Face au «silence et aux tabous», l’organisation a fait appel au Nombaba Théâtre pour sensibiliser sur les conséquences «dramatiques» de ce phénomène
Sur scène, une histoire. Dans la salle, des silences lourds, des âmes bouleversés et des regards inquiets. Samedi 24 janvier, à l’hôtel Le Retaj, l’Ong Hifadhwi a choisi le théâtre comme langage pour parler d’un drame encore trop souvent caché : l’avortement clandestin.
Devant près d’une cinquantaine d’élèves de l’Ecole privée Franco-arabe, la compagnie Nombaba Théâtre a présenté la pièce Une vie envolée du journaliste, Mahdawi ben Ali. Une œuvre poignante qui tente de mettre en lumière les conséquences humaines, sociales et psychologiques de ce fléau qui continue de faire des ravages sous nos cieux.
«Et si, demain…»
C’est l’histoire d’un amour adolescent confronté à une grossesse non désirée. Fatima, jeune fille vulnérable, tente d’avorter clandestinement à l’aide de pilules. Elle y laisse la vie. Ibrahim, son compagnon, sombre dans la folie. Un drame brutal, qui a profondément marqué le jeune public. L’émotion fut telle qu’une élève, submergée, a dû être évacuée de la salle.Dans le rôle du médecin, Mohamed Balkiss Oumi L’hair, soutient que l’avortement clandestin est le «reflet d’une société qui juge au lieu d’aider, qui ferme les yeux là où elle devrait ouvrir les bras». Qu’il est la «conséquence de l’ignorance, du tabou, de l’absence de structures adaptées et de l’inaccessibilité aux soins». «Et si demain, le silence ne tuait plus? Si les jeunes filles n’étaient plus contraintes de se cacher, de souffrir en silence, de risquer leur vie dans l’ombre d’un acte qui pourrait être encadré, écouté, accompagné», se demande le médecin avant d’espérer que, demain, on comprendra qu’«interdire n’est pas protéger, et punir n’est pas prévenir».
«Demain, il faudrait une éducation sexuelle réelle, un accès libre et sécurisé aux soins, un encadrement bienveillant. Demain, il faudrait écouter, comprendre, soutenir. Pour que plus aucune femme ne risque sa vie parce qu’elle a voulu choisir la sienne. Car chaque vie compte, y compris celles de celles qu’on oublie trop souvent dans l’ombre des statistiques : les femmes seules, pauvres, jeunes, exclues. Que demain soit un jour où l’on choisit la dignité plutôt que la clandestinité», a-t-elle conseillé.
A l’issue du spectacle, l’Ong Hifadhwi a prolongé la réflexion à travers un panel réunissant une sage-femme et un juriste. Un espace d’échange interactif qui a suscité de nombreuses questions de la part des élèves, preuve d’un besoin réel de dialogue et d’information. «Nous sommes engagés dans la lutte contre toutes les formes de violences, et la question du drame des enfants est, pour nous, tout aussi essentielle. Nous avons choisi de cibler les établissements scolaires, car les jeunes sont parmi les plus concernés par le phénomène de l’avortement clandestin», a expliqué, à cette occasion, la présidente de l’Ong Hifadhwi Sitti Attoumani. «Non à l’avortement clandestin, oui à l’éducation et à la prévention!».
Avertissement, appel à la responsabilité
Le slogan affiché par l’Ong résonne comme un avertissement, mais aussi comme un appel à la responsabilité collective. Car derrière les chiffres et les tabous, il y a des vies brisées, des corps meurtris et des traumatismes silencieux. «Trop souvent, nous sommes confrontés à des cas d’enfants abandonnés, parfois même jetés dans des poubelles, tandis que d’autres femmes choisissent d’avorter clandestinement avec plusieurs mois de grossesse. Il est donc urgent d’impliquer également les familles afin de briser les silences et d’éviter de nouveaux drames», devait conclure la responsable.

