Seule une professionnalisation des métiers des coulisses du spectacle permet à la prestation de l’artiste d’étaler toute sa splendeur
Dans un contexte où les scènes artistiques nationales connaissent une dynamique croissante mais demeurent confrontées à un manque criant de techniciens qualifiés, la structure Kam’Art Culture a lancé une “formation en sonorisation événementielle live”, du 30 mars au 4 avril à l’Alliance française de Moroni, en prélude, notamment, à la cinquième édition du Festival international Bangwe de l’oralité (Fibo) prévue en juin prochain.
Pendant une semaine, musiciens, passionnés de son et acteurs culturels sont initiés aux fondamentaux du métier sous la conduite du formateur Bacar Saïd Mnemoi, avec comme objectif clair de combler une lacune structurelle du secteur artistique comorien.En effet, si sur les scènes comoriennes les artistes se multiplient, les métiers techniques qui les accompagnent, ingénieurs du son, techniciens lumière, régisseurs, restent, quant à eux, rares et trop souvent insuffisamment maîtrisés. Une réalité qui affecte la qualité des spectacles vivants.
Le constat est fait que dans le secteur des arts et de la culture, les métiers censés accompagner les artistes restent en déficit. Certaines personnes se sont déjà distinguées dans ces domaines, mais cela demeure insuffisant face aux besoins croissants. C’est pourquoi “nous avons jugé nécessaire d’organiser une formation dédiée aux techniques de sonorisation.
Cette année marque la cinquième édition du Fibo, et nous avons tiré plusieurs enseignements, notamment l’importance du renforcement des capacités dans le secteur artistique”, soutient le président de Kam’art Culture, Rahim El Had, qui révèle que dans un proche avenir, sa structure “envisage, également, d’inviter des formateurs étrangers afin d’accompagner davantage le développement autour des métiers sur les arts et la culture dans le pays”.
Apprendre les bases pour “professionnaliser” la scène
Durant six jours, les participants ont alterné entre théorie et pratique notamment sur la “compréhension” du son, la manipulation des instruments, le branchement du matériel, le recours à la table de mixage et la préparation de fiches techniques.Pour le participant, Hadji Ahamada, cette initiative arriverait à point nommé : “Il existe un sérieux manque d’ingénieurs de son dans certaines régions. Aussi, dès que nous avons appris l’organisation de cette formation, nous avons compris qu’il ne fallait pas rater cette opportunité.
Ici, nous découvrons des aspects techniques que nous étions loin d’imaginer et on peut être sûr que, désormais, nous-nous sentons mieux préparés”, s’est-il réjoui. Même satisfaction du côté de l’artiste Papaloté qui voit dans cette expérience l’opportunité d’un “tournant professionnel”. “En tant que musicien, connaître les rouages du son est indispensable. Savoir préparer sa fiche technique ou gérer un système sonore permet d’être autonome, surtout lorsqu’on voyage seul.
Tous les artistes devraient maîtriser au moins le strict minimum”, devait-il soutenir. Au-delà des compétences techniques, les participants ont apprécié une l’ambiance amicale qui a favorisé l’apprentissage collectif et l’échange d’expériences.Pour le formateur, l’enjeu dépasse largement le cadre d’un simple atelier : “Une telle formation est essentielle pour le pays. Les apprentis manifestent un réel intérêt.
Nous avons commencé par comprendre ce qu’est le son et les fonctions d’une table de mixage avant de passer à la pratique avec la batterie et la guitare. Le principal défi reste le branchement du matériel, car une mauvaise manipulation entraîne souvent sa détérioration”, a-t-il précisé. Bacar Saïd Mnemoi insiste, également, sur l’importance des premières initiatives de formation technique menées auparavant. Il salue, à ce propos, l’engagement d’Abdallah Chihabidine qui “avait contribué à introduire les premières formations en ingénierie sonore” aux Comores.
Il n’y a pas que la prestation de l’artiste
De toute évidence, à travers cette initiative, Kam’Art Culture répond à la nécessité, pour le monde du spectacle comorien, d’une plus grande maîtrise des techniques de l’ombre sans lesquelles aucune performance artistique ne peut conquérir véritablement les publics. C’est que, derrière chaque concert réussi, se trouvent des compétences techniques souvent invisibles mais essentielles.
En préparant techniciens du son et opérateurs lumière, cette formation pose ainsi les bases d’un écosystème artistique plus structuré, capable d’accompagner durablement la montée en puissance des artistes comoriens sur les scènes nationales. A quelques mois du Festival international Bangwe de l’oralité (Fibo), les organisateurs attirent l’attention sur le fait que la réussite d’un évènement ne dépend pas, uniquement, de la prestation personnelle des artistes, mais aussi des personnels qui façonnent, depuis les coulisses, la qualité du spectacle.

