À l’approche de la tenue du 15e Forum économique des Îles de l’Océan indien (Feioi), prévu du 27 au 29 avril à Moroni, le président de l’Uccia et de Cap business Océan indien, Chamsoudine Ahmed, met, à travers cette interview accordée à Al-watwan, en avant les enjeux stratégiques de cet événement régional. Entre renforcement de la coopération économique, promotion des investissements et intégration accrue des économies insulaires, ce rendez-vous, selon lui, ambitionne d’offrir de nouvelles perspectives aux opérateurs comoriens.

 

Quels sont les principaux objectifs du 15e Forum économique qui se tiendra à Moroni du 27 au 29 avril ? 


L’événement se tient dans un contexte international marqué de fortes tensions géopolitiques, notamment au Moyen-Orient, qui n’est pas sans conséquences sur nos économies insulaires. Je dirais que l’objectif principal de ce 15e Feioi est contenu dans son thème : «Renforcer les synergies régionales». Notre ambition est d’offrir à la communauté des affaires régionale un espace de rencontre et de dialogue autour des enjeux économiques communs. Il s’agit, à travers cette concertation, de faire émerger des partenariats durables, concrets et adaptés à nos réalités.
Le moment que nous vivons appelle, plus que jamais, à penser régional. La crise de la Covid-19 avait déjà mis en lumière nos vulnérabilités, notamment notre dépendance aux chaînes d’approvisionnement internationales pour nos besoins énergétiques et alimentaires. Pourtant, le potentiel de structuration de chaînes de valeur à l’échelle régionale est bien réel. Les synergies existent : il nous appartient désormais de les consolider et de les amplifier.

Pour les Comores, ce forum constitue une opportunité stratégique d’attirer des capitaux et des compétences dans plusieurs secteurs. À travers la mise en œuvre du Plan Comores Émergent, le pays offre de nombreuses perspectives d’investissements durables, tournés vers l’avenir. La séquence d’ouverture verra la participation de l’Anpi ainsi qu’une table ronde intitulée «Encourager les échanges dans la zone Océan indien». Le lendemain, nous discuterons des effets de la crise actuelle sur nos économies.Par ailleurs, cette édition revêt une dimension particulière pour les Comores, puisque nous sommes non seulement le pays hôte du forum, mais nous assurons également cette année la présidence de Cap Business Océan indien. Cette double responsabilité témoigne de l’engagement des Comores à jouer un rôle moteur dans le renforcement de la coopération économique régionale

Pouvez-vous nous présenter la plateforme Cap business Océan indien et son rôle dans le renforcement de la coopération économique entre les îles de la région ?

Créée en 2005 lors du premier Feioi à Madagascar, Cap business Océan indien est aujourd’hui un acteur incontournable de la coopération économique régionale. L’Uccia est d’ailleurs fière de compter parmi les membres fondateurs de l’association. Elle fédère à ce jour 12 chambres de commerce et d’industrie et organisations professionnelles des territoires insulaires du sud-ouest de l’océan Indien. Ce réseau représente plus de 20 000 entreprises dans la région, tous secteurs confondus. Cette année, le forum est co-organisé avec la Nouvelle Opaco aussi qui est d’ailleurs membre de Cap business Océan indien.

L’association agit comme un porte-parole du secteur privé sur des enjeux communs, et ce au sein d’instances régionales telles que le Conseil des ministres de la Commission de l’Océan indien. Elle agit aussi comme un think tank, en produisant des analyses, en développant des solutions innovantes et en soutenant concrètement des initiatives à travers des appuis techniques et des mécanismes de co-financement. L’ambition est claire : contribuer à un développement régional plus juste, durable et résilient.Un exemple concret de cette approche est l’accompagnement dont bénéficie actuellement l’entreprise comorienne Ams Sarlu pour un projet de production de banane à grande échelle, couplé à la fabrication d’emballage écoresponsables à partir de pulpes de fibres de bananiers. Grâce à Cap business Océan indien, l’entreprise bénéficiera de l’appui technique de l’université de Maurice. 

Dans un contexte économique mondial en mutation, comment ce forum peut-il contribuer à dynamiser l’économie comorienne et renforcer son intégration dans l’espace régional de l’océan Indien ?

