A travers les mots partagés, cette rencontre poétique a soutenu que la liberté commençait toujours par la parole

 

Parle-nous. Parle-nous de ce qui te ronge le cœur. Parle-nous de ce qui te fait peur. Parle-nous de ce que tu vois quand tu fermes les yeux. Crève l’abcès. Parle-nous de ce qui habite tes pensées. Parle-nous de tes sentiments étouffés. Parle-nous de ton histoire. Parle-nous en douceur. Parle-nous d’une voix irritée. Parle-nous d’une voix saccadée. Mais parle”. C’est par cette incantation, répétée comme un battement intérieur, que Mahamoud Bachirou a ouvert la célébration de la 28è édition du “Printemps des poètes”, samedi 28 mars au Paradis des livres à Moroni.


Accompagné par Malik N’Guetta, les deux maîtres des mots ont retenu l’attention de l’assistance avec leur poésie scandée et, parfois, chanté.
Sous le thème 2026, “La liberté. Force vive, déployée”, la rencontre a transformé ce lieu du livre en espace d’écoute et d’introspection où les mots ont traversé la salle comme une respiration comme pour soutenir que la poésie demeurait, avant tout, un acte de liberté.


Devant un public attentif, presque recueilli, la poésie s’est faite parole urgente. En format table ronde, les deux poètes se sont livrés avec simplicité, presque à nu, en retraçant leur entrée dans l’univers de l’écriture. Tous deux auraient découvert la poésie sur les bancs de l’école, là où naît, souvent, le premier vertige des mots.

Faire dialoguer les identités
 
Pour Mahamoud Bachirou, écrire relève d’une nécessité vitale. “On doit écrire pour exister”, affirme-t-il, tout en évoquant une tradition comorienne profondément poétique, présente dans les chants, les récits et l’héritage de figures majeures comme le roi et poète, Mbae Trambwe. Le slameur revendique aujourd’hui une écriture métissée, mêlant langue comorienne et français, afin de faire dialoguer les identités et révéler la magie des mots jusque dans le geste et la performance scénique.


De son côté, Malik N’Guetta rappelle que la poésie n’appartient pas à une élite contrairement à ce que beaucoup ont tendance à penser. Elle se vit, se partage et s’écrit partout où une émotion cherche un passage vers la lumière.

Un travail “scientifique”sur Mbae Trambwe

Les échanges avec le public ont prolongé cette célébration au-delà des lectures. Idées, réflexions et projets ont émergé, dont la proposition d’un travail scientifique consacré à la poésie, justement, du roi-poète Mbae Trambwe, preuve que la poésie peut aussi nourrir la recherche et la mémoire collective. La rencontre a également mis en avant la richesse de la créolisation des langues, perçue comme une force culturelle majeure capable de dire la beauté du monde dans toute sa pluralité.

 Mais derrière l’enthousiasme demeure un constat lucide. “Dans un pays façonné par la tradition orale, les écrivains comoriens vivent rarement de leur plume et leurs œuvres restent encore peu lues”. Pour Mahamoud Bachirou, la réponse est claire, “il faut aller vers le public”. C’est dans cet esprit qu’il poursuit ses tournées artistiques, notamment avec sa pièce théâtrale Amane, parcourant les espaces culturels des îles pour porter son écriture là où elle respire le mieux, au contact direct des gens.