Celle qu’on surnomme «La voix d’or» continue d’enchanter les cœurs, de porter haut l’âme du twarabu comorien et de protéger, jalousement, l’héritage d’une culture qu’elle a contribué à façonner. Elle a la foi comme racine et la musique comme destinée. Portrait
Il y a des voix qui traversent le temps comme une foi. Celle de Mari Mahamoud en fait partie. A chacune de ses notes, c’est tout un pan de la mémoire comorienne qui s’éveille, un écho venu des mawulida, des dayira, et de ces nuits de fête où la mer semble elle aussi fredonner.
A son propos, on ne dit pas, seulement, qu’elle chante mais qu’elle “habite” la chanson.“Mari Mahamoud est un symbole de la musique à Ndzuani, et même sur l’ensemble des Comores. Elle a su donner une âme à notre musique”, confie le musicien et contrôleur au groupe mythique, Saïf El Watoine, qu’on ne présente plus dans l’histoire de la musique comorienne. A en croire Abdallah Mohamed alias Dzoudzou, “avec I Love You, elle a conquis définitivement le pays. Sa voix avait ce souffle rare, à la fois fort et doux”. Rien moins…
A à peine, quinze ans, Mari Mahamoud prenait le micro pour la première fois. Mais avant de conquérir la scène, sa voix s’était déjà élevée dans les cercles du deba et des spirituels mawulida, dayira, ces chants où la foi et la poésie s’entremêlent harmonieusement.Ses premiers pas dans la musique traditionnelle, notamment le twarabu, allaient se faire aux côtés du Mahabuba El Watoine, avant qu’elle ne rejoigne le groupe Twamaya ya Comores. Très vite, la jeune fille, timide, devint une légende : “Je ne pensais pas devenir chanteuse”, confie-t-elle avec un sourire aussi beau que sa voix.
En fait, tout a commencé avec son premier fiancé, un musicien : “Il jouait à la guitare sèche à la maison, et les notes ont commencé à m’habiter. Un jour, j’ai pris le micro pour donner une image à ma douleur pour un problème dont je ne pouvais pas parler aussi facilement. Et tout est parti!”, se rappelle la virtuose.
“Restée soi-même malgré les tapis rouges”
Aujourd’hui, à 61 ans, “Mari” se souvient de ses débuts avec une infime tendresse. Ses yeux brillent encore en évoquant sa première scène au Centre national de documentation et de recherche scientifique à Moroni (Cndrs) ou cet autre jour à l’Alliance franco-comorienne lors de la réception de l’ancien président français, François Mitterrand : “J’étais très jeune, innocente. Je me sentais légère, dans les airs. Je donnais, simplement, ma voix au public”.
Depuis, cette voix d’or a résonné en France, dans l’île de la Réunion et partout où l’on célèbre la beauté du twarabu dans les quatre îles comoriennes. Malgré les honneurs qui lui déroulaient les tapis rouges, Mari Mahamoud n’a jamais voulu quitter le monde qui l’a façonnée : “Je suis toujours dans le dayira, le deba et le mawulida. C’est un monde où je me sens pleinement moi-même”, insiste-t-elle avant de rappeler que la musique lui a tout donné et que c’est grâce à elle qu’elle a pu élever ses enfants, et aujourd’hui ses petits-enfants.
Avec une gratitude profonde, elle rend hommage à son professeur, Mriga, celui qui lui a appris à jouer du piano et a, quelque part, façonné la légende qu’elle est devenue : “C’est grâce à lui que je suis devenue la “Voix d’or”, martèle-t-elle. “Mari est parmi les figures de proue du twarabu aux Comores. Elle chante correctement, avec une voix si mélodieuse. Elle est importante pour notre musique”, est entièrement convaincu, pour sa part, le chanteur Bacar Dossar.
Une inspiration pour la jeunesse
L’auteure du titre Nyasia se réjoui, par ailleurs, du fait que beaucoup de jeunes “ont été influencés” par sa musique. A ce propos, la réaction de ces nouvelles générations ne trompe pas. Lors du concours national Nyora, plusieurs jeunes artistes choisissent, souvent, de reprendre ses oeuvres. On l’a vu avec Gololo Chams, finaliste de la deuxième édition, Pedro Karim, Ami ou encore Sky Miah. “Cela me va droit au coeur de voir ces jeunes interpréter mes chansons. Cela prouve que ma musique reste vivante. Mais j’aimerais qu’ils respectent aussi la rigueur du twarabu. Alpha Blondy ne changera pas ses notes pour s’adapter à notre style, alors honorons le nôtre”. Son message résonne comme un appel à préserver l’âme du twarabu tout en l’ouvrant au monde.
Quand on lui demande de choisir sa chanson préférée, Mari Mahamoud hésite, rit et se tait un instant avant de soutenir : “C’est difficile. Mais Nyasia et Na vatsodja zama ont une place particulière. Elles portent des messages forts, elles parlent aux cœurs et à la société. A l’époque, la musique avait une profondeur qu’on devait déchiffrer. Aujourd’hui, je trouve qu’elle se consomme trop vite”, regrette-t-elle.
Une mémoire vivante
Mari Mahamoud, c’est une histoire, une âme, une école de sensibilité. Ses chansons racontent les amours et les douleurs, les îles et leurs silences, la foi et la fierté. Elle ne cherche pas la gloire, elle cherche la vérité d’une note juste, d’un mot sincère, d’un chant qui ne s’éteint pas. Et sur les ondes de Ndzuani, entre deux éclats de twarabu, sa voix continue de dire ce que les Comores ont de plus précieux.
Un grand bravo, à la Grande dame!