Les tensions internationales, notamment au Moyen-Orient, rappellent notre vulnérabilité face aux chocs externes. Je vous ai parlé de l’approvisionnement alimentaire et énergétique. Mais il y a aussi l’impact de la guerre sur nos piliers économiques, comme le tourisme, en raison des perturbations du trafic aérien et la hausse des prix des billets d’avion.Le forum constituera un espace de réflexion et d’action autour de ces enjeux, notamment à travers une table ronde dédiée intitulée : «Une région unie et résiliente face aux conséquences de la crise au Moyen-Orient».
Ce Feioi est une opportunité pour les entrepreneurs locaux de rencontrer des partenaires potentiels-fournisseurs, clients ou investisseurs-au sein de la région. Ils peuvent être des fournisseurs de matières premières ou des clients. 

Quelles opportunités concrètes ce forum offrira-t-il aux opérateurs économiques comoriens, notamment en termes de partenariats, d’accès aux marchés ou de financement ?

Durant les trois jours du forum, un espace dédié aux rencontres B2B accueillera les chefs d’entreprises et les partenaires de développement dans la zone, tels que l’Agence française de développement. Nous accueillerons également des représentants d’institutions internationales et régionales, comme l’Organisation internationale de la Francophonie-qui présentera ses missions économiques-et le marché commun de l’Afrique orientale et australe (Comesa). 

Des stands seront aussi proposés aux entreprises souhaitant exposer leurs produits et services durant l’événement. Et pour finir, nous organiserons des visites d’entreprises et de sites d’intérêt économique, L’objectif est de donner de la visibilité au savoir-faire comorien et montrer les opportunités d’investissement qu’offre le pays. Un des parcours proposés sera consacré aux grands chantiers de construction, notamment dans le cadre des prochains Jeux des îles de l’océan Indien. Ce forum peut ainsi constituer un levier stratégique pour accompagner la transition des entreprises locales vers une dimension régionale. 

Quels sont les secteurs prioritaires d’investissement que vous souhaitez mettre en avant lors de ce forum pour attirer les investisseurs régionaux et internationaux ?

Plusieurs secteurs stratégiques seront mis en avant lors de cette édition, en cohérence avec les potentialités régionales et avec le Plan Comores emergent (Pce).Nous accordons une importance particulière à l’économie bleue, en valorisant durablement nos ressources marines, ainsi qu’au tourisme durable et à l’écotourisme, qui doivent renforcer l’attractivité de nos îles tout en préservant notre identité et notre environnement.
L’économie circulaire est également au cœur de notre réflexion, avec l’ambition de promouvoir la transformation locale et une meilleure valorisation de nos ressources. Dans le même esprit, les énergies renouvelables représentent un enjeu majeur pour accompagner notre transition énergétique et réduire notre dépendance.


Nous mettons aussi l’accent sur l’agriculture durable, notamment à travers des filières à forte valeur ajoutée comme les huiles essentielles, ainsi que sur l’innovation, avec un intérêt particulier pour les biotechnologies et l’intégration de l’intelligence artificielle dans les entreprises.
Ces secteurs constituent de véritables leviers de croissance et de création d’emplois. Enfin, nous aborderons également des enjeux transversaux essentiels, comme la connectivité entre nos îles, indispensable pour renforcer nos échanges et les synergies régionales.

Enfin, quels résultats attendez-vous de cette 15e édition du Feioi, et en quoi pourrait-elle marquer un tournant pour la coopération économique entre les îles de l’océan Indien ?


Comme vous l’avez relevé dans vos questions précédentes, cet événement se tient dans un contexte particulier. Les pouvoirs publics dans les pays de la région envisageant des mesures qui rappelle à la crise Covid-19, pour faire des économies d’énergie.
Je pense que la conjoncture actuelle poussera les participants à penser à des solutions concrètes. L’heure est à l’action. Les idées, nous les avons. Il s’agit désormais de nous donner les moyens de les concrétiser en amenant les acteurs concernés autour de la table et de mobiliser les ressources nécessaires, que ce soit en termes de financement ou de compétences.Plus que jamais, l’heure est à l’action. Cette 15e édition du Feioi pourrait ainsi marquer une étape décisive vers une coopération économique régionale plus structurée, plus ambitieuse et résolument tournée vers des résultats tangiblesn