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Portrait / Zalihata Ibrahim Salim : La dame aux doigts de fée

Portrait / Zalihata Ibrahim Salim : La dame aux doigts de fée

Culture | -   Dayar Salim Darkaoui

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Il est loin le temps où, âgée d’à peine dix ans, Zalihata Ibrahim Salim décousait les robes usées de ses nièces pour en faire des gabarits. Aujourd’hui, «Mme Zali» est une couturière confirmée. Une marque de fabrique. La styliste est sollicitée ici et là pour des expositions, de «poupées anjouanaises» notamment. Cette dernière n’est pas restée cantonnée à l’art et à la couture. Aujourd’hui à la retraite, elle compte dix-sept ans de bons et loyaux services dans le domaine de la santé.

 

Dimanche 1er juillet, dans les hauts de Mtsamdu, sur l’île de Ndzuwani. Nous longeons, en moto, l’interminable pente qui mène vers le domicile de Zalihata Ibrahim, ou «Mme Zali», comme on l’appelle ici, sur l’île aux parfums. La dame est née à Madagascar, voilà soixante-deux ans. Elle y a grandi, s’y est initiée à la couture, son activité favorite. Mais qu’il est loin le temps où, âgée d’à peine dix ans, elle décousait les robes usées de ses nièces pour en faire des gabarits. «J’alignais le nouveau tissu sur l’ancien, découpait soigneusement suivant les contours et cousait la robe à la machine», raconte-t-elle. Elle a ainsi appris, au fur et à mesure. Aujourd’hui, «Mme Zali» est une couturière confirmée. Une marque de fabrique.


La styliste est sollicitée ici et là pour des expositions, comme c’est le cas ce dimanche matin, à l’hôtel Le Refuge KparK, où a eu lieu, la nuit du samedi 30 juin, la première édition de «Anjouan Fashion Week», une manifestation culturelle destinée à la promotion du savoir-faire comorien. Cette nuit-là, Zali n’a pas fait défiler que des robes de mariage. Sur les tables des invités, en guise d’ornement, quelques unes de ses «poupées anjouanaises», qu’elle a appris à «donner vie» auprès de feu Fatima Mbaraka. «Avec elle j’ai aussi appris à confectionner les cravates, chapeaux, couvre-lits et sacs de voyage, à partir du shiromani», révèle-t-elle. Cette même nuit, elle a gratifié le public d’un joli chant, l’un de ses talents cachés. Elle accompagnait, auparavant, l’orchestre féminin Mahabuba Music, et aujourd’hui, le groupe Huzaenya.


Haut de Mtsamdu. La moto s’arrête devant une maison en dur dont la façade est cernée de barreaux. Une petite fille joue sur la véranda. Noura Abodou, une des filles de Zalihata Ibrahim, nous accueille à l’entrée. Nous attendons dans le salon. La mère apparait quelques instants plus tard, en kandzu et saluva, un sahare sur la tête.

Self-made-woman

«Pour mettre en avant la diversité des îles», selon ses mots. La dame a sept enfants, dont quatre sont nés à Madagascar. Elle y a vécu un temps avant de s’installer définitivement ici, à Ndzuwani, d’où sont originaires ses parents. De la Grande Île, elle a surtout gardé la langue.

Dès son arrivée à Ndzuwani, Zalihata Ibrahim s’est spécialisée dans la confection des saluva, kazaka et gawuni. Là aussi, elle a appris dans le tas. «Je regardais et copiais les modèles des autres stylistes. Peu à peu, je me suis améliorée. Maintenant j’ai ma propre touche», confie-t-elle.

Cette mère de sept enfants, trois filles et quatre garçons, n’est pas restée cantonnée à l’arti et à la couture. Aujourd’hui à la retraite, elle compte dix-sept ans de bons et loyaux services dans le domaine de la santé. Cinq ans en tant qu’infirmière à l’hôpital de Hombo, sept en qualité d’aide-opératoire et cinq autres au Centre médical (Cm) de Mtsamdu, où elle assurait divers soins. Zali garantit pourtant n’avoir fait aucune étude dans le domaine. «J’ai commencé comme simple infirmière et j’ai grandi», se résume-t-elle. Une «self-made-woman» dans le sens propre du terme.

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