Un des principaux initiateurs de ce grand évènement, Mahdawi Ben Ali, revient sur ses moments forts et rend hommage à l’implication de toutes et de tous

 

ASN : La deuxième édition du “Festival 5 avril” a baissé ses rideaux samedi dernier. Quelles sont vos impressions après plus d’une semaine d’activités?

MbA : La clôture de cette deuxième édition me procure, avant tout, un sentiment de satisfaction et de gratitude. Au-delà de la réussite au niveau organisationnel et de la richesse des activités proposées, la plus grande satisfaction demeure sans doute la mobilisation de toutes les couches sociales autour de l’événement, notamment des autorités publiques, des notables, des jeunes, des artistes, des associations venus de différentes localités. Cette participation transversale démontre que le festival, en plus d’être une simple manifestation culturelle a été un véritable espace de rencontre, de partage et de cohésion sociale. Cela confirme que le “Festival 5 avril” répond à une attente réelle de la communauté de se retrouver autour de son histoire, de ses valeurs et de son identité commune. Elle constitue, à mes yeux, le principal indicateur de réussite.

ASN : Quels enseignements peut-on tirer de cette édition?

MbA : Que la Culture et l’éducation constituent les puissants leviers de rassemblement et de transmission intergénérationnelle. Nous avons également compris l’importance d’une meilleure structuration organisationnelle, d’une anticipation dans la conception et l’organisation des activités et du renforcement des partenariats. Le festival a démontré qu’une initiative locale, lorsqu’elle est portée par une vision collective, peut acquérir une portée régionale, voir nationale.

ASN : Singani célèbre cette date du 5 avril depuis des années. Depuis l’année dernière vous avez eu l’idée de lui dédier un festival. Avez-vous des raisons particulières?

MbA : La célébration du 5 avril constitue depuis longtemps un repère essentiel dans la mémoire collective de la ville. Elle incarne à la fois le souvenir d’un événement marquant de l’histoire locale, un moment de rassemblement communautaire et une expression vivante de notre identité commune. Au fil du temps, cependant, j’ai ressenti la nécessité de dépasser la simple dimension commémorative pour inscrire cette date dans une perspective plus pédagogique et plus tournée vers l’avenir. C’est dans cet esprit qu’est née l’idée du “Festival 5 avril”.


L’ambition était de transformer une célébration mémorielle en un véritable projet culturel et éducatif capable d’assurer la transmission intergénérationnelle du savoir, de l’histoire et des valeurs qui fondent notre communauté. Il ne s’agissait plus uniquement de se souvenir d’un passé partagé, mais de le comprendre, de l’interpréter et de le transmettre aux jeunes générations dans un langage contemporain accessible et mobilisateur.


Il  se veut, ainsi, un espace de médiation entre mémoire et modernité. Il permet de valoriser notre patrimoine matériel et immatériel, de documenter notre histoire locale, mais également de stimuler la création artistique, la réflexion citoyenne et l’engagement de la jeunesse. En offrant une plate-forme d’expression aux artistes, aux chercheurs, aux éducateurs et aux jeunes talents, nous cherchons à encourager l’émergence d’une conscience culturelle collective fondée sur la connaissance de soi et l’ouverture aux autres.

ASN : Y a-t-il des partenaires extérieurs?

MbA : Depuis sa création, ce rendez-vous repose, avant tout, sur une dynamique profondément communautaire. Pour cette deuxième édition, nous avons pu compter essentiellement sur la contribution des Singaniens eux-mêmes, dans toute leur diversité sociale et générationnelle. Du Ufomamdji jusqu’au citoyen lambda, chacun a apporté sa pierre à l’édifice, que ce soit par un soutien matériel, logistique, moral ou par un engagement bénévole. Cette mobilisation collective démontre que le festival est avant tout une initiative portée par la communauté, née de sa volonté de préserver sa mémoire et de valoriser son identité.

Toutefois, la perspective du cinquantenaire de l’éruption volcanique de 1977 marque un changement d’échelle. Comme l’ont largement montré les médias et les réseaux sociaux, le Festival 5 avril et la commémoration associée dépassent désormais le cadre strictement local pour s’affirmer comme un événement à portée nationale, relevant du patrimoine historique et mémoriel de l’ensemble du pays.
C’est dans ce contexte que nous envisageons désormais de faire appel à des partenaires institutionnels et à des acteurs publics et culturels capables d’accompagner cette nouvelle dimension. L’objectif n’est pas de substituer l’engagement communautaire, qui demeure le socle du festival, mais de le consolider par un appui institutionnel permettant d’assurer une organisation à la hauteur de l’importance historique de cette commémoration.

ASN : Avez-vous déjà rencontré des difficultés dans l’organisation de ce festival?

MbA : Comme toute initiative émergente, nous avons été confrontés à plusieurs défis, notamment d’ordre logistique, financier et organisationnel. Toutefois, ces difficultés constituent également des opportunités d’apprentissage. Elles nous encouragent à améliorer la planification, à diversifier les sources de financement et à professionnaliser davantage la gouvernance du festival.  

ASN : Comment voyez-vous l’avenir de ce festival et que proposez-vous pour le pérenniser ? 

Nous envisageons le Festival 5 avril comme une institution culturelle durable. Sa pérennisation repose sur plusieurs axes notamment la structuration administrative, la formation des équipes locales, le développement de partenariats publics et privés, ainsi que l’implication continue de la jeunesse. À long terme, notre objectif est d’en faire un rendez-vous culturel et éducatif reconnu au niveau national et régional.  

ASN : La troisième édition sera consacrée au cinquantième anniversaire de l’éruption volcanique. Avez-vous déjà une idée de comment va être ce prochain rendez-vous?

MbA : La prochaine édition revêtira une dimension particulière puisqu’elle marquera le cinquantième anniversaire de l’éruption volcanique, événement majeur de notre histoire locale.
Nous envisageons un programme mêlant mémoire historique, recherche scientifique, témoignages, créations artistiques et actions éducatives. L’ambition est d’allier commémoration, sensibilisation environnementale et valorisation du patrimoine naturel et humain. Et plus important encore l’ouvrir vers les localités voisines car c’est avant tout, une histoire régionale et nationale. 

ASN : Un dernier mot?

MbA : Je voudrais exprimer ma profonde gratitude envers les habitants de Singani, les bénévoles, les artistes et toutes les personnes qui croient en la force de la culture comme outil de développement social. Le Festival 5 avril appartient désormais à toute une communauté. Ensemble, nous continuerons à le faire grandir dans un esprit d’unité, de transmission et d’ouverture vers l’avenir.