeun’s”.

55 ans. Des chiffres, ce n’est pas ce qui manque. Onze albums, plus de deux mille chansons, trente ans de scène et des centaines de milliers de fan dans les quatre recoins du pays et peut-être plus encore au sein des Comoriens installés à l’étranger.

Salim Ali Amir plonge, avec nous, dans ses souvenirs et son parcours les yeux brillants tel un enfant. La postérité acquise et le succès qui va avec n’ont eu que peu d’effet dans sa manière d’être. “Il faut savoir gérer son succès.

Etre humble et en contact permanent avec les gens. Ne pas perdre ses repères sous prétexte qu’on a sorti deux ou trois chansons à succès.

Au final, c’est le public qui reste roi et il faut savoir être reconnaissant. C’est comme ça qu’il te rend meilleur et qu’il te donne tout son amour”, déclame ce père de six enfants.


 
Humilité

C’est peut-être cela le secret de sa réussite et de sa longue carrière. Etre au contact des gens, s’inspirer de leur vécu pour en tirer le meilleur et surtout donner sans rien attendre en retour.

S’il dit ne rien attendre, il sait aussi qu’il a tout reçu. “Ngaya, we do mbaba mwema, Ngaya we do mdzadze mwema, Ngaya we do mdjomba mwema, pvo wa ni renda hindru”. Ngaya, c’est sa famille, son refuge, son tout.
Ngaya c’est là où, en 1989 à l’âge de 27 ans, il a commencé cette carrière. Riche.

Dans son tube du même nom, il remerciera les personnes qui l’ont inspiré et par lesquelles il a tout appris “sans qu’ils le sachent”. “Avec eux, j’apprenais dans mon coin et au bout d’un moment on m’a poussé vers le devant pour prendre les rênes de Ngaya” dit-il le regard vers le ciel comme pour montrer sa gratitude.

D’autres artistes l’ont inspiré. Il citera en premier George Benson le célèbre jazzman américain. “Quand tu l’écoutes, tu te demandes comment il fait et forcément tu veux faire pareil”.

Le Jazz, Salim ne sait pas en jouer et si ce n’est pas un regret ça reste un pincement “si je savais jouer du jazz, je t’assure que la musique comorienne aurait fait un malheur dans le monde entier” dit-il avec ardeur.

Autre influence, son ami congolais Lokua Kanza “c’est un maitre, sa manière de chanter, de composer et d’arranger ses chansons est fantastique”.

Trouver sa voie

Pourtant, ce n’était pas facile dans les débuts. “Mon père était farouchement opposé à l’idée que je fasse de la musique et il est mort sans savoir que j’en faisais.

Je suis même allé à Ndzuani en 1977 dans le festival du 3 août sans que mon père sache que j’y étais pour la musique”. Paradoxalement, c’est ce même père que Salim cite en premier quand il s’agit d’énumérer les personnes à qui il doit sa carrière.

“Il n’était pas contre la musique pour des raisons religieuses mais à cause de l’influence que celle-ci et tout ce qui tourne autour pouvait avoir sur moi”. “Mais au début, c’est lui qui m’a initié dans les chants religieux”.



“Perte de comorianité”

Il citera en plus de son père, sa tante “elle m’a acheté un électrophone qui m’a permis d’assouvir ma soif de musique et de maitriser les chansons françaises de l’époque même si je n’en comprenais rien”.

Il n’oubliera surtout pas son fundi. Un certain Saïd Ali Louey “Fundi Ali m’a appris la flûte et c’est à travers cela que j’ai pu composer mes premières notes de musique”. La suite nous la connaissons tous. Aujourd’hui, le clavier reste son instrument de prédilection.

S’il sait se servir de quasiment tous les instruments de musique, le violon, lui, lui résiste “c’est mon instrument de rêve, c’est mon objectif”. Des regrets? “Pas de regret, juste des souhaits. J’avais vraiment envie d’apprendre dans un conservatoire. Ca m’aurait permis d’apprendre le Jazz ce qui m’aurait permis de mieux exporter la musique comorienne”.

Et à ce sujet, il prône l’ouverture d’un conservatoire national qui pourrait aboutir à la professionnalisation de la musique,  dit-il avant de s’insurger contre la fanfare nationale qu’il trouve “indigne”.

Salim, indexe le manque de “comorianité de la musique locale. Beaucoup d’artistes actuels ont tendance à copier la musique étrangère. Tu retrouves des gens qui ont une très belle voix mais soit ils copient ailleurs soit ils chantent un peu n’importe quoi”.  


Pas d’accompagnement

Il dira avoir fait trois albums avant de commencer à s’exporter “c’est mon quatrième album qui a eu plus de répercussion comorienne et moins d’influence étrangères”. Celui qui a fait plusieurs fois le tour du pays déclare que le public sur l’île de Ndzuani est le plus accueillant : “il est extraordinaire et l’engouement est toujours au rendez-vous”.

Par ailleurs, “quand j’ai commencé, j’ai été très surpris de voir que mes chansons étaient connues partout” s’exclame t-il. Salim a participé à des festivals partout dans l’Océan indien, en Afrique de l’Est et en Côte-D’ivoire. Mais ce qui le rend fier c’est de voir que

 

toutes les générations s’intéressent à mes chansons. C’est pour ça que je fais toujours en sorte à ce que mes chansons soient intemporelles afin de toucher l’ensemble des Comoriens.

 

Mka ayetshe et Siyasa Bojo sont là pour le prouver au besoin. Aux Comores, Salim est un des très rares artistes à vivre de la musique : “c’est compliqué car il n’y a aucune structure, aucun moyen d’en vivre. C’est pourquoi on est obligé de composer pour les mariages”.

Dans ces conditions, il ne comprend que trop ceux qui partent pour espérer avoir un avenir meilleur à l’étranger.”La conséquence est qu’aujourd’hui il n’y a presque pas de relève”.


 
“Rohff m’a impressionné”
 
Au niveau des collaborations, et il y en a eues, “Rohff est celui qui m’a le plus impressionné mais c’était relatif. Quand tu le vois écrire les paroles à l’instant même et arranger la chanson tu te rends compte que c’est quelqu’un qui s’y connait.

Du coup ça a été plus facile de travailler avec lui avec le résultat que vous connaissez”. Il estime avoir composé plus de deux milles chansons si on compte celles des mariages. Sinon, elles tourneraient autour de deux cents.

Deux cents chansons parcourant des thèmes aussi divers et variés tels que l’amour, la politique, l’homme, la santé, les droits de l’homme ou encore la famille.

A la question de savoir s’il les connait toutes par cœur, il rit avant de répondre par la négative “c’est impossible mais j’ai des copies de toutes mes chansons”.

Il dira par ailleurs ne pas avoir de chanson préférée parmi toutes ses chansons “si je les ai sorties c’est parce qu’elles m’ont plu”.

D’autres sont en compositions pour le prochain album. “Je ne peux encore pas vous dire quand il sortira mais ce qui est sûr c’est que je ne prends pas ma retraite avec ce trentième anniversaire”.
C’est tout le mal qu’on lui souhaite.

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