Quelques semaines après l’inscription des six médinas des Sultanats historiques des Comores à l’Unesco, acteurs institutionnels, experts et associations lancent à Mutsamudu une réflexion durable sur leur avenir.
L’Alliance française de Ndzuani et le Comité du patrimoine des Comores (Cpc) ont lancé samedi, au palais Ujumbé de Mutsamudu, la première édition des « Samedis du patrimoine ». Organisées tous les deux mois, ces rencontres réuniront différents acteurs autour des enjeux liés à la conservation, à la transmission et à la valorisation du patrimoine comorien. Cette initiative intervient quelques semaines après l’inscription des six médinas des Sultanats historiques des Comores au patrimoine mondial de l’Unesco.
Ce rendez-vous se tiendra tous les deux mois au palais Ujumbe de Mutsamudu et en ligne. La première édition a notamment réuni des représentants du gouvernorat, de la mairie, du Centre national de documentation et de recherches scientifique (Cndrs), de l’Université des Comores (Udc) ainsi que des associations. Elle avait pour thème «Patrimoine mondial et patrimoine immatériel : préserver, transmettre et faire vivre notre héritage».
Rapprocher les communautés
À travers ces rendez-vous, les organisateurs souhaitent contribuer à une réflexion autour des «50 prochaines années : le patrimoine mondial comme source de résilience, d’humanité et d’innovation». La cinquantaine de personnes présentes a également assisté à une prestation de Chigoma assurée par le groupe «Décidé» de Domoni.
La vice-présidente du Cpc, Marie-Noël Tournoux, a présenté une réflexion autour du thème «Patrimoine mondial : des pierres, aux paysages, aux personnes».
Samira Mohamed, de l’Udc, s’est intéressée à la question de l’activité économique dans la médina de Mutsamudu, avec une intervention intitulée «Faire vivre l’héritage sans le détruire : réguler l’activité économique pour sauver le patrimoine mondial de la médina de Mutsamudu». Les experts maçons et charpentiers tanzaniens Fundi Juma Machano Mahmud et Fundi Vuua Khamis Mtumwa ont, pour leur part, présenté « les savoir-faire traditionnels comme un patrimoine immatériel susceptible de contribuer à la sauvegarde du patrimoine ».
La synthèse des débats et la conclusion ont été assurées par le directeur du projet Ujumbe 2026, Dr Ibraza Oumar, également initiateur de l’événement. Pour la coordinatrice du Cpc et ingénieure, Oumrati Anli Oicheikh, ces rencontres doivent permettre de rapprocher les communautés des enjeux liés au patrimoine. « Ce sont des tables rondes pour échanger sur la conservation et la valorisation de notre patrimoine.
Elles sont organisées au bénéfice des communautés locales et rassemblent les habitants de Domoni, de Mutsamudu, des Comores du patrimoine mondial, d’Afrique et du monde entier. Ensemble, nous imaginerons les 50 prochaines années, un patrimoine mondial source de résilience, d’humanité et d’innovation. Ces rencontres sont la contribution du collectif à la valorisation des Sultanats historiques des Comores inscrits au patrimoine mondial en juillet 2026. Elles sensibilisent notre population, en particulier notre jeunesse», a-t-il déclaré.
Pour la déléguée chargée du patrimoine au gouvernorat de Ndzuani, Tislam Mohamed, l’inscription des médinas renforce la responsabilité collective. «Le thème touche le cœur même de notre identité : préserver, transmettre et faire vivre notre héritage. Notre inscription au patrimoine mondial de l’Unesco est une reconnaissance historique de la valeur universelle et exceptionnelle de notre héritage. Nous avons donc le devoir de le protéger, de le transmettre aux générations et de le faire vivre. Faisons de cette reconnaissance internationale un nouveau départ», a-t-elle souligné.
Dans sa synthèse, le directeur du projet Ujumbe 2026, Dr Ibraza Oumar, a dressé un premier bilan des échanges. «Le premier Samedi du patrimoine a souligné l’importance du patrimoine mondial et immatériel comme source de résilience et d’avenir. Les discussions ont mis en évidence que le patrimoine est un tout indissociable, reliant les bâtiments, les paysages, les personnes, les traditions et les savoir-faire. Il est donc essentiel de trouver un équilibre entre le développement économique et la préservation du patrimoine, en impliquant les communautés pour sa protection.
Enfin, la force des mains et le savoir-faire traditionnel sont cruciaux pour la restauration, l’authenticité et la pérennité du patrimoine», a-t-il déclaré. Dr Ibraza Oumar a également insisté sur la nécessité d’inscrire cette initiative dans la durée. «Je mesure l’engagement précieux du Cpc. Les Samedis du patrimoine sont nés pour durer. Ils sont le laboratoire de nos “50 prochaines années” : un monde où le patrimoine mondial devient une source d’humanité et d’innovation. À nous de faire de cette dynamique un mouvement permanent. Le Cpc poursuivra sa mission. Mais nous ne pourrons rien sans vous», a-t-il ajouté.
Le patrimoine matériel et immatériel
La commune entend également accompagner cette dynamique. Représentante du maire, Rahamatou Ridjali a rappelé la satisfaction de la commune après l’inscription des médinas et assuré de sa disponibilité. « La commune partage la joie de l’inscription. Le patrimoine est un héritage qui doit se passer de génération en génération. La commune s’engage à être là et nos portes sont ouvertes en cas de besoin. C’est une initiative extraordinaire, qui peut sensibiliser les plus jeunes », a-t-elle déclaré.
En ouverture de la rencontre, la directrice de l’Alliance française de Ndzuani, Catherine Foulon, a insisté sur le caractère vivant du patrimoine. «Notre rencontre résonne avec l’inscription, il y a à peine quelques semaines, des six médinas des Comores à l’Unesco. Les pierres millénaires du pays partagent désormais le destin de l’humanité tout entière. Toutefois, l’Unesco nous rappelle une vérité essentielle : ces médinas ne sont pas des structures figées. Ce qui fait leur valeur universelle, c’est qu’elles abritent un patrimoine immatériel vivant.
Ce sont les coutumes, les systèmes de classe d’âge, les rituels et les mariages, par exemple, qui animent ces ruelles depuis le 11e siècle. Le matériel et l’immatériel ne sont pas séparés. Ils sont les deux faces d’une même réalité», a-t-elle expliqué. En parallèle des échanges, l’Alliance française et le Cpc organisent une exposition photographique à Ujumbe. Prévue initialement pour s’achever samedi, l’exposition a été prolongée jusqu’au mercredi 2 août. Lors de la cérémonie, 10 jeunes stagiaires du chantier école ont reçu des attestations. La deuxième édition est prévue le 31 octobre.


