Alors que son environnement familial est associé aux lettres, Abdoulkayoum Aboubacar Saïd Salim a pris le chemin du rap pour s’exprimer

 

Abdoulkayoum Aboubacar Saïd Salim, connu sous le nom de scène de «Youmka Lachnikov», évolue dans le paysage du rap comorien depuis plus d’une dizaine d’années. Issu d’une fratrie de neuf enfants dont il est le seul garçon, l’artiste originaire de Mitsamihuli Mdjini – et fils de feu de l’ancien activiste, enseignant et écrivain comorien, auteur de l’œuvre Le bal des mercenaires, Aboubacar Saïd Salim – a découvert le rap au sein du groupe R2m City, en 2012, avant de se lancer en solo.


Son parcours dans la chanson s’est poursuivi, parallèlement, à ses études. En 2015, il décroche son baccalauréat et part au Maroc pour s’installer à Fès, où il a effectué avec succès son parcours académique en logistique et transport. C’est durant cette période qu’il sortira, en 2018, son premier projet solo intitulé Youmkalachnikov et changera son nom de scène en Youmka + Lachnikov : «Il me fallait un nom percutant, qui représente ma façon de kicker et le jeu de mots «Youmka» + «Lachnikov» me ressemble parfaitement», explique-t-il.

Quatre projets en dix ans

Deux ans plus tard, en 2020, «Flexman» a enchaîné avec la mixtape Roujoula produit au BR studio, à Fès au Maroc. Il est ensuite revenu avec Skol, enregistré et mixé au studio Maboina Record en 2023, avant de dévoiler Vantara en 2025. Parallèlement, il a participé à plusieurs compilations de la scène urbaine comorienne tel que «Le Coffre Vol. 2». Parmi les singles qui ont contribué à installer son nom auprès du public, Shompeleya’s, réalisé en collaboration avec la chanteuse QueenZy, occupe une place particulière.

 Régulièrement repris par le public lors de ses prestations, le morceau est devenu l’un des titres les plus attendus par son public. Aujourd’hui, il cumule plus de trois mille abonnés et plus de deux-cents cinquante mille écoutes sur Audiomack, avec plus de mille auditeurs mensuels.Pour l’artiste, le rap est une question de passion : «j’ai commencé car j’avais des choses à raconter et que c’est une manière pour moi de le faire. Dans ma musique je parle de mon vécu et de ce que je vois autour de moi», a-t-il confié.


De son côté, Elamine dit Dougui, membre du groupe de danse Afro Comoko, estime que son parcours ne reflète pas encore la qualité de son travail. Selon lui, le rappeur souffre encore d’un manque de visibilité, alors que sa musique est «bonne et dispose de ce tout qui est nécessaire pour toucher un public bien plus large». Pour ce dernier «s’il avait signé avec un label, il aurait percé depuis plusieurs années».

Collaborer pour mieux apprendre

Au fil des années, Youmka a multiplié les collaborations, travaillant avec des artistes comme Victorious Awax, 22Williams, Bilwiz, Zoubs Mars, Killamen et QueenZy, entre autres. Selon lui, le choix d’un artiste avec qui travailler repose, avant tout, sur le feeling et la complémentarité, privilégiant les rencontres qui permettent, à chacun, d’apporter son propre univers plutôt que les collaborations destinées, uniquement, à réunir plusieurs noms sur un morceau : «j’aime travailler avec des artistes qui ont leur propre univers pour que chacun puisse apporter sa couleur, son énergie et sa façon de voir la musique au profit de tous».

 Ces expériences diverses, par lesquelles chacun apporte sa façon d’écrire ou d’aborder un morceau, constituent autant d’opportunités de continuer à apprendre : «Le but est de créer une vraie alchimie et sortir un morceau qui apporte quelque chose au mouvement», aime-t-il à marteler. De Youmkalachnikov à Vantara, Abdoulkayoum a construit son parcours étape par étape. Sa discographie compte aujourd’hui plus d’une quarantaine d’œuvres et il entend encore l’étoffer dans les prochaines semaines avec plusieurs projets en préparation et de nouvelles collaborations.