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Le premier journal des Comores

Musique / Twabrane, un premier album voulu totalement Anticoncept

Musique / Twabrane, un premier album voulu totalement Anticoncept

Culture | -   Dayar Salim Darkaoui

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«L’on nous met systématiquement dans des cases. Je veux, en ce qui me concerne, évoluer en toute liberté. Pratiquer mon art avec passion, sans ressentir le besoin d’appartenir à une catégorie», avance l’auteur, compositeur et chanteur, Damir Twabrane, à propos de son premier album, «Anticoncept», sorti en septembre dernier. L’oeuvre comprend dix titres allant du rnb à l’afro, chantés en solo ou en featuring avec Lorkaëla, The Bluesman ou encore Lhadi Bakari. Dix titres entièrement enregistrés, mixés et masterisés au studio Matrack Records. De «Trouver le sommeil» à «M’évader», en passant par «Petits pas» ou encore, «Pourquoi me battre encore ?». Présentations !

 


Vous aviez annoncé un Ep, vous surprenez tout le monde avec un album. Qu’est ce qui justifie ce soudain revirement?


 J’avais effectivement annoncé un Ep, mais le projet s’est, au fur et à mesure, mué en album et j’ai tenu à l’assumer en tant que tel. Mon équipe et moi avons travaillé avec de la détermination et, surtout, beaucoup de patience. J’ai enregistré plusieurs titres, pour n’en garder au final que dix cela en quasiment deux ans. Nous avons pris notre temps car un premier projet solo c’est crucial. Malgré une longue expérience dans la musique, c’est en effet la première fois que je me mets en avant. Nous voulions pouvoir en être fiers, et c’est le cas aujourd’hui. Je suis très heureux de défendre ce projet.


Que peut désigner ce titre : «Anticoncept»?


 Ce mot résume toute ma démarche artistique. Aujourd’hui, la musique offre beaucoup de choix. On est dominé par des effets de mode et des concepts. L’on nous met systématiquement dans des cases. Je veux, en ce qui me concerne, évoluer en toute indépendance. Pratiquer mon art avec passion, sans ressentir le besoin d’appartenir à une catégorie.


Le morceau «M’évader» clame justement l’envie de «sortir de la routine et voir de nouveaux horizons». Restitue-t-il cette idée d’«Anticoncept»?


 Tout à fait. Il s’agit d’une rupture avec les contraintes, la routine et la fatalité. Nous oublions d’être maîtres de nos destinées. «M’évader» est, en quelque sorte, une bouffée de positivité. Il invoque le courage d’aller à contre-courant.


L’album alterne les sonorités lente («Complicated») et rythmée («Subira», [le coup de cœur]). Quel est l’effet recherché?


 J’avais besoin d’affirmer les différentes facettes de ma personnalité. Le projet devait me ressembler tout en étant familier à tous, car je voulais que tout le monde se sente concerné. Je me suis juste autorisé à être moi-même sur des sonorités différentes en sortant de ma zone de confort.


Ce premier album est largement dominé par le thème de l’amour qui est exploité sous plusieurs angles dans cinq chansons au moins. Une prédilection?


 Avec le recul, je suis le premier étonné. Ça faisait quand même assez longtemps que je n’écrivais pas des chansons sentimentales. Cependant, l’influence des compositions et l’inspiration m’ont naturellement orienté dans cette direction. C’est peut-être difficile à croire aujourd’hui mais au début je ne voulais pas plus d’une chanson d’amour dans le projet [sourire].


«Trouver le sommeil» est loin d’être le titre le plus mélodieux de l’album mais les paroles sont profondes, elles semblent puisées au fin fond de l’âme. S’agit-il d’un vécu?


 «Trouver le sommeil» marque le commencement de l’album. Je l’ai écrit et co-composé. J’avais les accords en tête depuis un bon moment. Ça devait être une période assez trouble. Je me suis fait un bilan, une remise en question. Ça m’a rappelé à quel point c’est important de se remettre en question, reconnaître ses erreurs pour avancer et faire mieux. Du coup les paroles ont coulé sur le papier en quinze, vingt minutes. Oui, je l’ai écrite sur une feuille, et non sur mon smartphone [rire].


Pourtant dans «Pourquoi se battre encore?», on a l’impression que vous chantez le désespoir…


 C’est avant tout la crise des migrants, quand elle n’était encore qu’à ses débuts, qui m’a inspiré ce morceau ; conjuguée par la suite à toutes les scènes de désespoir qu’il m’arrive de voir dans la rue par exemple. Il n’y avait rien de prévu, les premiers mots de la chanson trottaient dans ma tête. Je l’ai écrite, et ai commencé un bout de la musique. Pour ensuite remettre tout ça entre les mains expertes de Tapha qui ont donné cette musique qui recrée l’atmosphère que j’imaginais pour mieux communiquer mon ressenti.


Une oeuvre, «Petits pas», se distingue en particulier. Elle a un petit air afro...


 «Petits pas» est justement le morceau qui illustre le mieux «Anticoncept». Je n’avais jamais imaginé chanter sur un morceau afro. J’ai été bien conseillé, et les talents de The Bluesman et des The Derrick Brothers (compositeurs du titre) m’ont convaincu de me lancer. C’est pour moi une superbe expérience.


L’album devait initialement comporter une chanson sur les Comores, «Rike ndro». Pourquoi a-t-elle finalement été écartée?


 «Rike ndro» est évidemment une chanson qui me tient à cœur. Elle a marqué mon retour en tant que chanteur et a amorcé la préparation de l’album. Toujours est-il qu’elle ne trouvait pas sa place dans le projet. J’ai voulu m’obliger à passer encore un cap, et c’est ma façon de lui donner tout son sens. Une chanson qui est là juste pour témoigner de l’étendu de mon amour pour mon pays.


Votre mot...


 Parler aujourd’hui de mon premier album me rappelle qu’il est bel et bien là. Que d’émotions! Le chemin a été long, et je suis très reconnaissant envers mon équipe, ma famille et tous ceux qui me soutiennent, notamment les médias comme vous qui me donnez l’opportunité de me faire connaître un peu plus. Merci à tous ! Je compte défendre sans relâche «Anticoncept». Sachez que le projet suivant est déjà sur le feu, suivez-moi de près…



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