En marge des Assemblées annuelles du Fmi et de la Banque mondiale, la délégation comorienne, conduite par le ministre des Finances, du Budget et du Secteur bancaire, Moussa Abderemane, a pris part, mardi 13 octobre, aux discussions du Caucus du Groupe Afrique I du Fmi. Au cœur des échanges : le poids de la dette publique, qui réduit les marges de manœuvre budgétaires de nombreux pays africains, et les moyens de renforcer la résilience économique du continent.


La dette publique s’impose comme l’une des principales préoccupations économiques du continent africain. C’est autour de cet enjeu que se sont articulés les échanges du Caucus du Groupe Afrique I du Fonds monétaire international (Fmi), tenu en marge des Assemblées annuelles de l’institution et de la Banque mondiale à Bangkok en Thaïlande . 


La délégation comorienne, conduite par Moussa Abderemane, ministre des Finances, du Budget et du Secteur bancaire, également gouverneur de l’Union des Comores auprès des deux institutions, a activement participé à cette rencontre consacrée aux défis économiques auxquels les pays africains sont confrontés. Co-présidée par Seedy Keita, ministre gambien des Finances et président du Groupe Afrique I, et Kristalina Georgieva, directrice générale du Fmi, la réunion a notamment mis en lumière «les pressions exercées par le service de la dette sur les finances publiques, dans un contexte international marqué par la multiplication des chocs économiques et la diminution de l’aide extérieure».


Alors que plusieurs économies africaines font face à des niveaux d’endettement élevés, la situation des Comores apparaît relativement moins contraignante. Selon le rapport annuel de la Direction de la dette, l’encours de la dette publique comorienne s’établissait à 27,6 % du produit intérieur brut (PIB) à la fin de l’année 2025. «Ce niveau demeure nettement inférieur au seuil de 70 % mentionné dans le rapport comme référence pour les pays de la zone franc », indique la direction de la Dette. À titre de comparaison, les taux d’endettement cités pour l’Egypte et la Côte d’Ivoire atteignent respectivement -79,7 % et -56 % du PIB. Ces écarts illustrent la diversité des situations budgétaires sur le continent et l’importance d’adapter les politiques économiques aux réalités de chaque pays.


Dans leur déclaration commune à l’issue de la réunion, les gouverneurs africains et le Fmi ont souligné la résilience dont les économies du continent ont fait preuve ces dernières années. Malgré les répercussions de la guerre au Moyen-Orient, la croissance africaine devrait atteindre 4,5 % en 2026, tandis que l’inflation devrait reculer à 9,3 %. Un niveau qui demeure néanmoins élevé, selon la déclaration conjointe. 

Une croissance africaine confrontée à de multiples risques

Les perspectives restent toutefois exposées à plusieurs risques. La hausse des prix de l’énergie pèse sur les ménages et les entreprises, tandis que le coût élevé du financement et le poids du service de la dette limitent les capacités d’investissement des États. À ces contraintes s’ajoute le recul de l’aide extérieure, qui réduit davantage les ressources disponibles pour les dépenses de développement. Les participants ont également mis en garde contre un éventuel «durcissement des conditions financières internationales et les conséquences d’un épisode El Niño particulièrement intense, susceptibles d’accentuer les vulnérabilités économiques et climatiques du continent.» 

Mobiliser davantage les ressources africaines

Face à ces défis, la stabilité macroéconomique, la viabilité des finances publiques et le renforcement de la gouvernance ont été présentés comme «des conditions indispensables à une croissance durable et inclusive ». Au-delà de la question de la dette, les discussions ont porté sur la nécessité pour les pays africains de mieux mobiliser leurs ressources internes. Les gouverneurs ont notamment plaidé pour « des systèmes fiscaux modernes, efficaces et équitables, capables d’élargir l’assiette fiscale, d’améliorer le civisme fiscal et de garantir une meilleure mobilisation des recettes publiques.» Une gestion plus rigoureuse des dépenses doit également permettre de «protéger les populations les plus vulnérables, de répondre aux besoins sociaux et de financer les investissements nécessaires à l’adaptation au changement climatique».

 Les responsables africains ont, dans le même temps, souligné l’importance du maintien du soutien international, notamment à travers des financements accessibles et une assistance technique adaptée aux besoins des États. La transformation structurelle des économies africaines constitue un autre axe majeur des priorités évoquées. Elle passe, selon le document par l’amélioration du climat des affaires, le développement des marchés financiers, l’accélération de la création d’emplois et le renforcement de l’intégration régionale. À cet égard, la pleine mise en œuvre de la Zone de libre-échange continentale africaine (Zlecaf) est considérée comme «un levier essentiel pour élargir les marchés, consolider les chaînes de valeur régionales et améliorer la compétitivité du continent».