Portée par une génération de passionnés, il vise un cinéma comorien authentique, ambitieux et qui projette de franchir les frontières
Fondée en 2021, Piccell Studio s’impose, progressivement, comme une jeune maison de production cinématographique adepte de mises en scène audacieuses, portée par une vision claire : faire du cinéma comorien un outil de narration sociale, ancrée dans les réalités locales mais pensé pour les écrans du monde. A travers un cadrage singulier, un travail exigeant sur l’image et une écriture visuelle assumée, le studio cherche à rompre avec les codes habituels pour proposer un langage cinématographique qu’il considère comme plus abouti.
A l’origine du projet, le réalisateur S. Hodari, animé depuis son plus jeune âge par l’amour du septième art. «J’ai été passionné depuis très jeune, je faisais déjà des films avec un simple téléphone. Mon grand frère, Elarif Msaidié, m’a beaucoup inspiré. Aux Comores, pour les vacances, il produisait des vidéos de nos différentes rencontres et nous les renvoyait après montage. Cela m’a motivé encore plus», raconte-t-il.
La genèse de Piccell Studio s’écrit dans la pénombre des débuts, là où les trajectoires se croisent avant même que la caméra ne tourne. En 2015, Mu’andh Mhadju et S. Hodari se rencontrent à distance, reliés par l’écran et le partage de tutoriels, comme on échange des plans, des cadres et des rêves encore bruts. Puis, en 2021, au Laboratoire des Arts, la rencontre de S. Hodari avec la comédienne Intissam Dahilou agit comme le clap inaugural.
«Caractéristiques professionnels, aller le plus loin possible»
A cet instant précis, l’idée de Piccell Studio allait prend corps. Un scénario collectif écrit à plusieurs mains et mû par la même ambition de donner au cinéma comorien des caractéristiques plus professionnels, sans jamais lui retirer son âme. Si les premiers rushs n’ont pas toujours été concluants, l’équipe a su transformer les échecs initiaux en rampe de lancement. «Notre première production a échoué, mais aujourd’hui l’équipe s’est élargie avec Imam, Ouled, Kader et d’autres», relève Mu’andh Mhadju.
Aujourd’hui, le studio entre dans une nouvelle phase de maturation artistique. Il affine sa direction photo, renforce le travail sur le son, le montage et la narration, et vise désormais les grands écrans des festivals internationaux. «Aujourd’hui, je constate une réelle évolution. Je travaille avant tout sur la qualité et je vise loin, avec des films destinés aux grands festivals. Nous ne nous limitons plus, uniquement, aux concours organisés au pays. On me dit souvent qu’il existe du cinéma aux Comores, mais je considère que le niveau doit encore être élevé.
Désormais, nous devons aller le plus loin possible», s’engage S. Hodari avant de rappeler que Piccell studio traite généralement des problématiques sociales, comme dans la production de Dr Ben qui a remporté le Prix du meilleur film, du meilleur scénario et de la meilleure actrice au Festival du cinéma comorien organisé par Comores telecom et Ucc.
«Le cinéma est pour moi un moyen de transmission, un langage capable de porter un message avec bien plus de force. C’est précisément ce que nous cherchons à faire, tout en préservant l’originalité du pays, sans chercher à calquer ce qui se fait ailleurs», martèle-t-il. Pour Piccell Studio, le cinéma est avant tout un vecteur de sens, apte, que de longs discours, à transmettre des messages plus percutants, tout en préservant l’originalité culturelle comorienne, sans mimétisme par rapport à ce qui a court ailleurs.
«Vivre du cinéma et pour le cinéma»
Actuellement, la vocation du studio est claire, vivre du cinéma et pour le cinéma. «Pourquoi ne pas voir un jour Piccell Studio au Festival de Cannes en France? Le cinéma est notre passion, même si parfois nous passons par la communication pour survivre», interroge Mu’andh Mhadju.
Sur le plan structurel, le studio se consolide grâce à une gestion administrative assumée par Maoulida Ouled, qui défend une vision durable du secteur : «Piccell studio collabore aujourd’hui et a, d’ores et déjà, travaillé avec des institutions et partenaires majeurs tels que Comores Telecom, le ministère des Finances, l’ambassade de France à Moroni et le Centre national de documentation et de recherche scientifique.
Nous avons fait du cinéma une passion, et aujourd’hui, nous croyons pouvoir en vivre», fait savoir l’intéressé. Au-delà des productions, Piccell Studio participe à l’économie créative locale en rémunérant les acteurs, techniciens et en investissant continuellement dans le matériel et les compétences. Une dynamique qui fait de cette jeune structure bien plus qu’une simple boîte de production, un véritable laboratoire d’images et d’idées, capable de redessiner l’avenir du cinéma comorien.

