L’artiste a usé de la satire pour parler de son quotidien de père et de mari ainsi que la place du voyage vers la France dans la société comorienne

 

Devant son public habituel, l’humoriste de Comores Comedy Club connu sous le nom de scène de «Doyen Anasse», a célébré, le samedi 25 juillet dernier à l’Alliance française de Moroni, ses dix ans de carrière, avec son spectacle «Le voyage d’un moche».Pour ce deuxième One-man Show, l’artiste dépeint avec un regard affûté son quotidien de père et de mari, les galères universelles dans lesquelles chacun s’identifie. Il évoque, également, avec une satire enjouée, la place du voyage, tout particulièrement vers la France, dans la société comorienne. 


«On vit dans un pays où aller en France est considéré comme une réussite. Vous n’y croyez pas mais je vais vous le prouver. Quand tu veux aller à l’ambassade de Chine, par exemple, tu dis : ‘’Taxi, ambassade de Chine’’. Si c’est celle de la Tanzanie tu dis «Taxi, ambassade de Tanzanie. En revanche, si c’est celle de la France, tu dis : ‘’Taxi, ambassade’’, c’est tout, le taximan a compris, tu as compris que c’est ça l’objectif», argue-t-il.


Et de poursuivre : «Si tu as le visa pour aller même aux Usa tu écris» : Dieu merci, j’ai eu le visa pour les Usa’’. Et si c’est pour la France tu écris : ‘’Dieu merci j’ai eu le visa’’. Même l’emplacement de l’ambassade de France n’est pas anodin, il est devant le Lycée Saïd Mohamed Cheikh. Autrement dit, à l’époque, quand tu veux abandonner les études, le premier contact visuel était l’ambassade de France. Et tu comprenais direct, que ce ne sont pas seulement les études que tu abandonnes, mais la France également». 

«Une vie de moche assumée»

Mais pas seulement. A travers ce nouveau spectacle, l’humoriste revendique, avec une autodérision mordante, sa «vie de moche assumé». «Aujourd’hui j’ai une fille, alors quand j’écris, je pense à elle d’abord. C’est peut-être la chose fondamentale qui a changé dans ma création. J’avais plusieurs très bons sketchs avec un peu de vulgarité... j’ai préféré me censurer», explique celui qui a fait du fait de «ne pas mentir» sa nouvelle façon d’écrire. «Tout ce que je raconte sur scène aujourd’hui est tiré d’une histoire vraie, d’un vécu, et c’est très difficile à écrire mais je suis vraiment fier du progrès accompli», précise-t-il.


En dix ans de carrière, Doyen Anasse a su, à travers son humour bien à lui, s’imposer sur les scènes internationale et nationale. C’est ainsi qu’en 2023, il a été nominé aux Prix Rfi talent du rire et tenu son premier spectacle, «Le cri de la terre» et a participé au Parlement du rire à Abidjan en Côte d’Ivoire. La même année, Comores Comedy Club avait une série intitulée «Bô mba» qui cartonnait et les spectacles s’enchaînaient. C’est ainsi que l’année 2023 a été la plus marquante de toute sa carrière d’humoriste.Mais derrière ces réalisations, se cachent des nuits blanches et de doutes, passées à écrire et à effacer à la recherche de la perfection.
 
2023, l’année mémorable
 
Pour «Voyage d’un moche», ça ne semble pas avoir été compliqué : «J’avais déjà beaucoup écrit sur la mocheté et le voyage. J’ai juste tout réécrit et le rendu était positif», assure celui qui, à un moment, notamment en 2020, avait, «pourtant l’intention de tout abandonner». Mais son voyage au Cameroun la même année, lui a permis de se remettre à croire en ce métier, après avoir vu des personnes, beaucoup plus âgées, s’engager dans ce métier, parfois des pères de famille. 


L’humoriste dit qu’il sait profiter de chaque spectacle comme si c’était le dernier et que le jour où il partira, ça sera sans regret car j’aurai vécu plus que j’aurai espéré». Remerciant le Comores comedy club «pour ces années d’humour et d’amour» passées, le Doyen Anasse a rendu un vibrant hommage à sa femme, son «premier public», pour son soutien ainsi que le leader du club comorien d’humour qui “nous a mis à l’aise sans arrières pensées». Il remerciera également le public qui l’accompagne depuis plusieurs années, sans oublier les partenaires et sponsors, résumant ainsi ses dix ans de carrière en «gratitude».