La confrérie Chadhuliya propose l’institution d’une «commission chargée de la sauvegarde du patrimoine historique et culturel»

 

Plus de cinq anciens cimetières liés aux communautés comorienne et musulmane ont été visités lors d’une mission menée en août. Avec le manque d’entretien, la disparition de tombes, l’occupation de terrains et l’absence d’inventaire, la mémoire funéraire de ces communautés apparaît de plus en plus fragile. La délégation comorienne présente, du 13 au 25 août dernier, à Madagascar, pour la 26è commémoration du Cheikh Ali Mohamed Kombo, dit «Fundi» Tchépé, à Mahajanga n’a pas seulement été un rendez-vous religieux. Il a été pour ses membres une occasion de s’intéresser à un autre héritage : celui des cimetières et des lieux de mémoire des communautés comorienne et musulmane.

Des traces d’une mémoire qui disparaissent»

Plus de cinq cimetières ont été visités dans la région. Le constat dressé fait état d’une «situation préoccupante», selon des membres, avec des sites dégradés, des tombes qui disparaissent et des terrains progressivement occupés. Le secrétaire général de la confrérie Chadhuliya, Hachim Mohamed Abdallah, représentant Cheikh Mohamed Maarouf Saïd Abdallah, rapporte que les observations rapportées par la mission tendent à indiquer que certains terrains funéraires auraient progressivement changé d’usage et ne seraient plus protégés : «les cimetières destinés aux comoriens nés à Madagascar et à la communauté musulmane en général sont en danger», a-t-il expliqué.

 «Les pierres tombales sont retirées pour être revendues et des espaces sont réutilisés, quelques années plus tard, pour la plantation des bananiers ou à d’autres fins», affirme-t-il. Cependant, parmi les trois cimetières évoqués par la mission, l’un serait aujourd’hui entièrement reconstruit. Pour lui, cette situation inquiète d’autant plus la communauté que les personnes aptes à identifier les lieux et de raconter leur histoire disparaissent et sont de moins en moins nombreuses, emportant avec elles les informations sur les personnes enterrées, les limites des cimetières et l’histoire de ces espaces.


Hachim Mohamed Abdallah parle d’un «problème qui dépasse la simple conservation de terrains funéraires», car ces cimetières constituent les traces de la présence et de l’histoire des Comoriens de la Grande-île. Il craint un «risque de disparition de la mémoire».  A cette fragilité des sites s’ajoute l’absence d’un inventaire global. Le rapport établi à l’issue de la mission indique qu’il n’existe pas encore de recensement complet et actualisé des mosquées, zawiyas, écoles coraniques, cimetières, terrains communautaires, bâtiments historiques et autres lieux de mémoire appartenant ou ayant appartenu aux communautés comorienne et musulmane.


La question foncière apparaît également comme un enjeu majeur. Le rapport fait état de risques liés à l’occupation irrégulière de certains terrains, à la disparition progressive des limites foncières et à la faiblesse des documents permettant d’établir la propriété de certains biens. Sans documents, sans limites clairement établies et sans inventaire, certains espaces risquent de perdre progressivement leur identité.
La protection physique des cimetières figure aussi parmi les premières mesures envisagées : délimitation des espaces, clôtures, nettoyage, entretien, identification des tombes historiques,

 installation de plaques commémoratives, mais également la collecte des témoignages des anciens, la numérisation des archives ainsi que la création d’un centre de documentation consacré à l’histoire des Comoriens à Madagascar. Pour ce responsable, il est urgent de savoir, avec précision, ce qui existe encore. Il avance, pour se faire, l’idée d’établir pour chaque bien, une fiche indiquant sa localisation, son histoire, son statut juridique, son état actuel et les risques auxquels il est exposé.

«Pour une implication des autorités comoriennes»

Face à cette situation, Hachim Mohamed Abdallah souhaite une implication plus importante des autorités comoriennes, appelant notamment à ce que le gouvernement s’approprie cette question, en travaillant avec les mosquées et les communautés comoriennes présentes à Madagascar pour donner à ces lieux une reconnaissance et une protection officielles. Il propose, par ailleurs, la création d’une «commission permanente chargée de la sauvegarde du patrimoine historique, religieux et culturel des comoriens de Madagascar» qui pourrait réunir des responsables religieux, des représentants de la communauté comorienne, des historiens, des chercheurs, des juristes et des universitaires.


La mission menée à Machanga aura, donc, permis d’aller au-delà de la seule célébration du 26è hawuli de «Fundi» Tchépé, à savoir la préservation des traces matérielles de la présence comorienne à Madagascar.
Avant de restaurer ces traces, encore faut-il les recenser, établir leur histoire, identifier leur statut et protéger les espaces où reposent ceux qui ont contribué à leur naissancen