Longtemps associé au voile traditionnel féminin, le tissu emblématique inspire, désormais, couturiers et créateurs dans de nombreux domaine

 

Longtemps considéré comme le voile emblématique de la femme comorienne, le Shiromani connaît aujourd’hui une évolution remarquable. Au-delà de sa fonction traditionnelle, ce tissu s’invite désormais dans de multiples créations artisanales et textiles. Pour mieux comprendre cette transformation, Al-watwan est allé à la rencontre d’un spécialiste du patrimoine culturel et de plusieurs créateurs.


Pour l’expert en patrimoine culturel, Misbahouddine Ben Ahmed, le Shiromani occupe une place particulière dans l’histoire vestimentaire des Comores : “il est le voile emblématique de la femme comorienne, en particulier à Ndzuani. Il sert à couvrir la femme de la tête aux pieds afin de dissimuler les formes de son corps”, explique-t-il.

Historiquement parlant

Selon lui, le shiromani remonterait à un morceau de tissu rouge appelé bindera, porté autrefois par les femmes des familles sultaniennes et des dignitaires royaux. Ce voile leur permettait de préserver leur anonymat lorsqu’elles sortaient de leur foyer. Le spécialiste rappelle également que les échanges commerciaux avec des marchands indiens, au début du XXè siècle, ont profondément influencé son évolution. Ces contacts ont favorisé l’apparition de nouveaux motifs ornementaux et de couleurs variées, rompant avec le caractère unicolore du voile d’origine.


Misbahouddine Ben Ahmed soutient que le shiromani était, initialement, un marqueur social réservé aux femmes et aux filles des sultans ainsi qu’à celles des dignitaires et a, par la suite, été adopté par les femmes aisées des grandes villes avant de se “démocratiser” progressivement. Aujourd’hui, il est porté par l’ensemble des femmes comoriennes et constitue à la fois un symbole vestimentaire féminin et un élément fort de l’identité culturelle nationale.


Pour sa part, la créatrice au sein de l’atelier Echa Déco, Sitti Thouraya Daoud, estime que le shiromani offre un immense potentiel de création et de valorisation du patrimoine culturel comorien : “Dans mes créations, je ne me limite pas à un style précis. J’aime explorer les nombreuses possibilités qu’offre le shiromani, aussi bien en tant que linge de maison qu’en tant qu’accessoires de mode ou objets cadeaux”.Dans le domaine du linge de maison, elle confectionne notamment des parures de lit, des rideaux, des nappes, des chemins de table, des napperons, des housses de coussins, du linge de cuisine ainsi que des paniers de rangement.

Une grande variété d’objet

Côté accessoires de mode, la créatrice réalise des cravates, des nœuds papillon, des foulards, des bandanas, des attaches-cheveux, des serre-têtes, des chouchous, des barrettes, des pochettes, des sacoches et différents types de sacs. Elle produit, également, divers objets cadeaux tels que étuis à lunettes, pochettes pour téléphones portables, marque-pages, porte-documents, tee-shirts et bien d’autres articles.


De son côté, Faidine Ibrahim, couturier et responsable de l’atelier Zamode, confirme l’engouement croissant pour ce tissu traditionnel. “Dans mon atelier, nous confectionnons toutes sortes de vêtements, notamment des hamis, des robes et d’autres tenues », affirme-t-il. L’atelier réalise diverses créations, notamment des robes simples, des kimonos et des boubous. Selon lui, l’utilisation du shiromani dans la confection vestimentaire a pris une ampleur considérable depuis 2022.Cette diversification des usages montre bien la capacité du shiromani à s’adapter aux tendances contemporaines tout en préservant sa valeur patrimoniale.