Selon l’auteure, la disparition de l’artiste, compositeur et interprète ne devrait pas signifier celle de son œuvre. Elle appelle à la faire vivre

 

Dans son œuvre parue aux Editions Cœlacanthe en septembre 2026, «Bourguiba, une vie en accords majeurs», Faouzia Ibrahim Abdallah, retrace le vécu de son ex-époux, l’auteur, chanteur et compositeur Ahmed Bourguiba, décédé en France il y a deux ans. Ahmed Bourguiba qui avait grandi à Bandamadji la Itsandraya à Ngazidja, découvre la musique dans la localité voisine de Itsandraya mdjini, où il a passé son enfance. Après l’obtention de son baccalauréat, il a suivi des études de droit à l’École nationale d’administration et de commerce (Enac) et conciliait les exigences de sa formation avec sa passion de progresser dans son art.

«Rohoni», à 16 ans

Dans cette œuvre de quatre-vingt-huit pages, l’auteure raconte qu’un jour qu’alors que Bourguiba, qui n’avait avait que 13 ans, voulait s’approcher d’un piano, quelqu’un l’a interpellé en ces termes : «ne touche pas à ça, gamin ! Ce n’est pas pour les enfants». Frustré, Bourguiba aurait alors répondu : «tu verras, un jour je serai une grande figure de la musique comorienne».Trois ans plus tard, à 16 ans, il a composé Rohoni, sa première chanson.

 Par la suite, le jeune passionné s’est mis au piano en autodidacte, avant de rencontrer l’auteur-compositeur et interprète, Adina Tanchik, qui lui prodiguera des conseils qui vont l’accompagner tout au long de son apprentissage. Le livre évoque des séances à Studio 1 et au service public de la radio et de la télévision (Ortc), où il a pu donner, progressivement, forme aux chansons qui constitueront son répertoire. Selon l’auteure, Bourguiba voulait faire de la musique «un outil de sensibilisation et de transmission».

On y a vu, entre autres, une critique de la concentration des services publics dans la capitale, avec Commune, un appel à faire de la propreté des villes et villages, une «responsabilité citoyenne» avec Urahafu. Dans Ndola (= Mariage) celui qui décédera le 5 septembre 2024 en France, défendait le choix amoureux contre les alliances arrangées.

Parmi ses compositions les plus célèbres on citera Hazi (= le travail), réalisé avec le Bit, qui met en avant l’entrepreneuriat, Umasikini, élaboré avec le Pnud, sur la lutte contre la pauvreté, ou encore Mlimadji, réalisé avec la Fédération nationale des chambres d’agriculture, de la pêche et de l’élevage (Fnacfa), en hommage aux agriculteurs. 
Une diversité qui éclaire sur le répertoire de Bourguiba, qui chantait, également, les sentiments avec des titres comme Amour lointain, Djuwa, My Love ou Hadissi ya pvira. Au total, un répertoire d’une vingtaine de chansons connues, auxquelles s’ajoutent des compositions restées inachevées ou jamais enregistrées.

Epreuves, traumatismes 

Dans son chapitre intitulé «L’écho d’une mauvaise nouvelle», l’œuvre revient sur les difficultés rencontrées par l’artiste avec des cachets jamais versés, des promesses non tenues et des occasions compromises par des rivalités. L’auteure y évoque une épreuve familiale particulièrement douloureuse quand, à la mort de sa mère, Bourguiba a été empêché par des jeunes d’assister à l’enterrement.

 Un évènement qui aurait pesé «dans sa décision de s’éloigner des Comores pour s’installer en France», assure-t-elle. Installé à Rennes peu de temps après, Bourguiba multipliait les déplacements dans plusieurs villes françaises à la recherche d’un emploi. Malgré les incertitudes professionnelles, il continuait à nourrir, parallèlement, ses ambitions musicales, tout en cherchant à assurer la stabilité de sa famille. Alors qu’il s’apprêtait à débuter dans une entreprise de maintenance de chauffage à Paris, le 5 septembre 2024, Bourguiba s’est effondré, «succombant à un accident cardiaque», raconte l’auteure.


Faouzia Ibrahim Abdallah met en avant une autre facette du compositeur comorien : celle d’un époux et d’un père très attaché à sa famille. Elle est, notamment, revenue sur leur rencontre au Bureau géologique des Comores (Bgc) et sur la naissance de leur fille, décrivant un homme «présent dans son foyer», dont les gestes du quotidien rejoignaient les sentiments exprimés dans ses chansons. Enfin, dans le chapitre «Un héritage musical vivant», elle exhorte institutions, associations et médias à «prendre le relais, en diffusant ses chansons et les messages qu’elles portent». Pour elle, en effet, la disparition de Bourguiba ne devrait pas signifier celle de son œuvre.