Entre mutation des modes de vie et absence de transmission, ce patrimoine sonore et un des piliers de la culture comorienne, s’éteint peu à peu

 

Il fut un temps où les chants des mers rythmaient les journées de pêche et de travail dans les djahazi (boutres) et faisaient battre le cœur des villages au gré des marées et des saisons. Aujourd’hui, ces chants, jadis omniprésents à Ndzuani, ne résonnent plus que dans la mémoire de quelques anciens.
Entre oubli, mutation des modes de vie et absence de transmission, ce patrimoine sonore, un des piliers de la culture comorienne, s’éteint peu à peu. L’ancien pécheur de Domoni ya Ndzuani, Abou Bacha communément connu sous le nom de Mweo, se rappelle encore de ces chants qui, en pleine mer, leur permettaient de “maintenir le rythme” surtout quand la mer était agitée.    


“”Sheri mpendzi nalia, Dala izo nakohambia bewami tsi mwalimu wayidunia. Je vous jure, avec nos petits chants de mer, nos barques allaient à une vitesse folle. On oubliait les vagues et tous autres difficultés, ont avait la force d’un requin. Malheureusement, aujourd’hui les jeunes pécheurs ne s’intéressent plus à ce patrimoine et il s’éteint de plus en plus. Il reste que nous pour les raconter”, regrette Abou Bacha.

Et le brut a remplacé la voix

Il “apprécie” que les journalistes et des institutions chargées du sauvegarde du patrimoine, “se penches sur la question car, c’est de notre identité qu’il est question”. Sur les côtes de Mtsamdu et Domoni des anciens se souviennent encore de ces mélodies autrefois entonnées à l’aube, lorsque les pêcheurs tiraient les filets ou quand les travailleurs dans les djahazi soulevaient des charges des plus lourds. “Nous chantions pour avoir plus du courage, pour nous accorder dans le mouvement, mais aussi pour remercier la mer”, raconte l’ancien travailleur des djahazi, Saïd Omar, âgé aujourd’hui de 72 ans.


Ces chants, souvent improvisés, mêlaient récits de navigation, invocations à Dieu et messages d’amitié. Leur fonction était à la fois sociale et spirituelle. Ils unissaient les hommes, éloignaient la peur du large et transformaient l’effort en rituel collectif.Aujourd’hui, le bruit des moteurs a remplacé ces voix, et rares sont les jeunes pêcheurs capables d’en fredonner un couplet. “Je me rappelle encore de ces moments de dur labeur. Moi, j’étais chargé d’évacuer l’eau du djahazi. Que cela! Et, je ne vous le dit pas, c’était trop difficile. Toutefois, ces chants représentaient un second souffle. Je pense que c’était aux années 1950 et 1960”, raconte Saïd Omar, sourire aux lèvres. 

Fragilisation

Toutefois, “avec l’âge”, il ne se rappelle plus suffisamment bien de ces chants.   
L’absence d’archivage de ces chants de mer, la disparition des anciens détenteurs de ces savoirs et la faible valorisation institutionnelle fragilisent ce pan essentiel du patrimoine comorien. Les rares collectes réalisées par des chercheurs restent éparses et peu connues du grand public. Pour certains chercheurs du Centre national de documentation et de recherche scientifique (Cndrs), il devient urgent de documenter et d’enregistrer ces chants, avant qu’ils ne disparaissent complètement. Pour vu que…