Malgré une scène artistique dynamique, l’absence d’un écosystème culturel solide empêche les créateurs de vivre pleinement de leur métier

 

Aux Comores, “vivre de son art” demeure, aujourd’hui encore, un défi quotidien pour la majorité des créateurs. Malgré une richesse culturelle reconnue et une vitalité artistique indéniable, le secteur peine à se structurer en véritable économie capable d’assurer des revenus stables aux artistes. Depuis plusieurs années, la part du budget de l’Etat consacré à la culture est plus que dérisoire ce qui limite les initiatives à des actions ponctuelles, souvent dépendantes de partenaires extérieurs ou de la seule mobilisation associative.

 

Dans ce contexte fragile, les artistes poursuivent leurs engagements davantage par passion que par perspective professionnelle : “Je trouve qu’il est difficile de vivre de son art au pays. Cela fait quelques années que nous prestons sans relâche sur la scène théâtrale, mais les revenus ne suivent pas. Comment faire vivre une compagnie d’une dizaine de comédiens avec des cachets allant de 50.000 à 150 000 francs par spectacle? C’est impossible? Nous continuons uniquement par amour des arts et de notre Culture”, s’est confié le comédien et président de la Compagnie Nombaba Théâtre.
L’absence d’infrastructures adaptées constitue également un frein majeur. Depuis des années, le seul espace offrant un cadre professionnel stable reste la salle de spectacle de l’Alliance française de Moroni, considérée par les artistes comme l’unique guichet capable de garantir des conditions techniques conformes aux standards artistiques. En dehors de cette structure, les opportunités demeurent rares et souvent précaires. Certains acteurs culturels comoriens se plaignent du bénévolat dont ils font face ou encore les prestations d’une manière caritative.

Acte de résistance culturelle
 
“On ne peut pas véritablement se targuer de vivre de son art aux Comores. Nous ne nous en sortons qu’avec quelques projets internationaux qui arrivent une fois par an ou jamais chez certains. Un artiste sur dix seulement vit de son art”, estime le plasticien Zainou El Abidine Ali, alias Picasso qui “tient à rappeler” que les expositions locales ne garantissent ni cachet ni accompagnement professionnel, et que certains espaces exigent, même, des commissions sur les ventes, laissant aux artistes la charge complète de l’organisation avant de lancer : “Ce n’est vraiment pas facile!” 
Pour nombre d’acteurs culturels, la problématique dépasse la seule question financière. “L’absence de vision stratégique, la faiblesse des ressources budgétaires et le manque de coordination institutionnelle entraînent la précarité professionnelle, limitent la diffusion des œuvres et empêchent la reconnaissance du métier artistique”, analyse le responsable du label Watwaniya Production, Cheikh Mc, convaincu que sans politiques culturelles structurées ni investissements durables, vivre de son art aux Comores relève plus de l’acte de résistance culturelle que du métier.