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Salim Hatubou, 10 ans après… I Une mémoire qui ne s’éteindra jamais

Salim Hatubou, 10 ans après… I Une mémoire qui ne s’éteindra jamais

Culture | -   Mahdawi Ben Ali

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Ses écrits continuent d’enseigner et d’influencer la nouvelle génération dans la littérature comorienne d’expression française

 

Dans le vaste océan des écrits, la littérature comorienne cherche encore sa voix dix ans après le décès de Salim Hatubou, qui fut un des auteurs comoriens les plus prolifiques. Parti précipitamment en 2015, sa mémoire continue son bonhomme de chemin, enseigne et influence la nouvelle génération. Ses paires ne tarissent toujours pas d’éloges en montrant à quel point cette perte continue de peser sur cette jeune littérature comorienne d’expression française.On se remémore encore les mots du poète, Saindoune Ben Ali, qui rappelait qu’au-delà de sa grande générosité en littérature comorienne d’expression française, Salim Hatubou a été l’auteur d’une œuvre traduisant des faits de sociétés qui décrivent un peuple déchiré, désorienté, du fond du pays à la diaspora.

Une tout autre vision de la littérature

«Animateur infatigable d’ateliers, car le contact avec les autres lui était plus que vivifiant. Salim Hatubou s’est employé juste pour donner à voir la richesse de notre culture dans tous ses aspects. Au-delà des photos qui dévoilait le quotidien des concitoyens d’ici et de là-bas, quel lecteur ne s’est pas émerveillé, n’a pas salivé à la découverte de «A feux doux»?
La dernière rencontre avec le défunt auteur, se rappelle Saindoune Ben Ali, ce fut lors de «Escales Littéraires» au Comores. «Avec des amis conteurs de ce pays et d’ailleurs, il était venu à la rencontre de son peuple. Pour les jeunes l’ayant connu à l’époque, l’annonce de la disparition n’est qu’un poisson d’avril», écrit-il dans son hommage qu’on peut lire encore sur Mouzdalifa House.


Alors que beaucoup semblent penser qu’une littérature n’existe que parce qu’elle est présentée sous la force commercialisée du livre, Salim Hatubou en avait une toute autre vision, loin de là.Pour lui, la littérature comorienne existe sous la forme orale avec des histoires qui valent mille chandelles.Il revenait, de temps à autre, en terre natale comorienne pour puiser cette richesse qu’on retrouve dans une bonne partie de ses ouvrages pour enfants, notamment. «Les contes de ma grand-mère», «L’avion de maman a craché», «Marâtre», «De cette terre… quête d’une identité comorienne», ou encore «Daba, l’enfant qui n’aimait pas l’école».De son vivant, le Prix Diamant en Belgique pour «Comores-Zanzibar» n’avait d’yeux que pour l’épanouissement des Comores. Dans «Hamouro», paru aux éditions l’Harmattan, Salim Hatubou dresse cet ouvrage comme un réquisitoire contre la France qui, avec son Visa-Balladur, continue de commettre un génocide dans le bras de mer, entre les deux îles comoriennes de Ndzuani et Mayotte, devenu un des plus grands cimetières marins au monde.Sur cette dernière île, les citoyens comoriens des autres îles, vivent les pires humiliations en étant pourchassés de leur terre et traités de «clandestins» et de «sans papier».

«A jamais dans nos esprits!»

Ce chaos ne semble pas prêt de s’arrêter. Récemment, alors que Mayotte a été lourdement éprouvée par le passage du cyclone Chido, le président français, Emmanuel Macron, lançait à ses habitants : «Si ce n’était pas la France, vous seriez dix mille fois dans la merde».«J’aurai aimé faire connaissance avec Salim Hatubou quand j’ai débarqué dans le monde de l’écrit. J’ai eu à découvrir sa personne à travers les artistes, écrivains et amis comme Soly. Depuis, j’ai développé une passion pour son écriture et j’ai compris la personne, celle qui aimait le pays et le monde qui l’entoure. Il a écrit dans toutes les catégories et je ne me lasserais jamais de le lire. Ce n’est pas qu’un écrivain. J’aurais aimé qu’il y ait des manifestations littéraires et artistiques en hommage à ce grand homme. A jamais dans nos esprits», a souligné l’auteur, Mahamoud Bachirou, en hommage au grand auteur qui a tiré sa révérence il y a dix ans.

Prix remportés par Salim Hatubou

Prix Diamant en Belgique pour «Comores-Zanzibar», éditions Françoise Truffaut
Prix Insulaire à Ouessant pour «Ali de Zanzibar», éditions Orphie
Prix Kalam de bronze décerné par le ministère de la Culture des Comores
Prix des lecteurs à Mayotte pour «Hamouro», éditions l’Harmattan

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