En marge du 15e Forum économique des îles de l’Océan indien (Feioi), le président de la chambre de commerce et d’industrie de l’ île de La Réunion a accepté de partager sa vision sur les dynamiques régionales à mettre en place pour mieux structurer et concrétiser les projets communs. Jean-Pierrick Robert défend les opportunités de la région et les capacités des décideurs à concrétiser leur vision «de construction d’une souveraineté économique régionale, reposant sur la coopération, la résilience et l’intégration progressive de nos marchés».
Qu’attendez-vous de ce 15eme Forum économique des îles de l’Océan indien (FEIOI) ?
Le FEIOI est un rendez-vous structurant pour accélérer la coopération économique entre les îles de l’océan Indien. Dans un contexte de recomposition des échanges mondiaux et de fragilité des chaînes d’approvisionnement, nous attendons de cette édition qu’elle permette de franchir un cap vers des actions concrètes. L’enjeu est de renforcer les partenariats entre entreprises à l’échelle régionale, de faire émerger des projets structurants et d’identifier de nouvelles opportunités d’investissement.
Ce forum constitue également un espace essentiel pour consolider une vision économique régionale partagée, fondée sur la complémentarité des économies et la valorisation des savoir-faire. Plus largement, il s’inscrit dans une dynamique de construction d’une souveraineté économique régionale, reposant sur la coopération, la résilience et l’intégration progressive de nos marchés.
En quoi la région Océan indien peut-elle devenir une potentielle zone économique intégrée en devenir ?
La région océan Indien dispose d’atouts solides : proximité géographique, complémentarité des économies et enjeux communs. L’intégration économique est déjà en marche, mais elle doit encore être renforcée et structurée. Elle repose sur une approche pragmatique : développer des chaînes de valeur régionales, mutualiser les compétences et améliorer la connectivité entre les territoires.
Elle suppose également une coordination renforcée entre acteurs publics et privés, ainsi qu’une meilleure lisibilité des dispositifs existants pour les entreprises. L’ouverture vers le continent africain, notamment dans le cadre de la ZLECAf, offre par ailleurs des perspectives importantes pour inscrire la région dans une dynamique élargie. FEIOI constitue un levier opérationnel pour accélérer cette intégration, en favorisant des coopérations économiques concrètes.
Quels sont les atouts dont dispose votre pays en matière d’intégration économique et que fais votre institution pour les politiques en la matière ?
La Réunion dispose d’atouts structurants : un cadre réglementaire européen, des infrastructures performantes et des compétences reconnues dans des secteurs clés comme l’agro-transformation, le numérique ou l’ingénierie. Elle constitue également une porte d’entrée vers le marché européen pour les entreprises de la région. La CCI Réunion joue un rôle central à travers la Team France Export (TFE), un dispositif qui coordonne l’ensemble des acteurs publics de l’international afin d’offrir aux entreprises un parcours export clair, lisible et structuré.
Ce dispositif permet de détecter, préparer et accompagner les entreprises dans leur développement international, en mobilisant des outils de prospection, d’accompagnement et de financement. La CCI agit en proximité, en structurant les projets et en facilitant l’intégration des entreprises dans des dynamiques de coopération régionale.
Quels sont les obstacles à lever pour favoriser la fluidité des échanges et la circulation des personnes dans la région ?
Plusieurs défis structurants restent à relever pour renforcer l’intégration économique régionale. La connectivité constitue un enjeu important, avec des coûts encore élevés et des liaisons à consolider, qu’elles soient maritimes, aériennes ou numériques. Les différences réglementaires, notamment liées au cadre européen, peuvent également complexifier certains échanges, tout comme les conditions de circulation des personnes. Par ailleurs, la diversité des initiatives nécessite une coordination continue afin d’en optimiser la lisibilité pour les entreprises.
Dans ce contexte, notre institution, aux côtés des acteurs économiques et des partenaires régionaux, est pleinement mobilisée pour accompagner les entreprises, structurer les coopérations et renforcer les dynamiques de filières. Ces actions contribuent à faire progresser concrètement l’intégration économique régionale.
Qu’attendez-vous des décideurs politiques et des opérateurs économiques pour réussir le pari d’une vraie intégration économique dans la zone Océan indien ?
La réussite de l’intégration économique régionale repose sur une mobilisation collective. Nous attendons des décideurs publics qu’ils poursuivent les efforts engagés en matière de simplification des procédures, d’amélioration de la connectivité et de convergence progressive des cadres réglementaires. Il est également essentiel de renforcer la coordination des actions afin de garantir une meilleure lisibilité pour les entreprises.
Du côté des opérateurs économiques, l’enjeu est de s’inscrire dans des logiques de partenariat et de co-développement, en structurant des projets communs et des chaînes de valeur régionales. Le secteur privé a un rôle moteur à jouer. Des plateformes comme le FEIOI sont essentielles pour transformer le dialogue en actions concrètes et durables au service du développement économique régional.



