Le projet «Wamanga Wa Komor», financé par l’Union européenne à travers Expertise France, a clôturé ce mercredi 1er juillet à la Banque centrale des Comores (Bcc), son programme «de renforcement des capacités, destiné aux structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat et aux opérateurs financiers». La cérémonie a réuni les représentants de la Bcc, du ministère des Affaires étrangères, de l’Union européenne, d’Expertise France, de plusieurs établissements financiers ainsi que des structures d’appui aux entrepreneurs.
Durant cette phase de formation, plusieurs structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat et de nombreux opérateurs financiers ont «bénéficié d’un long programme de renforcement de capacités, avec l’appui de 17 experts, dont une grande partie issue des compétences comoriennes et de la diaspora», selon les organisateurs.Dans son discours, la cheffe du projet, Marie Badji, a expliqué que cette initiative répond à «une nécessité», celle de créer davantage de liens entre ceux qui accompagnent les entrepreneurs et ceux qui financent leurs projets. «Aujourd’hui, nous ne clôturons pas simplement un programme de formation, nous célébrons une conviction devenue réalité.
Aucun système entrepreneurial ne peut prospérer lorsque ses acteurs avancent séparément», a-t-elle déclaré. Marie Badji poursuivra qu’ «on pense souvent que le financement commence à la banque. Pourtant, j’ai l’intime conviction qu’il commence bien avant, lorsqu’une idée de projet est écoutée, remise en question et consolidée par une structure d’accompagnement». La cheffe du projet a estimé également qu’un projet correctement préparé augmente les chances de réussite pour toutes les parties prenantes. «Lorsqu’un entrepreneur franchit la porte d’une banque avec un projet solide, tout le monde y gagne : l’entrepreneur lui-même, l’institution financière, mais aussi l’économie nationale», a-t-elle ajouté.
De son côté, le président du Réseau des structures d’accompagnement à l’entrepreneuriat des Comores (Consae), Arfachad Bacar, a salué une initiative qui permet, selon lui, de professionnaliser davantage les acteurs du secteur. «L’accompagnement des entrepreneurs ne peut plus être improvisé dans un environnement économique marqué par les défis du financement, de l’innovation, de la transition écologique et de la création d’emplois», a-t-il souligné avant d’ajouter que «nous sommes convaincus qu’un entrepreneur bien accompagné est un entrepreneur qui maximise ses chances de réussite ». Arfachad Bacar a appelé désormais les différents acteurs à transformer les connaissances acquises en actions concrètes sur le terrain, notamment dans les secteurs de l’économie verte, de l’économie bleue et de l’agriculture.
Pour sa part, le chargé d’affaires de l’Union européenne, Pavlos Evangelidis, a insisté sur l’importance de la diaspora comorienne dans la dynamique économique nationale. «Les grandes équipes du monde ont compris qu’une diaspora n’est pas un héritage lointain, c’est un avantage compétitif », a-t-il déclaré, estimant que le rôle des structures d’accompagnement et des banques est de créer le lien entre les ambitions des entrepreneurs et les possibilités de financement. «La structure d’accompagnement transforme une idée en projet solide. Les opérateurs financiers transforment ce projet solide en une entreprise réelle. Ensemble, vous êtes le coéquipier qui manquait entre l’ambition et l’investissement», a-t-il expliqué. Il a également appelé les acteurs à «poursuivre leurs efforts pour attirer davantage d’investissements dans les secteurs porteurs, notamment auprès des jeunes et des femmes».
Restaurer la confiance
Le gouverneur de la Banque centrale des Comores (Bcc), Younoussa Imani, a clôturé la cérémonie en rappelant que le principal défi demeure celui de la confiance entre les institutions financières et les entreprises. «D’un côté, vous avez les banques qui disposent des financements ; de l’autre, vous avez des entreprises qui demandent des financements pour se développer. Mais entre les deux, il y a une méfiance», a-t-il relevé. Selon lui, le faible niveau de financement du secteur privé ne s’explique pas uniquement par un manque de ressources disponible. « Nous avons un taux de financement qui tourne autour de 20% du Pib. Le problème n’est pas que la liquidité n’existe pas, le problème est ailleurs », a-t-il expliqué.
Le patron de la Bcc a alors invité les structures d’accompagnement à jouer pleinement leur rôle dans la préparation des dossiers bancables. «Je vous encourage à continuer ces accompagnements auprès des entreprises, notamment dans les business plans, afin qu’elles puissent obtenir des financements et assurer le remboursement de leurs prêts», a-t-il insisté. Il a également rappelé «la place stratégique de la diaspora» dans l’économie nationale. «Chaque année, les Comoriens de la diaspora transfèrent plus de 250 milliards de francs comoriens vers notre pays. Ces ressources soutiennent des milliers de familles, mais la diaspora constitue aussi un partenaire stratégique du développement», a déclaré le gouverneur. Pour lui, «l’enjeu est désormais d’orienter une partie plus importante de ces ressources vers le financement des entreprises, de l’innovation et des projets créateurs d’emplois».
Ainsi, après presque trois mois de formation et plus de 600 heures sur l’accompagnement des porteurs de projet issus de la diaspora, la valorisation des compétences des femmes et des jeunes comoriens, l’encouragement sur l’investissement, le renforcement des structures locales d’accompagnement à l’entreprenariat et les institutions clés de l’écosystème ainsi que la création des ponts entre les Comores et ses diasporas dans le monde, les acteurs de l’écosystème entrepreneurial disposent désormais de nouveaux outils pour mieux accompagner les porteurs de projets et faciliter leur accès au financement.




