Dans le rap comorien, il s’impose comme un des rares artistes capables de transformer son public en chœur et la scène un espace de communion entre la parole et la foule
Dans la musique comorienne, rares sont les artistes capables de fédérer autant un public au point de le transformer en véritable chœur. Titi le Fourbe fait partie de ceux-là s’il n’est pas le seul.A travers une écriture exigeante et une présence scénique intense, il a bâti une relation singulière avec ses fans, devenus aujourd’hui des relais de son art. Dès que l’instrument est lancé, la foule prend immédiatement le relais. Les paroles s’élèvent, reprises en chœur. Un rituel désormais bien installé. Sur scène, Titi le Fourbe amorce souvent ses titres avant de laisser le public les prolonger. Une dynamique révélatrice d’un lien fort, forgé au fil des années. «On a l’impression qu’il rappe pour nous, mais surtout avec nous», témoigne ce fan de la première heure, Saïd Maoulana. Une communion qui ne doit rien au hasard, mais à une construction patiente, nourrie de textes ancrés dans le réel et d’une proximité constante avec son auditoire.
Influence sur la nouvelle génération
Titi le Fourbe s’est imposé par une écriture reconnaissable, à la fois directe et travaillée. Ses textes abordent les réalités sociales, les frustrations, les espoirs et les contradictions, souvent, d’une jeunesse comorienne en quête de sens. Ses œuvres ne cherchent pas uniquement l’efficacité immédiate, ils racontent la rue, les blessures silencieuses, la dignité et la volonté d’exister malgré les difficultés. Une approche qui explique, en partie, l’attachement durable de son public.De l’avis de certains, aux Comores, il faudrait remonter au temps de Djobandjo pour retrouver un artiste urbain capable de placer le public au cœur même de son art, de le prendre dans ses bras et de l’emmener avec lui, refrain après refrain.Cette relation presque charnelle entre la scène et la foule, longtemps rare dans la musique comorienne, trouve aujourd’hui, avec Titi le Fourbe, un nouvel écho. Avec lui, le public n’est pas un simple spectateur, il est un acteur qui prolonge naturellement de la voix de l’artiste.
«Les textes de Titi le Fourbe ne livrent pas toujours leur sens au premier abord. Ils invitent à la réflexion et nécessitent parfois de bien tendre l’oreille pour en saisir la profondeur. Ce n’est pas ce rap qu’on consomme vite fait. Il faut écouter, réécouter, et à chaque fois, on découvre autre chose. Cette exigence intellectuelle distingue l’artiste d’une partie de la production actuelle et renforce le lien avec un public conscient d’être face à une œuvre qui va au-delà du simple divertissement», soutient Irham Tilmidhi.Aujourd’hui, l’empreinte de Titi le Fourbe est visible sur la scène rap locale. De nombreux jeunes artistes revendiquent une écriture proche de la sienne, tant dans le fond que dans la forme. Même engagement, même volonté de rester fidèle aux réalités locales. «Titi le Fourbe a montré qu’on pouvait rester soi-même et toucher un large public. Il a ouvert une voie sur une autre manière de manier le micro», est convaincu l’étudiante à l’Université des Comores et passionnée de rap, Amina Mmadi.
Nde zilaso, un public «structuré» et fidèle
L’artiste a même trouvé un nom à sa communauté : Nde zilaso. Un public fidèle, constant, présent aussi bien en concert que sur les plate-forme numériques. Cette fidélité, rare dans le milieu, constitue aujourd’hui l’un des principaux atouts de Titi le Fourbe. Pour les programmateurs culturels, le constat est clair, inviter Titi le Fourbe c’est s’assurer d’une mobilisation réelle. Ses concerts reposent moins sur l’effet de mode que sur une relation solide, entretenue sur le long terme. A Ngazidja, certains fans n’ont manqué aucun de ses concerts. Ahmed Moussa en fait partie : «c’est un artiste avec une énergie incroyable. Tu es obligé d’être dedans du début à la fin. C’est comme s’il nous envoûtait», avoue-t-il. Même attachement chez Nafissa Saïd : «je ne rate aucun concert de Titi. Dès que j’apprends qu’il est programmé, je m’organise. Ses chansons, je les connais par cœur, mais en live, c’est toujours différent. On ressort fatigués, mais le cœur plein», martèle-t-elle.
Figure désormais incontournable du rap de son pays, Titi le Fourbe a su transformer la scène en espace de dialogue et le public en acteur central de sa musique. Si aujourd’hui la foule chante à sa place, c’est le signe d’une reconnaissance rare. Celle d’un artiste dont la parole est devenue collectiven
