Après les compétitions et les battles, le chorégraphe semble résolu à embrasser une autre forme de création
Dans la soirée du mercredi 16 septembre, l’Alliance française de Moroni (Afm) a fait le plein pour la première représentation aux Comores de la création chorégraphique de Haïtham Ben Ali, Nous. Six danseurs d’Afrocomoco à savoir Oussama Ben Kader Mohamed (B.boy Awax), Nafissa Youssouf (Nafissa la danseuse), Soefoudine Ahmed Saïd (Alvine), Abdoulmadjid Ahmed (Bink’s), Yakyne Moustoifa (Mhb le danseur) et Soighiri Youssouf (Sem10), ont mêlé, pendant près d’une heure, hip-hop, danse contemporaine, afro et expressions traditionnelles, accompagnés par des mélodies et sonorités africaines, chants a cappella et shigoma.
Les réactions se faisaient entendre au fil des tableaux pendant que les artistes enchaînaient les mouvements autour de cette création qui évoque la rencontre, les difficultés du parcours artistique et de la vie, mais aussi les violences faites aux femmes, la tradition et l’obsession du pouvoir. La prestation était telle qu’un spectateur s’est laissé emporter slamant en shikomori comme s’il chuchotait à la salle, pendant que les danseurs poursuivaient leurs chorégraphies.
Après le spectacle, le président du Centre de Création Artistique et Culturel (Ccac), Soumette Ahmed, a fait part de ses sentiments en soutenant que les danseurs ont fait montre de «beaucoup d’énergie et de potentiel».
«Beaucoup de talents et d’énergie»
Habitué à les côtoyer dans son centre – où la troupe s’entraîne quotidiennement – il dit avoir apprécié de voir les acteurs évoluer sur scène : «c’est un plaisir de les voir, de voir aussi qu’ils ont une énergie débordante et un certain talent», a-t-il lancé avant de relever quelques aspects qui, selon lui, pourraient encore être travaillés comme la transition, la chorégraphie et surtout le choix de la musique. «Je sais que Haitham a le talent pour et qu’il est capable de colmater ces quelques brèches, ce qui va rendre son spectacle encore plus captivant», a-t-il conclu.
De son côté, Toibibou Imam a apprécié le travail des lumières et la coordination entre les danseurs : «J’ai beaucoup aimé les transitions dans la luminosité. Ça donnait l’impression d’être téléporté dans un autre univers, où seul le langage corporel existe», a rapporté le vidéaste qui ajoute avoir reconnu dans les mouvements plusieurs références à la Culture comorienne, mais aussi les violences faites aux femmes et l’envie de pouvoir : «A un moment, c’était une guerre. On voyait chacun arraché ce que l’autre avait. Cela renvoyait à ceux qui souhaitent, à tout prix et à n’importe quel prix, régner, quitte à manipuler ou faucher l’autre». Enfin, Imam espère que cette œuvre pourra être représentée dans plusieurs pays et, surtout, faire, dignement, la promotion de la Culture comorienne à l’étranger.
Pour sa part, Haïtham Ben Ali, a révélé que cette représentation était l’aboutissement d’une création montée dans un délai particulièrement court : «Nous avons dû, en seulement un mois, améliorer celle de Djibouti avec des danseurs locaux, contrairement à la première fois où nous étions mélangés avec des Djiboutiens». L’auteur de l’œuvre rappelle, par ailleurs, que pour certains acteurs c’était leur toute première apparition sur scène, ce qui a rendu le travail encore plus exigeant mais que, malgré cela, ils ont réussi à relever le défi et se sont très bien débrouillés, s’est-t-il félicité.
Le chorégraphe espère, désormais, «faire voyager» Nous, affirmant avoir déjà été sollicités par plusieurs pays, un peu partout en Afrique, pour y présenter sa création. Il appelle toutes les personnes et structures qui soutiennent la création artistique à accompagner le groupe dans cette démarche. Enfin, il a remercié «tous ceux qui ont contribué à la réalisation du spectacle, notamment le secrétariat général du gouvernement, le ministère de la Culture, Yas, l’ambassade de France aux Comores et l’Afm pour leurs soutien», devait-il préciser.Ainsi, après les compétitions et les battles auxquels Afrocomoco participe habituellement à l’étranger, Haïtham Ben Ali semble résolu à défendre une autre forme de création.



