L’Expert national en patrimoine culturel, Missoubahouddine Ben Ahmed, revient sur la lutte contre les produits contrefaits qui “mettent en péril” le savoir-faire traditionnel du Kofia, où en est, concrètement, le processus d’inscription du couvre-chef à l’Unesco et sur la transmission aux jeunes générations du savoir-faire lié au Kofia

 

 Au-delà de l’effort mené pour la reconnaissance internationale, quelles mesures concrètes envisagez-vous mettre en place pour assurer la transmission du savoir-faire lié au Kofia aux jeunes générations et garantir la survie de cet art ancestral?


Tout d’abord, il est indispensable de comprendre que le kofia est un symbole d’appartenance et de continuité culturelle. Son port intemporel par le Comorien reflète l’importance et le soin accordé à l’apparence et au respect des normes sociales. Au-delà de la reconnaissance internationale, l’Etat comorien et les institutions en charge du patrimoine culturel, devront mettre en application la politique culturelle nationale, en mettant en place des institutions et en renforçant les capacités du Centre national de l’artisanat comorien (Cnac),

en matière de formation sur la couture et la broderie traditionnelle, notamment celle à laquelle on recourt dans le Kofia, appuyer les ateliers communautaires détenus par des associations ou groupements de femmes. Cela aidera à améliorer les revenus des communautés et des personnes détentrices de ce savoir-faire. 
Le kofia reste une puissante expression du savoir-faire, de la créativité artisanale et de l’activité économique, particulièrement, de la femme comorienne. C’est donc un puissant moyen d’asseoir l’amélioration des revenus des femmes et de soutien au développement économique durable et inclusif. Il est crucial que l’Etat pense à élaborer une méthodologie pratique pour la transmission intergénérationnelle de ces savoir-faire à l’échelle nationale.
  
Comment comptez-vous lutter efficacement contre les produits contrefaits qui mettent en péril ce savoir-faire traditionnel?


Des mesures simples et pratiques peuvent être mises en œuvre pour une meilleure protection, dans les normes à la fois nationales et internationales. Au niveau national, la loi N°20-33/AU du 29 décembre 2020, promulguée par le Décret N°21-013/PR est claire dans son Article 22.
On peut s’appuyer sur les outils internationaux, tels que l’Unidroit ou encore la convention 2005 de l’Unesco. On peut, concrètement, penser à sa labellisation.
Toutefois, il faut noter que la meilleure manière de protéger un patrimoine culturel immatériel, tel que le kofia, c’est d’asseoir sa vitalité et sa viabilité. C’est-à-dire encourager sa transmission et faire en sorte que les détenteurs et les praticiens puissent vivre de leur art.

Où en est le processus d’inscription du Kofia à l’Unesco et quelles sont, concrètement, les prochaines étapes à franchir?


Dans cette lancée, nous sommes à une étape significative. L’engouement témoigné par les communautés et les individus détenteurs de ce savoir-faire est remarquable, c’est un gage de leur consentement. C’est un aspect fort apprécié par l’Unesco dans ce genre de procédure. La préparation du dossier est en cours.
En termes de délais, nous avons jusqu’au 31 mars pour pouvoir déposer notre candidature pour inscription en 2027 sur la Liste Représentative du patrimoine vivant de l’humanité. Les autorités doivent mobiliser des ressources nécessaires pour que nous puissions finir, valider en atelier national et déposer dans les délais impartis.