Une résolution de l’Assemblée générale de l’Onu vient de qualifier la traite des esclaves de “plus grave crime contre l’humanité”. Aux Comores, ce phénomène bien qu’ayant existé, est tu. Les Makuas, déportés d’Afrique de l’Est vers les Comores, ont, en partie, façonné la société, notamment au niveau de la culture, de la gastronomie. L’universitaire et spécialiste de l’histoire de l’esclavage nous en dit plus.

 

Le 25 mars est traditionnellement la “Journée internationale de la commémoration des victimes de l’esclavage et de la traite transatlantique des esclaves”. Son instauration officielle a été proclamée par l’Assemblée générale des Nations unies, il y a un peu moins de vingt ans. Cette année, à la même date, la même assemblée a adopté, à l’initiative du Ghana, un pays d’Afrique de l’Ouest, une résolution qui fait date.

Elle a qualifié la traite transatlantique des esclaves, de “plus grave crime contre l’humanité”. La résolution, historique, a été adoptée à une large majorité. Elle a cependant été marquée par cinquante deux abstentions dont celle, remarquée, de la France. 


Aux Comores, cette avancée symbolique est passée inaperçue. Ici, la date n’a jamais été commémorée. Est-ce parce que l’esclavage, bien qu’ayant existé, demeure encore un sujet tabou? A ce propos, l’universitaire, Ibouroi Ali Tabibou, constate que “tout comorien se réclame d’une certaine arabité, et moins d’une appartenance d’une origine africaine”.

Ce spécialiste de l’histoire de l’esclavage et actuel recteur de l’Université des Comores estime qu’il est “compliqué” de faire une chronologie de ce phénomène : “Néanmoins, explique-t-il, il y a deux périodes marquantes : celle relative à l’arrivée des Arabes esclavagistes et celle des Européens”.  L’ancien militant syndical relate que les premiers Makuas sont arrivés aux Comores entre le 12è et le 13è siècle de l’Afrique de l’est, notamment du Mozambique.

Un apport de savoir “indéniable”

L’apport de cette importante ethnie dans la société comorienne est remarquable même si elle est tue. “Ils ont été victimes de déportation, ils ont été enchainés pour être exploités aux Comores. Ils auraient peut-être voulu repartir chez eux mais le fait est qu’ils sont restés ici”, explique notre interlocuteur. “Qu’on se le dise, le phénomène de l’esclavage est condamnable en tout point.

Maintenant, nous ne pouvons que constater l’apport des Makuas dans la culture du pays. Il faut noter qu’ils sont arrivés ici dans des conditions atroces, enchainés. Sur place, il leur a fallu s’adapter. “C’est ainsi que, pendant leur rare temps libre, ils ont fabriqué sur place des instruments de musique qui ressemblaient aux leurs. Il y a également le cas de plusieurs danses traditionnelles. Leur apport dans la gastronomie comorienne n’est pas, non plus, des moindres”. 


Le recteur de l’Udc insiste : “Idem pour la menuiserie. Les portes sculptées, et la sculpture du bois en général, sont de leur fait”. Ainsi, les magnifiques portes ouvragées rappelleraient leur savoir-faire.  Au total, si le phénomène de l’esclavage, “pire crime contre l’humanité”, est difficile à quantifier aux Comores, il ne reste pas moins que l’apport des Makuas, au niveau culturel, entre autres, est indéniable.