85 minutes, 14 artistes, 20 titres. Dans son album, Géré El-Mourad parle d’amour, du quotidien et dénonce l’insécurité qui «gagne du terrain»

 

Sorti le 7 août dernier, l’album Ngamzio est le quatrième projet du slameur comorien, Géré El-Mourad. Comme avec ses récentes sorties, Ngamrapviho en avril 2024 et Tsi kura en septembre 2021, Géré El-Mourad s’impose sur la scène nationale du slam avec un style d’écriture et une musicalité bien propre. Ngamzio interpelle le public du jeune slameur, inquiet que ce dernier en profite pour annoncer la fin d’une carrière en plein essor. Mais pour lui, il s’agit bien d’un concept qui s’inscrit dans la continuité tenant compte de ses précédents projets.

«J’ai déjà eu Tsi kura, Ngamrapviho, Nkahe et aujourd’hui, Ngamzio. C’est d’ailleurs, en écoutant mes précédents projets qu’on comprend mieux ma nouvelle sortie. Baptisé «Chapitre 4», Ngamzio marque soit une fin, soit une ouverture. Monter sur scène le soir et aller à l’école le matin reste mon plus grand combat», a-t-il expliqué. Et de confier : «Je compte arrêter le slam, bien que je ne l’aie jamais dit nulle part, mais je me fixe des limites par rapport à mon statut actuel». 


En quatre-vingt-cinq minutes, Géré El-Mourad, en collaboration avec quatorze artistes, slameurs et rappeurs comoriens de la nouvelle génération, en l’occurrence, Bilwiz, Elaslam ou encore, Toilhat, nous parle d’amour, d’avenir mais surtout, du quotidien des jeunes comoriens avec un «je», à travers lequel, tous peuvent s’identifier. Soundi Isamel El-Mourad dit se réjouir de la forte collaboration qu’il a eue dans cet album et qui lui a permis de faire quelque chose d’exceptionnelle, notamment, en donnant un sens à ce qu’il qualifie d’»écho d’une vérité qui dérange».
 
Insécurité, injustice….

Dans Ndeze habari, Géré El-Mourad dénonce l’insécurité qui menace le pays, évoque les actes barbares et mortels dont des femmes comme Naicha et Hikima ont été victimes, dont il tient pour unique responsable, la justice «qui semble parti en congé». «Hunu eyaruwa ndeulo ndro, Eyatso wa miwani ndeuono ndro, Ngapvo si riwonao zizufu, leo esirikali zirihalifu, Etwamaya yikaza kifu. Komori damu ndzima, dini ndzima sha ndrongo za marehema, hari yawo yaho walima si rabaki ri zizima. Hata hohundra mna kiritasi wa nkima, ngizo mhima.

 Napvanu ezisikitishao, ndeze roho zitolwao hama madji yanolwao, ho ukweli ngazidendzao. Katili, sirikali katsu zima. Maraiya piya wazizima. Huono ezadjiriya Naicha na Hikima, sina amani kartsina wema, ehakatwi yinu piya, nde mahakama», slame-t-il en 2mn50. Et de finir par demander à son frère au bout du fil, de «Bahi nirenge udja yiho nibaki hata iho». Dans des titres comme Mpaka Mpakani, en featuring avec Toilhat, c’est l’histoire de deux jeunes filles, Ounliat et Maissara, l’une enfant de bucheron et l’autre de Pdg.

Celle du bucheron a pu se frayer un chemin en réussissant ses études jusqu’à devenir docteure. L’autre, en revanche, est seulement restée «la fille du Pdg». 
De toutes ces collaborations ayant donné des couleurs au projet 2026 de Géré El-Mourad, c’est surtout celle avec le rappeur SLK qui l’a le plus marquée : «Ce que cet artiste m’a montré en studio, plus le résultat du travail, c’était incroyable.

 Il a pu marier son texte et le mien avec sa voix mélodieuse», a-t-il livré, tout en confiant, cependant, que celle dont il a toujours rêvé, c’est celle avec Bilwiz. «C’est d’ailleurs lui qui m’a inspiré à devenir artiste. Faire un feat avec lui, Bilwiz, et SLK, c’est d’une joie que je ne saurais décrire. Les avoir au vu de leur talent, et leur influence a été pour mon équipe et moi, le grand défi à relever», a-t-il précisé.

Rêve de featuring

Géré El-Mourad est de cette nouvelle génération de slameur qui s’impose à travers leur langue maternelle. Bien qu’il écrive des textes en français, étant déjà habitué à l’articulation en shiKomori, il a un peu de mal à trouer un style percutant. Natif de Nyumadzaha ya Bambao, Géré El-Mourad enseigne l’histoire et l’éducation civique dans une école privée de sa localité.

Détenteur d’un Master 2 en Relations internationales à Dakar après la Licence 3 en Histoire obtenue à l’Université des Comores, Géré El-Mourad est membre actif de plusieurs associations culturelles notamment, Nb Art et Sen’Art e la lune. Son amour pour le slam est né en 2019 après avoir écouté l’album Sulaha du rappeur Bilwiz dont il est tombé amoureux du style d’écriture.

 Lauréat de la première édition du Boneso Awards en 2024, Géré El-Mourad estime que ses prestations, lors des éditions de 2025 et 2026 au Palais du peuple, resteront les plus impressionnantes de sa carrière. En septembre 2021, il a sorti son premier Ep Tsikura. En 2024, Ngamrapviho. En 2025, Nkahe avant Ngamzio, qui marque, pour lui, le début de nouvelles aventures.