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Entrepreneuriat I Le bateau Al-Yasmine, fabriqué par un Comorien, prêt enfin à prendre la mer

Entrepreneuriat I Le bateau Al-Yasmine, fabriqué par un Comorien, prêt enfin à prendre la mer

Économie | -   Sardou Moussa

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C’est un bateau d’environ 33 mètres de longueur sur 8 de largeur, et d’un tonnage estimé à 400 tonnes, selon le propriétaire. Il est destiné avant tout au transport de fret entre les îles et entre les Comores et Madagascar et la Tanzanie. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il a été construit à Mwali par un Comorien originaire de cette île. Ce projet lui aurait jusqu’ici coûté autour de 250 millions de francs, issus en partie de prêts bancaires ou «contractés auprès d’amis».

 

Al-Yasmine est en ce moment amarré au port de Mutsamudu. Avec sa stature imposante, il donne l’impression d’un habitué des longs périples en mer, mais il n’a en réalité pas encore pris la mer. Son patron s’affaire justement en ce moment à remplir les démarches administratives préalables à sa mise en circulation. «Actuellement le bateau est arrivé au port de Mutsamudu pour finaliser les documents administratifs qui lui permettront de circuler librement», nous a-t-il affirmé le vendredi dernier, alors qu’il se trouvait au port.

33 mètres de longueur sur 8 de largeur

C’est un bateau d’environ 33 mètres de longueur sur 8 de largeur, et d’un tonnage estimé à 400 tonnes, selon le propriétaire. Il est destiné avant tout au transport de fret entre les îles et entre les Comores et Madagascar et la Tanzanie. Et contrairement à ce que l’on pourrait imaginer, il a été construit à Mwali par un Comorien originaire de cette île ; un «illettré autodidacte qui a déjà par le passé construit plusieurs navires en bois et en métal, et dont le talent surprend même les étrangers», selon son employeur.
Très onéreux, ce projet lui aurait jusqu’ici coûté autour de 250 millions de francs, issus en partie de prêts bancaires ou «contractés auprès d’amis». Et les difficultés, à en croire Ben Sound, ont été nombreuses. Très nombreuses. «Au départ, j’ai pensé que cela allait être facile. Je me suis dit qu’il pourrait finir au bout de 2 ou 3 ans. Mais au contraire, j’ai souffert. Non seulement financièrement, mais aussi administrativement, notamment avec la douane», a-t-il commencé par raconter. «L’on était habitué au fait que tout ce qui était commande de pièces [destinées à la construction] d’un bateau était exonérée, mais moi je n’en ai pas bénéficié. L’on m’avait d’abord demandé de payer 14 millions, j’ai alors abandonné les moteurs à la douane 3 mois durant. L’on m’a finalement autorisé à verser 2 millions pour les récupérer, sans que je sois exonéré du reste», a-t-il poursuivi.

Certifier mon bateau à Madagascar

Ce ne fut cependant pas la fin des soucis. D’autres écueils l’attendaient encore. «L’on m’avait ensuite exigé d’aller certifier mon bateau à Madagascar avant de revenir ici avec, mais finalement l’Anam [Agence nationale des affaires maritimes] m’en a dispensé. Pour la descente du bateau en mer, j’ai dû louer un premier engin depuis Moroni, qui n’a pas pu effectuer l’opération, puis un second chez des turcs. L’opération m’a coûté 20 jours et environ 12 millions de francs de dépenses. Après, j’ai été épuisé financièrement, mais cela n’a pas empêché la douane de me taxer encore 2,5 millions de francs avant que je puisse prendre la mer [vers le port de Ndzuani, avec seulement l’équipage à bord pour le moment, Ndlr]», a-t-il affirmé. Il ajoutera, ironique : «Je ne sais pas combien me coûtera maintenant la paperasse, mais en attendant j’ai un équipage ici à nourrir et du carburant à acheter, et tout cela avec zéro franc disponible !»


C’est donc sur ce sentiment d’abandon que notre commerçant, «séduit depuis longtemps par le rêve de posséder un jour un bateau», s’apprête à prendre la mer. Très remonté contre les pouvoirs publics qui, à son avis, ne l’ont «pas aidé dans ce projet bénéfique pour tout le monde», il a conclu notre entretien par un message à l’endroit de ceux qui veulent réaliser un grand projet dans le pays à «bien se préparer» à faire face aux obstacles érigés ici et là.

Djalali-eddine Madi et SM

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