L’artiste comorien, Eliasse Ben Joma, vient de sortir son troisième album Zangoma toujours dans le genre zangoma dont il défend depuis bien longtemps. Ce n’est pas du rock, ni du mgodro ni, encore moins, du blues à la comorienne, c’est juste du zangoma, nous avertit-on.
Un genre déjà défendu par l’artiste maorais, Baco, qui n’est plus à présenter dans l’univers musical de cette sous-région de l’Ocean indien. Aujourd’hui, l’auteur de l’album Salama porte haut et fier ce genre volontairement hybride qui fait s’entremêler différents styles pour n’en faire qu’une et unique.
L’album Zangoma c’est quinze titres qui raisonnent comme un hymne à la vie, à la Culture et à la résilience des peuples. Dans son troisième morceau, Shaya na mbere, (le doigt et a bague) Eliasse aborde la question de l’île comorienne de Mayotte et appel à une prise de conscience face à ce qu’il nomme les «ruses de la France qui sèmerait la zizanie» entre ces îles qui partagent plus que la religion, les coutumes, la langue mais aussi et surtout les liens du sang.
Il y insiste sur le fait que la traversée entre Ndzuani et Mayotte est devenue depuis longtemps, un des plus grands cimetières marins au monde, si ce n’est pas le plus grand.
«Shaya na mbere, wutsi mane nasi, Hukahwenda walole, kudjarilaha,
Wala kudja djusa ndrume, Yiritsahao ou encore. Rahipvendza karapvendza siwananya. Na Maore shisiwa shashikomori, ari leo shashifarantsa. Narahipvendza karapvendza, si wananya. Mana idini, mila, luha, pvanu leo sawa sawa. Djeli tsikubali huka nyi wafarantsa, be namfahamu mfarantsa
waye kalawa hadisi kayina ntsa… Attention, c’est la politique qui nous sépare, même la mer nourricière est devenue un cimetière»
Mer nourricière et cimetière
Sorti au Label Soulbeats Records, Zangoma retrace, également, les difficultés que rencontre le Comorien, notamment, le désespoir «nourri par les autorités». Le morceau Ka zambwa, dans une mélodie plutôt triste, déplore le mauvais état des hôpitaux mais aussi du système éducatif qui n’aiderait pas le développement du pays. Tout de suite après, sur la chanson Ri Yepve, il fait une prière pour les Comores, ce pays qu’il porte toujours dans ses opus. «Komori yatru leo yi yepve
hayasini natwaha nazitrendwa».
Cependant, l’artiste engagé ne se limite pas à faire appel au Bon Dieu. Il rappelle que rien ne sera possible sans la volonté du Comorien de faire de ces îles le paradis avec lequel il est régulièrement associé.
«Sabu zeaya zahe mafundi homarengweni ya siasa, zitsike mbuda zahatru, kiamani naduniani. Sabu ze amini mzilao usoni mo wakazi. Badi usilamu bodjo. Toba! Kali kali kalihomo hutswa,
Iloka kali sha kalitsu kiri hutswa».
Enfin, dans le morceau Zangoma, Eliasse invite la crème des artistes comoriens, de Baco Mourchid à Mtoro Chamou en passant par Cheick Mc, Mounawar et la diva Zily. Des artistes qui inspirent, respirent et incarnent cet esprit du zangoma, cette musique ancestrale comorienne qui entremêle les sonorités comoriennes à des touches étrangères pour une expression unique en son genre. Dans laquelle on trouve le shigoma qui se mélange au rock, au blues, au twarab, au maloya ou encore à l’afrobeat.
«Zanguha Ungudja, Mdjangaya, Msumbidji hawu Oman. Maratha rarithi, ilimu rasoma, ridja rionese huka mila kedja zoma. Ndopvi yamba karitsina?Ndopvi yamba karitsina zatru?Ritsanganya, ribihanya
ribalia Zangoma», a précisé l’autre star, Cheick Mc, dans un couplet qui résume bien cet esprit du zangoma.