La conjoncture internationale, la vulnérabilité du pays face aux effets des changements climatiques, les réformes économiques à engager pour stimuler les secteurs porteurs de croissance et le soutien au secteur privé ont été au cœur des échanges entre Harold Tavares, et les autorités

Le ministre des Finances, du Budget et du Secteur bancaire, Moussa Abderemane, a reçu Harold Tavares, administrateur du Groupe Afrique II de la Banque mondiale, dont les Comores sont membres, à l’occasion d’une visite officielle effectuée du 2 au 4 août. Les échanges ont porté sur «les défis économiques auxquels le pays est confronté, les réformes en cours ainsi que les perspectives de renforcement du partenariat avec l’institution».Au cours des discussions, le ministre a rappelé que la Banque mondiale demeure le principal partenaire de développement des Comores.

 «Nos échanges sont constants et ne cessent de se renforcer. La Banque nous accompagne dans des secteurs stratégiques comme l’énergie, la santé et la réforme de l’administration publique», a-t-il déclaré, soulignant que « cet appui est indispensable pour mener à bien les réformes structurelles engagées par le gouvernement».
Moussa Abderemane est également revenu sur les conséquences de la guerre au Moyen-Orient sur l’économie comorienne.

Il a rappelé que, lors de ses récentes rencontres à Washington, il avait exposé les difficultés auxquelles le pays est confronté, notamment les perturbations des chaînes d’approvisionnement provoquées par les tensions dans le détroit d’Hormuz. «La fermeture du détroit d’Hormuz a eu des répercussions importantes sur notre économie, dans la mesure où le port de Jebel Ali, aux Émirats arabes unis, constitue un hub logistique essentiel pour les Comores. Dans le contexte actuel, l’évolution de la situation demeure difficile à anticiper. Les petites économies insulaires, fortement dépendantes du transport maritime, sont particulièrement vulnérables à ce type de perturbations», a-t-il expliqué. 


Malgré ce contexte difficile, le ministre s’est voulu optimiste quant au maintien de l’engagement de la Banque mondiale. Il a également rappelé que l’institution apporte un soutien essentiel pour accompagner plusieurs réformes, notamment celle qui consiste à redynamiser l’Office national d’importation et de commercialisation du riz (Onicor). Concernant cette dernière, le ministre a indiqué que « la réforme avançait de manière satisfaisante ». D’après le ministre, le secteur est désormais entièrement libéralisé et les importations de riz sont assurées aussi par des opérateurs privés, conformément aux engagements pris dans le cadre des réformes économiques.

Davantage de flexibilité

Prenant la parole, Harold Tavares a expliqué que cette visite répondait à un double objectif : assumer ses responsabilités au sein de la Banque mondiale tout en réaffirmant son engagement personnel en faveur des petits États insulaires.«Je souhaite devenir une voix forte pour défendre les préoccupations des petits États insulaires au sein du groupe de la Banque mondiale», a-t-il affirmé, saluant, au passage, l’accueil qui lui a été réservé par les autorités comoriennes. 


L’administrateur a insisté sur la nécessité, pour la Banque mondiale, de mieux prendre en compte les vulnérabilités spécifiques des économies insulaires, confrontées simultanément aux effets du changement climatique et aux crises géopolitiques. «Il est essentiel de comprendre les défis propres aux petits États insulaires. Ces réalités ne me sont pas étrangères, mais il est extrêmement important pour moi de pouvoir repartir avec un message fort à transmettre à l’ensemble du groupe de la Banque mondiale, ainsi que dans le cadre de nos échanges bilatéraux», a-t-il déclaré. Et de poursuivre : «Comme vous le savez, nous faisons face à des défis communs en tant que petits États insulaires. À cet égard, ma position est stratégique, car elle me permet de défendre ces enjeux au plus haut niveau».


À l’en croire, son objectif est de « travailler simultanément avec les membres du groupe de la Banque mondiale sur les priorités de court terme et les réformes de long terme». «À court terme, la guerre au Moyen-Orient constitue une préoccupation majeure. Nous avons déjà entamé des discussions avec le management à Washington afin que la Banque mondiale puisse accompagner les pays durant cette période difficile», a-t-il annoncé. 


Il soulignera qu’au-delà de la réponse immédiate, son ambition est de représenter l’ensemble de la région et de trouver des solutions permettant de réduire les chocs auxquels les économies de ces pays sont confrontées. «Cette situation concerne non seulement votre pays, les Comores,  mais également d’autres pays de la région, tels que Madagascar, Maurice, Djibouti, qui subissent, eux aussi, les conséquences de leur exposition à ces risques. Il est donc essentiel que la Banque mondiale adapte son soutien à ces pays», a-t-il soutenu, assurant que les instruments financiers existent déjà.


L’administrateur du Groupe Afrique II de la Banque mondiale a indiqué que les Comores ont surtout besoin aujourd’hui, d’une plus grande flexibilité. Les défis auxquels sont confrontés les petits États insulaires sont, selon lui, structurels et persistants, car il s’agit du changement climatique ou des crises géopolitiques. A l’en croire, cette flexibilité devrait également être encouragée auprès du Fonds monétaire international (Fmi), « afin de tenir compte des contraintes économiques et sociales auxquelles sont confrontés les pays vulnérables ». C’est ainsi qu’il évoquera la possibilité de mesures exceptionnelles, telles qu’une suspension temporaire du service de la dette, à l’image des dispositifs mis en place durant la pandémie de Covid-19.


À plus long terme, Harold Tavares a invité les autorités comoriennes à préparer le prochain Cadre de partenariat-pays avec la Banque mondiale autour de quelques priorités stratégiques clairement définies. Il a identifié trois axes majeurs : le renforcement de la gouvernance et des capacités institutionnelles, le développement du secteur privé, notamment à travers les infrastructures numériques, ainsi que la modernisation de l’agriculture. Selon l’administrateur, ce dernier secteur offre un potentiel considérable pour réduire la dépendance alimentaire du pays, développer des filières d’exportation, créer des emplois et stimuler durablement la croissance économique.