Dans un univers longtemps dominé par les hommes, ces Grandes dames ont fait de la scène leur territoire d’émancipation et un tremplin pour la transmission
Elles chantent, elles jouent, elles animent. A Domoni, sur l’île de Ndzuani, le groupe “Zamzam rose” s’impose, depuis plus d’une décennie, comme l’une des plus belles expressions du talent féminin comorien. Dans un univers musical longtemps dominé par les hommes, ces femmes font de la scène leur territoire d’émancipation et un tremplin pour la transmission de l’art, de la culture et de la tradition aux générations futures.
Créé le 19 septembre 2013, Zamzam rose rassemble des femmes passionnées issues de la ville de Domoni et de ses environs immédiats. Leur ambition : faire vivre les traditions musicales comoriennes tout en ouvrant de nouvelles voies pour les femmes artistes. Sous la présidence de Nafilati Jaffar, Zamzam rose explorent une pluralité de styles : le twarabu, le shigoma, le wadaha, mais aussi le twarabu dit Fudrila. Chaque performance du groupe est une célébration de la vie, de la Culture, de la mémoire.
Ces grandes dames chantent pendant les mariages, les fêtes et autres cérémonies communautaires. Leur répertoire revisite les différentes formes du twarabu national serties d’empreintes de tari la shindzuani, de lelemama, de djalilko, tout en leur donnant une touche originale.
Des mélodies, mais pas que...
Les chansons de ce groupe de Domoni ne sont pas seulement des mélodies, ce sont des messages. Leur musique étend des thèmes puissants sur l’environnement, l’éducation, le mariage, le bien-être social et la nature, qu’elles considèrent comme étant les racines même de la vie comorienne. Ces artistes ont compris que la chanson peut être un outil d’éducation populaire et un instrument de cohésion sociale. Leurs textes, souvent écrits collectivement, parlent d’amour, de respect et d’harmonie. Mais aussi des défis d’aujourd’hui, qu’ils se nomment tensions sociales, désintérêt des jeunes pour les traditions, perte de repères culturels, etc.
Contrairement à beaucoup d’associations, Zamzam rose ne se contente pas de chanter comme des déesses, ses membres jouent elles-mêmes les instruments. Tambours, konga, claviers et guitare. Aujourd’hui, elles sont en formation de batterie. Sous l’encadrement du maître, Ahmed Cheikh alias Consul, elles ont appris à manier les instruments avec maîtrise et fierté : “Je suis heureuse que les femmes soient désormais devant la scène. Nous formons aujourd’hui des femmes batteuses. Nous voulons que d’autres associations féminines voient le jour, pour créer de la concurrence et enrichir le paysage musical comorien”, affiche la présidente du groupe, Nafilati Jaffar.
Un groupe qui se produit exclusivement en live, refusant le playback qui gagne du terrain chez les jeunes artistes. Dans la ville historique de Domoni, leur présence sur scène, énergique et sincère, rappelle la puissance du twarabu à l’ancienne : un art vivant, collectif, ancré dans la terre et les émotions.
Pour la reconnaissance!
Mais derrière la beauté des mélodies et l’éclat des qualités, la réalité reste rude. Zamzam Rose dit ne bénéficier d’aucun soutien financier ni de la part de la commune ni de celle de l’Etat. Le groupe manque d’instruments, d’un local de répétition, d’un espace pour accueillir ses membres. Et pourtant, il continue d’exister, de se battre, de créer : “Nous contribuons au développement de notre communauté, mais nous n’avons pas de lieu où nous loger ni d’aide institutionnelle bien que nous jouons, parfois, pour des concerts de solidarité en liens avec le développement de la société», souligne, quelque peu exaspéré, celui qu’on surnomme Consul.
Les membres de Zamzam Rose craignent que le twarabu comorien ne soit entrain de traverser une période de fragilité : “Le désintérêt des jeunes, la montée du playback et l’absence de soutien institutionnel menacent ce patrimoine”. Elles proposent des pistes concrètes notamment un programme de formation. Leur rêve est clair : redonner au twarabu sa place d’honneur dans la société comorienne, et faire des femmes les gardiennes de cette mémoire.
Une rose sur la scène comorienne
Zamzam Rose n’est pas qu’un groupe. C’est un symbole de femmes qui se lèvent, chantent, alertent, battent le tambour, font danser leur île et redonnent à la musique comorienne son souffle premier : celui du partage et de la dignité. A Domoni, quand les voix s’élèvent et que les tambours battent, il n’est plus question de genre, mais de passion. Et dans cette passion, Zamzam Rose brille, forte et fière. Une rose qui refuse obstinément de faner. On ne peut que lui souhaiter “bonne route”.


