Le président du Casm revient sur l’évènement, ses perspectives et l’importance de la lecture dans l’épanouissement de l’enfant

 

Le Festival du livre jeunesse vient de s’achever. Quel regard portez-vous, à chaud, sur cette édition?


La satisfaction au-delà même de nos attentes. Le festival a réussi à mobiliser la jeunesse de Ngazidja, Mwali et Ndzuani notamment à travers les clacs. Les retours que nous recevons montrent clairement que cet événement fera date. Nous avons fait le choix d’une communication sobre, non tapageuse, mais efficace, et cela a porté ses fruits.
S’il y a un regret, c’est le manque d’implication des écoles, malgré les démarches et la communication menées en amont. Cela dit, la mission est accomplie, et je remercie sincèrement toutes celles et ceux qui se sont mobilisés. Mon plus grand bonheur reste d’avoir vu des jeunes filles et garçons des quartiers se rassembler autour de la lecture. Les voir vibrer au rythme des livres, c’est une immense victoire.

Comment analysez-vous cette mobilisation du public et que vous inspire-t-elle par rapport à l’avenir de la lecture aux Comores?


Cette question dépasse ma petite personne. Prétendre avoir une réponse toute faite aux défis de la lecture chez nos enfants serait mentir. Ce que je sais, en revanche, c’est ce que je fais : mobiliser, impliquer la jeunesse, créer des espaces de rencontre et d’échange. C’est de ces échanges que naissent les idées et les créations. Mon rôle, c’est un peu celui d’un chef d’orchestre. Il ne faut plus regarder la question de la lecture aux Comores à travers des lunettes déformantes. Les premiers acteurs de cette dynamique, ce sont les Clacs. Le Casm reste une association de quartier.

Pourtant, ce que nous avons réalisé durant ce festival aurait mérité une mobilisation bien plus large des Clac, et ce n’est pas faute de les avoir associés dès le départ. Des courriers ont été envoyés, sans suite. Désormais, nous souhaitons travailler davantage avec les associations, les villes et les villages. C’est un nouveau défi, une aventure qui commence. Quels que soient les moyens, je ne peux pas abandonner ces jeunes qui ont une véritable soif de lecture.

Dans un contexte marqué par les défis éducatifs et numériques, quelle place le Casm souhaite-t-il donner au livre et à la lecture dans la construction du citoyen de demain?
Dans les statuts du Casm, le premier objectif est l’éducation. C’est une suite logique de ce que nous faisons depuis 1992. Nous croyons fermement que sans le livre, il n’y a pas d’éducation. Le livre doit être le jouet numéro un de l’enfant. Aujourd’hui, nous commandons des livres dont le coût de dédouanement est parfois équivalent, voire supérieur, à leur prix d’achat. Si l’Etat ne s’approprie pas cette question fondamentale du livre, qui le fera? Nous avons des conventions qui ne sont pas respectées. Nous travaillons encore avec des ouvrages datant des débuts du Casm : ce n’est pas normal.


Il faut mettre en place de véritables moyens pour soutenir les métiers du livre. C’était d’ailleurs l’objectif de la table ronde organisée à l’Afm : redonner toute leur place aux acteurs du livre. Il faut aussi reconnaître que sans le soutien de l’Ambassade de France aux Comores, ce festival n’aurait tout simplement pas vu le jour.

Quels impacts espérez-vous que ce festival laisse chez les enfants et les jeunes participants?


Il est déjà visible. Hier, à la bangwe Irungudjani, ce fut la cerise sur le gâteau. Des enfants ont illuminé le quartier, notamment avec la distribution de deux cent livres. Mais ces ateliers ne doivent pas s’arrêter avec la fin du festival. Nous devons former ces jeunes à l’animation socioculturelle afin qu’ils fassent de leurs quartiers des espaces d’épanouissement où le livre aura son mot à dire. Il ne faut pas attendre la prochaine édition pour donner du sens à la lecture. Nous voulons multiplier les rencontres sur les places publiques pour donner le goût de lire. Et les parents doivent être pleinement associés. Un enfant lit quand il voit ses parents le faire. Tout commence et tout passera par la famille.

Ce festival a reposé sur plusieurs collaborations. Quelle importance accordez-vous aux partenariats dans la réussite d’un tel événement?


Je tiens à saluer la librairie Paradis du livre et Naima Soulaymane, aujourd’hui la seule à proposer un véritable rayon jeunesse. Elle nous a fourni les livres à des prix parfaitement accessibles, ce qui nous a permis de mettre à disposition près de cent livres jeunesse. J’aimerais que nous puissions réunir écrivains, libraires et acteurs culturels pour redonner du sens au livre dans ce pays. Le fil conducteur du festival, c’était le livre, et rien d’autre. Certains me proposaient d’y ajouter de la musique ou d’autres animations, mais nous avons fait le choix assumé de la lecture seule. Nous voulions montrer qu’on peut écouter un texte avec attention, presque religieusement, et que la parole du lecteur mérite d’être entendue sans artifices.

Quels ont été les principaux défis organisationnels et quelles leçons en tirez-vous pour l’avenir?


Le principal défi a été de faire comprendre aux jeunes que ce projet est le leur. Si les jeunes ne vont pas vers les bibliothèques, alors ce sont les livres qui doivent aller vers eux, dans les quartiers et les places publiques. Nous devons faire adhérer les îles, les quartiers et les associations à ce projet pour lui donner tout son sens. Je tiens à rendre un hommage particulier à l’auteur Mahamoud Bachhirou, véritable homme de l’ombre. Malgré les nombreux reports du festival, il est resté constant, partageant sa passion avec les jeunes. Si nous avions dix Bachhirou, nous n’aurions rien à envier à personne. Derrière son calme se cache un grand professionnel, passionné et passionnant. Il dit ce qu’il fait et fait ce qu’il dit.


Je n’oublie pas Abdoulhak, notre véritable couteau suisse, au four et au moulin, qui a su mobiliser les jeunes du Casm, ni Baptiste, à la fois lecteur, organisateur, photographe, et surtout d’une gentillesse remarquable avec les enfants.

Quel message souhaitez-vous adresser aux enfants et aux jeunes qui ont découvert le plaisir de lire?
Continuez à lire. La réussite scolaire passe par la lecture, quel que soit le livre. Le livre doit être le premier jouet de l’enfant.