Dans le cadre du concours national «Une nation, mille danses», Al-Watwan propose une série de portraits dédiés aux finalistes représentant Ndzuani, Mwali et Ngazidja. Ce numéro est consacré à Masampanga de Mbeni, «emblème de la richesse culturelle à Ngazidja»

 

Au cœur de Mbeni, le «berceau d’une richesse culturelle inépuisable», une flamme continue de danser. Elle porte le nom de Masampanga. Une association de danses traditionnelles née le 24 septembre 2000 et qui s’est donnée pour mission de «préserver, valoriser et transmettre» le patrimoine immatériel des Comores à travers le mouvement, le rythme et la mémoire collective.C’est dans l’effervescence des années 2000, alors que les célébrations des mariages faisaient vibrer la cité de Mbeni au son des tambours et des chants, qu’un groupe de jeunes passionnés décida d’armoniser leurs pas. Ils venaient de différents quartiers, notamment celui de Mluwani, qui partageaient le même désir à savoir offrir à la danse traditionnelle un cadre structuré et durable.

Un parcours jalonné de victoires

Masampanga a pris part à de nombreux Festival de danses traditionnelles aux Comores notamment le Festival de la Lune à Mitsamihuli, Mgamidji Festival à Mbeni, Festival Gombesa à Ikoni ou encore le Festival de Tsidje. Au-delà des frontières du pays, les tambours de Mbeni ont résonné en Algérie lors d’un Festival international ou encore à la Journée nationale des Comores à l’Exposition Universelle au Japon. Ils comptent deux trophées à leur palmarès. Leur victoire au Festival de la Lune ou au concours de l’Office de la radio et de la télévision comorienne (Ortc) sonnent comme autant de reconnaissance nationale.


«Ces victoires ont considérablement renforcé la notoriété de notre association et ont contribué à valoriser la richesse de la danse traditionnelle comorienne. Elles ont permis, également, de raviver l’intérêt du public et de relancer la jeunesse de Mbeni dans la nécessaire préservation du patrimoine culturel légué par nos aînés», explique Saïd Ibrahim, membre de l’association.Vingt-cinq ans après sa création, Masampanga compte une centaine de membres. Cela a notamment été facilité par un recrutement reposant sur la confiance, l’amitié et une passion partagée. «Nous accompagnons nos jeunes dans leurs études, nous leur achetons parfois leurs fournitures scolaires», confie l’un des responsables. Cet engagement éducatif a renforcé la crédibilité du groupe auprès des parents et cimenté un lien intergénérationnel fort.

Danser pour transmettre

Les chorégraphies de Masampanga ne sont pas de simples performances. Elles racontent, disent l’unité, la solidarité, le respect des anciens et la fierté d’être Comorien. Chaque pas évoque les luttes d’antan, chaque geste fait revivre les récits des ancêtres. Entre tradition et modernité, le groupe compose, crée et innove. Les danses festives comme le djaliko, le sambe ou le shigoma se mêlent à celles, plus symboliques, du igwadu ou du serebwalolo, véritables chroniques du peuple.
Toutefois, le chemin n’est pas sans embûches. Masampanga dit faire face à un manque chronique de financement, de lieu de travail et de costumes traditionnels. Pourtant, la motivation ne faiblit pas. Les répétitions s’organisent sans cesse, les chorégraphies se peaufinent collectivement, et chaque réussite se fête en famille. Car Masampanga, c’est avant tout une communauté soudée par la passion et l’amour de la culture.


«L’avenir de la danse traditionnelle aux Comores, bien que confronté à des défis comme l’absence de nombreux événements spécialement dédiés et le manque d’une maison de la culture, reste porteur d’espoir. Certaines localités comme Mbeni, Koimbani, Ikoni, Mitsudje ou Tsidje à Ngazidja, continuent de faire vivre cet héritage avec passion. Les jeunes y ont pris le relais, preuve que la relève est bien présente. La lueur d’espoir s’est renforcée avec l’organisation du concours national, Une Nation, mille danses», soutient Sefrique Abdou.


L’association rêve, désormais, plus grand encore. Créer un grand festival culturel pour marquer ses vingt-cinq ans d’existence et adhérer à des réseaux internationaux comme le Cioff, le Réseau des Ong accréditées à l’Unesco, ou encore le European Network of Cultural Centres. «Une ouverture vers le monde, sans jamais tourner le dos à la terre natale», précise le chargé de communication de Masampanga Sefrique Abdou.


Pour Masampanga, la danse traditionnelle comorienne a un avenir, à condition qu’on lui donne un espace pour respirer. Les jeunes y croient, les doyens veillent, et les concours national comme «Une Nation, Mille Danses» redonnent espoir à cette discipline qui essaie encore de se faire un nom dans la sphère artistique comorienne. «Nous appelons le gouvernement à soutenir davantage la Culture», insistent-ils, convaincus que la danse est, bien plus qu’un art, «une mémoire en mouvement».