A travers une «carte blanche», l’artiste promet de faire dialoguer musique, slam, danse et arts visuels en souvenir d’un évènement d’il y a cinquante ans

 

Après le spectacle «Mtoulou», présenté hier à l’Alliance française de Moroni, l’auteur-compositeur Ahamada Smis poursuivra ce cycle mémoriel avec une conférence slammée prévue ce vendredi 13 février à 15h30, toujours dans l’institution française, dans le cadre de la commémoration des 50 ans de ce qu’il est convenu d’appeler le «Massacre des Comoriens de Mahajanga, la deuxième ville de Madagascar. Un rendez-vous où l’histoire va se slamer au plus près des émotions et des corps, loin des discours figés.

    
Durant cette conférence, la parole est invitée à devenir acte de guérison, et l’art, un remède contre l’oubli. L’auteur-compositeur déploie une carte blanche puissante et sensible autour de l’une des pages les plus douloureuses de l’histoire des Comoriens à savoir le massacre des Comoriens de Majunga (Mahajanga), survenu en 1976 à Madagascar.


Sous la forme d’une conférence slammée, l’artiste va déclamer des textes issus de son spectacle «Sabena» (de l’expression qui avait servi, pendant longtemps, à désigner le douloureux évènement), tout en diffusant des témoignages de rescapés recueillis sur le terrain lors de sa résidence d’écriture sur la Grande Île. «Des voix brisées, des récits intimes et des silences lourds de sens».

Parler pour panser

Armé de musique, slam, danse et arts visuels, Ahamada Smis choisit de «parler pour panser», tout en insistant les autres à faire de même. Sa démarche est claire : revenir aux racines du drame pour mieux en comprendre les fractures. La conférence va s’ouvrir ainsi sur un travail de contextualisation historique et géographique entre Madagascar et l’Archipel des Comores, afin d’éclairer sur les origines de cette catastrophe, survenue à Mahajanga, une ville où, en 1976, près du tiers de la population était d’origine comorienne.


Avant d’ouvrir la parole au public pour les questions et témoignages, l’artiste expliquera le processus de création de son spectacle pluridisciplinaire et les raisons de son choix artistique. Celui de traiter cette tragédie à travers quatre langages : la musique, le slam, la danse et les arts visuels. Des extraits du spectacle viendront ponctuer cette rencontre, comme des respirations, des fragments de mémoire mis en lumière.


Pour clore sa carte blanche, Ahamada Smis retrouvera la scène de l’Afm lors d’un concert, samedi 14 février à 20h, avec «Origines Live Solo». Un seul-en-scène électro-acoustique, à la croisée des mondes, mêlant chanson, slam, rap, musique traditionnelle comorienne et technologies contemporaines. Dzendze, gabusi, kayamba, pédale de sample s’entrelaceront pour revisiter un parcours artistique de plus de vingt ans, naviguant entre hip-hop et musiques de l’Océan indien.