Ahamed Saidou inscrit au sous-centre de Dembeni a été déclaré admis au premier groupe et devient le doyen des bacheliers de la session 2026.
Dans sa localité natale, certains n’en croyaient toujours pas quand le mardi 4 août, le nom d’Ahamed Saidou a été cité parmi les lauréats du baccalauréat de cette année. Il a fallu attendre une confirmation de l’un de ses neveux pour dissiper tous les doutes. La raison ? Cela fait plus de trente ans qu’Ahamed Saidou s’est lancé dans l’aventure, dans l’espoir de décrocher ce diplôme. Voilà qu’il vient de décrocher son ticket pour l’université après son admission au premier groupe, série A4.
Moichili, son sobriquet pour les intimes, n’a jamais baissé les bras.
Sa réussite aujourd’hui est saluée de toute part, notamment, dans la région où son combat était connu. Approché pour un entretien, le doyen des bacheliers n’a pas souhaité faire de commentaires pour des raisons qu’il n’a pas dévoilées. Mais il était difficile de cacher sa joie, après la prière hebdomadaire quand il recevait les félicitations, près de la mosquée de vendredi. Les habitants eux se ruaient dès le soir de la délibération des résultats chez l’une de ses sœurs pour partager cette joie avec la famille, qui avait perdu espoir en lui.
«Le jour de la délibération, il m’a appelé pour me confier son numéro de table ainsi que le sous-centre dans lequel il s’est inscrit, histoire de vérifier dès que les résultats tombent. Je l’ai donc noté quelque part car pour de vrai je ne l’ai pas pris au sérieux. Mais quand les listes sont publiées, je suis allé jeter un œil comme ça et je trouve son nom. J’ai relu plusieurs fois pour être sûr», a raconté Amerdine Mohamed, l’un de ses neveux qui a annoncé la nouvelle sur son mur Facebook.
«Au moment où j’ai annoncé à mon tonton la nouvelle, j’ai entendu un cri de joie, un mélange d’émotion, de soulagement et de bonheur. A cet instant, j’ai compris que ce baccalauréat représentait bien plus qu’un simple diplôme», a poursuivi ce chef de projet de responsabilité sociétale d’entreprise chez Yas Comores, confiant que plusieurs membres de la famille l’ont appelé pour s’assurer que ce qu’il avait publié est bien vrai. Tout cela parce que l’histoire d’Ahmed Saidou est particulière.
Né un certain 31 décembre 1976 à Dzahadju Hambu, Ahamed a grandi dans une fratrie de six enfants dont 4 filles et 2 garçons. Moichili, comme on aime l’appeler affectueusement est le benjamin. Selon de nombreux témoignages recueillis, il a passé son premier baccalauréat entre les années entre les années 92 et 93. «Moi, je me souviens qu’on a passé le brevet en 1988. A l’époque, on était inscrit au collège rural de Singani. Je suis de la promotion de 93.
L’examen avait été annulé pour fraude, nous l’avions repassé, l’année suivante», a indiqué l’actuel maire de la commune de Hambu Djoumwapanga, Soulaimana Soilihi. Deux bacheliers de la session de 95, natifs de Dzahadju Hambu, ont assuré que «Tonton» avait déjà raté à deux reprises l’examen avant eux.
Depuis, il n’a jamais lâché l’affaire même s’il s’était mis en retrait pendant quelques années de façon discontinue, probablement au moment où il avait rejoint l’armée, selon un proche.
Ce n’est pas tout, candidat isolé de toujours, Ahamed, amateur de lecture, a presque parcouru toutes les séries et a fait le tour de nombreux sous-centre de Ngazidja. Mais malgré ces échecs, il refusait toute aide surtout en plein examen. «En 2002, une connaissance l’a reconnu dans une salle au nord de Moroni. Quand cette dernière lui a proposé son aide, tonton a refusé catégoriquement. Il voulait décrocher le bac grâce à la sueur de son front «, s’est souvenu notre interlocuteur. Les épreuves de la vie qui auraient pu le pousser à abandonner son combat n’y parviendront pas.
Passage dans l’armée, concierge un temps au service universitaire de formations permanente (Sufop), Ahamed ne se découragera pas pour autant en dépit de son âge avancé. Une longévité qui force respect au sein de sa communauté. «J’avais 16 ans quand il commençait à candidater au bac. J’étais en classe de quatrième», s’est rappelé, Mouniri Mohamed, un de ces neveux, aujourd’hui âgé de 46 ans. Ce dernier est établi en France après avoir exercé pendant plus de 3 ans au centre Caritas de Moroni.
«En 2013, j’ai passé le bac avec lui. On a seulement échangé quelques sujets non corrigés avant le jour de l’examen. Je me souviens qu’il passait l’examen à l’école primaire de la coulée. Moi, à l’école Muigni Baraka. Voilà pourquoi, j’estime que son histoire nous rappelle qu’il n’est jamais trop tard pour réaliser son rêve lorsque la persévérance est plus forte que les obstacles», estime Amerdine Mohamed. Pour l’instant, il ne sait pas si son oncle ira s’inscrire à l’Université des Comores ou non. Mais, qu’importe son histoire reste légendaire dans son Dzahadju natal.


