Au Bangwe de Irungudjani, deux imposants portiques qui marquent l’entrée d’un espace où se mélangent histoire, traditions et vie communautaire

 

Ces deux monuments au coeur du quartier irungoudjani, témoignent d’une architecture ancienne et  s'inscrivent dans l'histoire fascinante des anciennes cités murées et des sultanats de l'île de Grande Comore. Une particularité qui rappelle aussi les multiples échanges ayant façonné les villes comoriennes au fil des siècles.

 En juillet dernier, l’Unesco a inscrit le bien en série intitulé «Les médinas des Sultanats historiques des Comores» qui réunit les six localités historiques que sont Moroni, Ntsudjini, Itsandra et Ikoni à Ngazidja, Mtsamdu et Domoni à Ndzuani.Dans ce contexte, la présence des deux portiques appelées «Goba la salama» (porte du salut) prend une résonance particulière.

Plus qu’un lieu de passage

Pour comprendre ce que représentent ces «minara», il faut s’arrêter sur le lieu qu’ils encadrent, le bangweni. Un terme qui vient du mot «bangwe», qui renvoie au «lieu de rassemblement ou place publique» dans la tradition comorienne. Il constitue un espace de discussion, de transmission, de décision et de célébration, où se tiennent différents moments de la vie collective et des manifestations culturelles et traditionnelles.


Dans son chant traditionnel Wanadhufu, l’un des membres fondateurs de l’association culturelle Wenyi Ngazi de Moroni Irungudjani, Bouchirou Ibrahima plus connu sous son surnom de Ajam, exalte ces places publiques : «lebangwe la hatru fedha na dhahabu, tsi andjabu» («notre place publique est faite d’argent et d’or, et ce n’est pas étonnant». Une phrase qui traduit l’importance de ces « places publiques» dans la mémoire collective.

Historiquement parlant

A 70 ans, Mze Mmadi Youssouf fait partie de ceux qui ont vu les Minara traverser les décennies. Pour cet ancien du quartier, les minara restent liés à des souvenirs de jeunesse : «Chaque fois que je passe devant, je revois encore ma jeunesse, les alentours ont changé, mais les minara sont restés intacts», apprécie ce dernier.
Un sentiment, de plus en plus, partagé par la jeune génération.

 En témoigne Fahad Youssouf, 22 ans et natif du quartier Irungudjani. Pour lui, il s’agit d’une «identité à part entière» : «C’est l’unique monument dont nous disposons et l’inscription des médinas des Sultanats historiques des Comores sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco a permis de donner une nouvelle visibilité au site», a-t-il affirmé. En effet, depuis ce grand évènement, beaucoup de touristes passent pour contempler notre richesse. Ça fait vraiment plaisir car, s’ils viennent, c’est pour connaître notre histoire et ces minara en font partie», devait-il se réjouir.

Une mémoire toujours debout

De son côté, Roukia Achirafi, qui a vécu plus d’une quarantaine d’années au cœur du site, se souvient d’une époque où les touristes étaient nombreux, ajoutant que leur fréquentation avait ensuite diminué avant de reprendre progressivement ces dernières années, avec une présence particulièrement importante cette année.


Chaque année, à l’approche de la fête musulman de l’Aïd el-Fitr, les jeunes du quartier prennent l’habitude de redonner de l’éclat aux minara, en procédant à des travaux de nettoyage. Un geste qui témoigne de leur attachement à ces deux structures et de leur volonté de préserver un repère important de l’histoire du quartier.

 Plusieurs années après leur construction, les deux portiques continuent, ainsi, de marquer le paysage du quartier avec des valeurs qui dépassent leur fonction architecturale. Ils rappellent les rassemblements, les pratiques culturelles et les générations qui se sont succédés.