Des Comores à Marseille, à travers sa maison Chak’Art, il fait vivre la couture comorienne. Les commandes afluent notamment à l’occasion du Anda

 

Dans son petit studio, Rue Rivoire, à Marseille, les ciseaux ne cessent de bouger. Entre tissus, accessoires et machines, Abdouchakour Ibn Abass façonne ses créations et affirme, pièce après pièce, une signature qui commence à être reconnue dans la communauté comorienne de la cité phocéenne. Le styliste entend surtout «porter haut les couleurs de la couture comorienne». Les mashuhuli, ces cérémonies traditionnelles particulièrement prisées par la communauté, constituent pour lui un véritable espace d’expression, mais aussi une source importante de commandes.


«Actuellement, je me prépare pour le concours des créateurs organisé par Nadine Luzolo à Paris, le 17 octobre. L’objectif de l’événement est de lever des fonds en faveur des veufs et des enfants orphelins au Congo-Brazzaville. Ce sont des causes qui me tiennent particulièrement à cœur. Aujourd’hui, c’est au Congo, et demain peut-être aux Comores, notamment pour les jeunes déscolarisés», a expliqué le styliste.

Une activité qui prend de l’ampleur

Depuis son installation à Marseille, Abdouchakour Ibn Abass dit avoir franchi un nouveau cap. Le matériel dont il dispose lui permet, désormais, de diversifier ses créations et de répondre plus rapidement aux demandes de sa clientèle. «Le travail se passe de la plus belle des manières. J’ai suffisamment de matériel et d’accessoires. J’ai davantage de clientèle et j’ai développé une bonne partie de mon travail, notamment dans les djuba, mkwaju en motifs traditionnels, parapluies safari, nkandu et autres tenues traditionnelles», détaille-t-il.


Dans cette dynamique, les mashuhuli occupent une place de choix. Chaque samedi ou presque, les cérémonies se succèdent au sein de la communauté comorienne de Marseille et de ses environs. Une effervescence culturelle qui profite directement aux artisans de la mode. «Le mashuhuli ont un impact considérable. Une seule personne peut parfois aller à plusieurs cérémonies dans le même mois. En se positionnant sur les commandes liées aux mashuhuli, on arrive aussi à s’en sortir», estime Abdouchakour Ibn Abass.


L’activité de Chak’Art ne s’arrête pas aux frontières de Marseille. Le styliste continue à recevoir des commandes en provenance des Comores, ce qui lui permet de maintenir un lien permanent avec son pays d’origine. «J’ai des commandes des Comores, ce qui fait que j’ai un pied dans les deux rives. Je travaille avec ma petite sœur avec des articles sur commande et ils s’écoulent facilement», indique le patron de Chak’Art.

Une marque en construction

Au-delà des commandes et des cérémonies, le styliste nourrit désormais une ambition plus grande : faire de Chak’Art une véritable marque, identifiable aussi bien aux Comores qu’en France. Le projet de sérigraphie autour du logo Chak’Art est déjà lancé. Des séances de shooting ont également été réalisées afin de donner davantage de visibilité à la marque. Il ne reste, selon le styliste, que quelques détails à finaliser, notamment les étiquettes. Le créateur dispose également d’une machine à broder qui doit lui permettre de renforcer l’identité visuelle de ses vêtements, en complément de la sérigraphie.


«Depuis que je suis aux pays, j’ai toujours voulu développer une série graphique avec le logo de Chak’Art. J’ai lancé la commande et tout sera bientôt prêt. Ici, j’ai la chance de collaborer avec des spécialistes qui me permettent de vendre ma signature», s’est réjoui le natif de Darsalama ya Mbadjini.  
Son ambition est, désormais, clairement affichée : ouvrir une boutique à Marseille et une autre aux Comores, «afin que les gens sachent où trouver ma marque. Aux Comores, Chak’Art est toujours présente avec mon petit frère qui continue de faire fonctionner timidement la machine», se projette-t-il. A Marseille, entre héritage culturel et volonté d’entreprendre, Abdouchakour Ibn Abass avance donc fil après fil. Avec Chak’Art, il cherche à transformer la passion de la couture en une véritable marque, capable de relier les deux rives de l’Océan indien et de la Méditerranée. Une manière, aussi, de faire résonner la créativité comorienne au-delà de l’archipel.

De la Cité focéenne aux rendez-vous culturels

Le parcours marseillais de Chak’Art s’est aussi construit au fil des événements culturels. Abdouchakour Ibn Abass a, notamment, participé à une journée culturelle à Nemours, en région parisienne, en 2023. En 2024, il a également pris part au Salon du mariage comorien à Marseille. Autant d’occasions de présenter son travail, de rencontrer de nouveaux clients et de faire connaître davantage sa marque auprès du public comorien de France.


Une progression que constate, également, son entourage professionnel. Ahamada Ibouroi Silmat, qui connaît le styliste depuis environ un an, observe une évolution rapide de son activité : «Depuis que je le connais, il y a des clients qui affluent en proposant des modèles. On voit aussi sur les réseaux sociaux des modèles à couper le souffle. Il a des mannequins, des machines bien équipées. Il réalise des modèles commandés depuis les Comores, sans parler de ceux réalisés ici en France», témoigne-t-elle.