La directrice exécutive de Cap Business Océan Indien revient, dans cette interview, sur la mission phare de sa plateforme qui se résume, entre autres, par une mise en réseau des décideurs politiques et des acteurs économiques pour forger un modèle d’intégration digne des aspirations de la région. Virginie Lauret met surtout en avant les études déjà réalisées dans de nombreux domaines et l’expertise à mobiliser pour garantir une exécution efficiente des projets d’intérêt régional.
Quels sont les grands projets pilotes ou structurants mis en œuvre pour stimuler la croissance dans les îles de l’océan Indien ?
Au niveau de Cap Business Océan Indien, nous menons actuellement une étude régionale avec l’objectif d’aboutir à une stratégie régionale pour le développement de la biotechnologie bleue dans les îles de l’océan Indien. L’ambition est de proposer une feuille de route intégrée permettant de structurer et de dynamiser le développement de cette filière, et d’en faire un véritable levier de croissance durable dans la région. Nous complétons également une étude exploratoire sur des filières biomasse prometteuses et/ou non exploitées.
Nous avons déjà identifié des filières à fort potentiel dans nos territoires. La dernière étape vise à identifier des projets bancables que nous pourrons accompagner, soit par un soutien technique ou par un appui financier à travers un co-financement. Nous lançons bientôt une autre étude, dont l’objectif sera de structurer une chaîne de valeur autour du tourisme bleu.
Vous parlez d’études, et après ?
Au-delà des études, nous mettons également en œuvre des projets qui soutiennent concrètement les entreprises dans leur transition vers des modèles plus résilients et durables. Grâce à notre projet Empreinte Carbone, nous avons accompagné une cinquantaine d’entreprises dans leur démarche de décarbonation à travers un programme de coaching et le co-financement de leur premier bilan carbone. Ces projets sont menés avec l’appui de l’Agence française de développement (AFD). La prise en compte des enjeux de biodiversité par les entreprises est aujourd’hui primordiale pour leur croissance durable.
À travers notre projet Business for Biodiversity, qui s’inscrit dans le cadre du programme Varuna, mis en œuvre par Expertise France et financé par l’AFD, nous sensibilisons des entreprises et les accompagnons en leur donnant des outils pour mesurer leur impact sur la biodiversité et intégrer les enjeux du capital naturel dans leur stratégie. Je pourrais aussi citer notre projet, financé par le Critical Ecosystem Partnership Fund (CEPF), qui vise à sensibiliser les chambres de commerce et d’industrie et les entreprises à l’Adaptation fondée sur les écosystèmes.
Quelles sont les stratégies et les moyens déployés pour la améliorer la connectivité entre nos territoires ?
Les enjeux et contraintes relatifs à la connectivité entre nos îles sont nombreux et impliquent plusieurs acteurs. Les défis sont tels qu’il n’existe pas de solutions faciles. À notre niveau au sein de Cap Business Océan Indien, nous travaillons à identifier les acteurs impliqués et à les mettre en relation. C’est à travers le dialogue que des pistes de collaboration peuvent être dégagées.
Nous effectuons également une veille active des enjeux mais aussi des actions mises en place çà et là. Plusieurs initiatives à petites échelles sont mises en œuvre par d’autres acteurs, comme les groupements d’industriels de la région, par exemple. Ces derniers travaillent à la création de zones de stockage partagées pour faciliter la logistique et la planification des opérations d’import/export.
Quelle est votre vision pour réduire le fossé économique entre nos îles ?
Je suis convaincue qu’une collaboration accrue dans la région passe par l’échange d’expérience entre les opérateurs économiques, qu’ils soient publics ou privés. D’où l’importance d’un événement comme le Forum économique des îles de l’océan Indien. Depuis 2023, nous avons créé d’autres outils, tels que les cycles de conférences-débats Résîlience océan Indien, des séminaires The Move et des missions collectives baptisées Let’s Do Business.
Nous avons également mis en place des groupes de travail sur de nombreuses thématiques comme l’économie circulaire, le tourisme ou encore l’entrepreneuriat. Tous ces outils servent, in fine, à faire dialoguer les opérateurs économiques privés, des décideurs publics ainsi que des chercheurs et des partenaires de la société civile. Tous, indistinctement, sont porteurs de solutions.
Quel est le plan de Cap Business Océan Indien pour promouvoir les investissements et les affaires dans la zone ?
Notre association est d’abord et avant tout une plateforme régionale dédiée à l’accompagnement et à la mobilisation du secteur privé régional. Nous sommes aujourd’hui l’un des porte-paroles de la communauté des affaires régionale, dont nous portons le plaidoyer auprès d’instances clés, tels que le Conseil des ministres de la Commission de l’océan Indien.
Dans notre rôle en tant que plateforme, nous mettons tout en oeuvre pour favoriser les prises de contact et la mise en relation entre les acteurs économiques. À travers des études, nous créons des connaissances et mettons en exergue des opportunités d’affaires dans les secteurs prometteurs, comme la biotechnologie bleue, ou encore l’économie circulaire au travers des filières biomasse.
Quels sont les moyens pour faciliter le commerce intrarégional et garantir une vraie coopération économique ?
Il est essentiel de démystifier les échanges. Les opérateurs économiques doivent disposer de données claires et à jour pour prendre des décisions éclairées. Depuis plusieurs mois, Cap Business Océan Indien travaille à l’élaboration d’un tableau de bord économique pour chaque île. Cet outil sera présenté lors d’une table ronde intitulée «Encourager les échanges dans l’océan Indien» lors de la première journée. Ce tableau de bord, tel qu’il a été conçu, est appelé à devenir un véritable outil d’aide à la décision.



