Abdallah Halifa, de son vrai nom, construit un parcours musical nourri de rencontres, de voyages et d’attachement à ses racines

 

Né le 17 décembre 1985 à Mwali, Abdallah Halifa grandit loin d’une famille de musiciens. Pourtant, la musique s’impose très tôt à lui: «J’ai toujours voulu faire de la musique depuis mon jeune âge», aime-t-il à rappeler. Ses premiers pas sur scène remontent au collège. En classe de 6è, lors d’une fête de fin d’année, il interprète une chanson de son idole, le chanteur français, Francis Cabrel. En 1998 à l’Alliance française de Moroni, il plonge dans cet art comme percussionniste-choriste du groupe Mlezi. Cette première expérience lui permet de découvrir les exigences du spectacle et du travail collectif.

 Au fil des années, il accompagne plusieurs groupes et artistes, parmi lesquels Fatihi, Universal Folk, Chakires, Nawal, Maalesh, Baco, Mtoro Chamou, Mikidash, Eliasse et Mounawar.Ces collaborations participent à la construction de son identité artistique. Percussionniste et choriste à ses débuts, il s’approche progressivement de l’écriture et de l’interprétation. En février 2014, il franchit une nouvelle étape en se lançant, en solo, comme auteur, compositeur et interprète.

 En 2015, à Mayotte, il crée le groupe Abda avec quatre autres musiciens, à la guitare, au clavier, à la basse et à la batterie. Le surnom de «Abda» est issu d’une anecdote. Lorsqu’il joue avec Maalesh, le groupe compte deux Abdallah. Pour éviter les confusions, ses compagnons commencent à appeler l’un d’eux «Abda». Le surnom s’installe progressivement et devient son nom de scène.

Nouvelles expériences

Amsterdam constitue l’un des premiers grands souvenirs de sa carrière. En 2001, encore jeune musicien, il se rend aux Pays-Bas avec Malesh pour participer à l’Amsterdam Roots Festival. Pour effectuer le voyage, son père doit signer une autorisation parentale. Cette expérience internationale lui ouvre de nouvelles perspectives. Entre 2016 et 2022, il s’installe en France et multiplie les prestations, en solo, ou dans différents formats.

Son parcours le conduit notamment dans les villes de Montpellier, Istres, Martigues, Marseille, Grasse, Cannes, Clermont-Ferrand et Toulouse. Il participe à des festivals, événements culturels, scènes locales et concerts associatifs, en France comme sur l’île comorienne de Mayotte.


Distance,pas abandon!

La période est aussi marquée par des expériences difficiles. Le 22 décembre 2020, lors d’un concert au marché de Noël de Montpellier, le froid est particulièrement intense : «Il faisait tellement froid, se souvient-il, que je saignais des doigts en jouant». L’anecdote reste son pire souvenir de scène, mais l’a, également, enseigné sur les contraintes auxquelles un artiste peut être confronté.L’éloignement de son île natale, Mwali, ne signifie pas, pour autant, l’abandon de ses racines. Sa musique s’inspire, notamment, du mgodro, tout en intégrant des influences du reggae, du funk, du rock et d’autres styles occidentaux.


Il écrit et chante en comorien et en français. Ses textes abordent l’amour, mais aussi des questions de société, dont la corruption et la politique. Aujourd’hui, son répertoire compte une trentaine de titres au sein desquels Ko rende conserve une place particulière. Cette chanson figure parmi ses premières compositions et demeure l’un des morceaux auxquels il voue un attachement personnel.


Depuis quelques années, le Sénégal est devenu une autre étape importante de son parcours. En 2023, il se produit notamment au Kameleon de Toubab Dialao, au Doota Seck et dans plusieurs établissements de Dakar. Il participe, également, au concours du Festival Stéréo Africa Sénégal, puis assure la première partie de Zarimi au Clos Normand. Les concerts se poursuivent en 2024, 2025 et 2026, notamment à la Poesia Dakar, au Clos Normand, au Kameleon de Toubab Dialao et en Casamance.

Prochaines étapes

Son séjour au Sénégal n’est toutefois pas exclusivement lié à la musique. Il s’y est installé parce que sa femme suit ses études dans ce pays d’Afrique de l’Ouest. Actuellement, une nouvelle étape se prépare. «Abda» annonce, en effet, son prochain départ du pays, sans révéler la future destination. «Surprise», glisse-t-il, laissant planer le mystère.


A 40 ans, l’artiste, également surnommé “Abdallah Faraha” à Mwali, poursuit son chemin dans le droit file de ses projets. Ce surnom rappelle son interprétation de Faraha dans les twarabu, où il est apprécié, assure-t-on, “pour son élégance”. Son actualité c’est la préparation de la sortie de son EP et deux dates annoncées aux à l’Alliance française de Moroni et à Mwali, avant d’éventuelles prestations à l’extérieur du pays. Abda travaille également sur un projet de clip avec Soubi et Bahata.

 Il conserve, enfin, une petite signature personnelle : “Pif Paf”, une expression qu’il utilise régulièrement, y compris sur scène. Deux mots devenus sa marque. De Mwali à Maore et Ngazidja, de la France au Sénégal, son itinéraire est celui d’un artiste qui avance au gré des rencontres. A chaque étape, il emporte avec lui une partie de son île et de ses influences. Un nouveau départ se profile déjà.