Le 15e Forum économique des îles de l’Océan indien (Feioi) s’est achevé ce mercredi 29 avril, au terme de trois journées intenses de rencontres, de tables rondes et d’échanges B2b. Cette dernière journée a été marquée par des discussions stratégiques autour de deux thématiques majeures : l’intelligence artificielle et les métiers de demain, ainsi que la biotechnologie bleue et la valorisation des ressources marines.
Ces réflexions ont mis en lumière la force d’anticiper les transformations économiques, de renforcer la compétitivité régionale et de positionner l’Océan indien comme «un acteur clé d’une croissance durable fondée sur ses ressources naturelles ». La journée de clôture a également été ponctuée par la signature de deux conventions importantes. La première concerne un partenariat entre des entreprises comoriennes et malgaches dans le domaine de la distribution d’engrais.
La seconde a été conclue entre la chambre de commerce, d’industrie et d’agriculture (Ccia) de Ngazidja et celle d’Antananarivo, ouvrant la voie à une coopération renforcée entre les deux institutions. Dans son allocution de clôture, le président sortant de Cap Business Océan indien, Chamsouddine Ahmed, a officiellement passé le relais à Gil Razafintsalama, annonçant ainsi que la prochaine édition du forum se tiendra à Madagascar. Il a salué la mobilisation des participants, notamment les jeunes universitaires et les représentants des institutions, tout en soulignant l’engagement constant des équipes de Cap Business Océan indien.
La directrice exécutive de Cap Business, Virginie Lauret, a rappelé un constat majeur : «La région de l’Océan indien se situe au cœur des flux mondiaux, avec près de 50 % du commerce qui y transite. Pourtant, nos échanges intra-régionaux restent inférieurs à 5 %». Un paradoxe qui, selon elle, constitue surtout une opportunité. «Nous sommes ouverts au monde, mais pas encore suffisamment connectés entre nous », a-t-elle insisté, pointant les limites d’un modèle économique encore trop dépendant des exportations de produits bruts et des importations massives. (Lire également son interview, page 6).
Des projets pilotes
Parmi les priorités identifiées figurent la mise en œuvre effective des accords commerciaux, la simplification des procédures douanières à travers des mécanismes de guichet unique, le renforcement de la connectivité maritime et aérienne, ainsi que la facilitation de la mobilité des compétences dans la région. Les filières stratégiques ont également été au cœur des discussions, notamment celle des huiles essentielles. Les Comores et Madagascar concentrent une part importante de la production mondiale d’ylang-ylang, mais la filière reste encore fragmentée.
«Le défi n’est pas le manque de solutions, mais le passage à l’échelle », a souligné la directrice exécutive, appelant à une structuration régionale et à une montée en gamme. Même constat pour la biomasse, encore peu exploitée malgré son potentiel en matière de transition énergétique et de création de valeur locale. Après la cérémonie, un point de presse a réuni les principaux responsables du forum. A l’occasion, le président sortant de Cap Business, Chamsouddine Ahmed, a insisté sur l’urgence d’une intégration économique régionale.
«Moins de 5 % de nos échanges se font entre nos îles. C’est un paradoxe que nous devons corriger», a-t-il déclaré, avant de plaider pour la mise en place d’outils concrets : simplification des procédures, visas d’affaires, reconnaissance des normes et amélioration de la connectivité. Une feuille de route régionale est d’ores et déjà envisagée dès 2026, avec des projets pilotes dans des secteurs clés comme l’agro-transformation, le numérique et l’économie circulaire.
«L’enjeu n’est plus seulement de produire, mais de transformer et de valoriser localement », a-t-il ajouté, tout en mettant en avant le rôle de la biodiversité comme levier de transformation économique. Le forum a également été l’occasion de souligner l’importance de renforcer les liens entre la recherche scientifique et le monde de l’entreprise, tout en facilitant l’accès aux financements verts. Avec près de 400 participants pour 300 initialement prévus, cette édition confirme l’intérêt croissant des acteurs économiquess pour ce rendez-vous régional.
Pour sa part, Gil Razafintsalama a mis en avant les perspectives ouvertes par les accords signés. «Deux secteurs prioritaires guideront notre coopération : l’agro-industrie, notamment liée à la biodiversité et à l’économie verte, ainsi que les services numériques», a-t-il expliqué, qualifiant ces domaines de véritables catalyseurs de croissance pour les entreprises.
Au-delà des constats, cette 15e édition aura surtout marqué un tournant. «L’enjeu maintenant, ce n’est plus de réfléchir, mais d’exécuter», a résumé le président de Cap Business. Le rendez-vous est désormais donné à Madagascar pour la prochaine édition, avec un objectif clair : «transformer les engagements pris en actions concrètes au service du développement économique durable de la région».



