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Slam-poésie / Zamzam Elhad, chantre du shikomori

Slam-poésie / Zamzam Elhad, chantre du shikomori

Culture | -   Dayar Salim Darkaoui

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Elle s’est faite chantre du shikomori. Après avoir chanté ses espoirs dans «Tsandza», un recueil de poèmes dans la langue de Mbae Trambwe, Halima Mohamed s’apprête à sortir, entre septembre et octobre, son album slam : «Mahoza». Il est question de la misère, de l’ivresse, des déboires amoureux, de l’île de Mayotte et, surtout, des violences faites aux enfants et aux femmes. Un thème qui lui tient à cœur.

 

Après «Tsandza» («Souhait»), un recueil de trente-trois poèmes en shikomori publié en août 2016 aux Editions Cœlacanthe, Halima Mohamed s’apprête à sortir «Mahoza» («Douleurs»), son premier album slam, entre septembre et octobre prochains. Celle que l’on connait sous le pseudonyme de Zamzam Elhad demeure, à ce jour, une des rares artistes slameuses à écrire et déclamer ses textes dans la langue de Mbaye Trambwe. Un peu à la manière des «mères qui chantent le Bora», dont elle affirme s’être inspirée. Cette façon, typiquement comorienne on peut dire, de faire de la poésie est presque devenue sa marque de fabrique. Il est difficile aujourd’hui d’imaginer Zamzam Elhad déclamer un texte-slam dans une langue autre que celle qui a valu à «Tsandza», son premier ouvrage, d’être couronné en 2017 du «Prix Cœlacanthe shikomori».

«Notre langue est tellement belle. C’est à nous de la valoriser», laisse entendre la jeune femme de vingt-un ans, originaire de Mbeni dans le Hamahame à Ngazidja.

«Mahoza», son futur album slam, propose douze titres où, là encore, le shikomori est mis en avant, mélangé cela dit avec du français. Il est question de la misère, de l’ivresse, des déboires amoureux, de l’île de Mayotte et de «toutes ces douleurs du cœur qui empêchent quelque fois de parler».

Comme, par exemple, le tabou sur les violences faites aux enfants et aux femmes, longuement abordé par l’artiste dans des séquences vidéo intitulées «Identité volée» et publiées sur sa page Facebook. La slameuse revient par épisode sur les violences faites sur une jeune fille depuis le shioni en passant par le milieu familial, l’Université et jusqu’au monde du travail. Et au bout, «cette euphorie de vouloir partir ailleurs pour un avenir meilleur».


«Il fallait absolument que j’en parle, parce que ce sont des sujets tabous, des sujets dont la société a du mal à aborder. Je me suis dit que je devais porter la voix de ceux qui n’en ont pas», affirme-t-elle. Zamzam Elhad considère que son œuvre est à vocation «un peu thérapeutique» car elle a permis à plusieurs femmes de sortir, enfin, ce qu’elles ont longtemps enfouies en elles. «Nombreuses femmes m’ont adressé des messages inbox, m’ont remercié et, parfois même, confié leurs histoires. Cela m’a fait du bien de voir que mon œuvre aide des gens à se libérer de ce fardeau du silence», dit-elle satisfaite en quelque sorte du devoir accompli.


Pour elle, «quand on souffre, le plus dure n’est pas tant d’en parler, mais de trouver une personne pour nous écouter». Halima Mohamed, actuellement en deuxième année en génie civil à Polytechnique, prépare déjà son deuxième ouvrage, «Au pied du manguier», dont la publication est prévue début 2019.



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