La 15e édition du Forum économique de l’océan Indien a pris fin hier à Moroni, laissant un bilan contrasté pour les entrepreneurs comoriens. Si l’événement a offert une vitrine remarquable au savoir-faire local, l’accès aux marchés internationaux demeure un défi de taille pour les producteurs de l’archipel.
Organisée du 27 au 29 avril à l’hôtel Retaj, la quinzième édition du Forum économique de l’Océan Indien a réuni des délégations venues de La Réunion, de Maurice, des Seychelles et de Madagascar. En marge des échanges institutionnels, une exposition-vente de produits locaux a constitué l’un des temps forts de la rencontre. Jus, confitures, huiles essentielles, savons artisanaux ou encore épices ont ainsi démontré la richesse et la diversité de la production comorienne.
Les exposants rencontrés ont salué une opportunité de visibilité et de réseautage à l’échelle régionale. «Cet événement nous permet de faire connaître nos activités et d’échanger avec d’autres entrepreneurs, voire de rencontrer de potentiels investisseurs», a confié une participante. Tous espéraient que cette plateforme favoriserait, à terme, leur accès à de nouveaux marchés.
Mais derrière cet enthousiasme, plusieurs contraintes subsistent. Hadidja Zoubeir, membre de l’équipe de production de la savonnerie Wutamu, a évoqué les difficultés d’exportation. «Il est très compliqué pour nous d’exporter en dehors de la France. Nous dépendons souvent de voyageurs pour acheminer nos produits», a-t-elle fait savoir. Elle appelle à un engagement accru des autorités pour simplifier les démarches administratives et logistiques.
Même constat du côté de Natur’Hair, dont la représentante, Ibrahime Bouchra, indique que l’entreprise travaille encore à la labellisation de ses produits avant d’envisager l’export. D’autres entrepreneurs privilégient pour l’instant le marché local. C’est le cas de Charafaine Ben Mohamed, gérant de Woman Bio, qui se réjouit toutefois des retombées du forum en termes de clientèle et de partenariats potentiels.
À Ndzuani, Abdou Soula, responsable de Bio-Com Sarl, mise quant à lui sur l’expansion régionale de ses installations de biogaz. Fort de 23 sites déjà opérationnels aux Comores, il ambitionne d’en déployer plus de 500 d’ici 2035 dans l’ensemble de l’océan Indien. Sur le plan structurel, l’inspecteur de l’Ocnm, Salim Ibouroi, a insisté sur la nécessité de renforcer l’infrastructure qualité.
Selon lui, la normalisation et l’accréditation des laboratoires sont indispensables pour certifier les produits à moindre coût et faciliter leur intégration sur les marchés internationaux. Enfin, certaines voix ont dénoncé une organisation limitée de l’événement lui-même.
Montale Aimée Said Omar, fondatrice de Jardin Délice, a regretté des interactions insuffisantes avec les délégations officielles. Ce forum économique aura visiblement permis de montrer les ambitions, mais aussi les limites, du tissu entrepreneurial comorien face aux exigences du marché régional et international.



