Tenue par l’Université du Queensland et le Cndrs, cette mission explore les origines du peuplement des Comores à travers l’analyse de vestiges issus de sites majeurs de l’archipel.
Une mission archéologique d’envergure internationale est actuellement conduite aux Comores par l’Université du Queensland et le Centre national de documentation et de recherche scientifique (Cndrs), du 23 mars au 10 avril. Cette campagne s’inscrit dans la continuité d’un programme de recherche amorcé l’année dernière, visant à éclairer les dynamiques anciennes de peuplement de l’archipel comorien.
Les investigations se concentrent sur plusieurs sites stratégiques, notamment à Dzidani, au lac Nyamawi et sur le site de Mbachile, identifiés comme des zones à fort potentiel archéologique. Ces espaces offriraient des indices précieux sur les modes de vie, les pratiques alimentaires et les échanges culturels des premières populations ayant occupé les îles.
Selon le chef du département du Musée national des Comores, Tabibou Ali Tabibou, cette mission marque une étape décisive dans le processus de recherche. «Il s’agit d’une phase d’exploitation et d’approfondissement des fouilles réalisées l’an dernier. Une part importante du travail de terrain ayant déjà été effectuée, nous procédons aujourd’hui à un tri minutieux des matériaux recueillis. L’objectif est d’identifier et de classifier des vestiges archéologiques tels que des ossements, des perles ou encore des restes alimentaires.
Ces éléments seront ensuite analysés en laboratoire afin de reconstituer les premières traces du peuplement des Comores». Et de préciser qu’un rapport scientifique détaillé sera produit à l’issue de la mission, constituant une base essentielle pour les recherches futures. Sur le plan méthodologique, les équipes mobilisées combinent techniques classiques et innovations technologiques. La professeure Alison Crowther à l’Université Queensland, met en avant l’évolution des outils utilisés.
«Nous utilisons des méthodes de tamisage en recourant à des vannes plus performantes, qui permettent une identification plus fine des fragments, notamment des os de poissons et des coquillages recueillis aux site de Dzidani notamment», a-t-elle fait savoir. Et de souligner que ces techniques facilitent une lecture plus précise des écosystèmes anciens et des pratiques de subsistance.
Les premiers résultats s’avèrent déjà prometteurs. Sur certains sites de Ndzuani, les chercheurs ont identifié des restes d’animaux dont l’origine serait extérieure à l’archipel. Ces découvertes suggèrent l’existence de réseaux d’échanges anciens entre les Comores et d’autres pays, confirmant l’hypothèse d’un peuplement marqué par des influences multiples.
À terme, les résultats de cette mission pourraient non seulement enrichir la connaissance scientifique sur les Comores, mais aussi renforcer la reconnaissance de leur place dans les grandes routes historiques de l’océan Indien. Au-delà de son intérêt scientifique, cette mission revêt également une dimension formatrice. Les organisateurs ont en effet associé des étudiants en histoire de l’Université des Comores aux travaux de terrain, dans une logique de transmission des savoirs et de renforcement des compétences locales.
Pour Hanaou Kader Mohamed, étudiante en deuxième année, cette expérience constitue une opportunité rare. «Je souhaite me spécialiser en archéologie. Participer à cette mission me permet de découvrir concrètement les réalités du terrain, bien avant la fin de mon cursus. J’ai également pu échanger avec des experts internationaux et nationaux, ce qui représente un véritable atout pour mon parcours», s’est-elle réjoui.
Pour les organisateurs de la mission, cette initiative illustre ainsi une dynamique de coopération scientifique internationale, au service de la valorisation du patrimoine comorien. En contribuant à documenter les origines du peuplement de l’archipel, elle participe également à la construction d’un récit historique fondé sur des données empiriques, susceptible de nourrir les politiques culturelles et éducatives des Comores.


