La coopération entre les Comores et la Chine accorde une place croissante à l’éducation, à la formation professionnelle et au renforcement des compétences. Dans cette interview, Dr Maoulana Charif, ambassadeur des Comores en Chine, présente les opportunités offertes aux étudiants, les mécanismes de bourses, les filières privilégiées et les défis d’orientation, ainsi que les perspectives d’adaptation aux priorités du développement national.
Quels sont les différents types de bourses d’études proposés par la Chine aux étudiants comoriens ?
Il existe trois principaux types de financement accessibles aux étudiants comoriens en Chine : la bourse du gouvernement chinois, les bourses provinciales, et enfin les bourses accordées directement par les universités.
Qui octroie ces différentes bourses ?
Chaque type de bourse possède sa propre source de financement et son propre mécanisme d’attribution. La bourse la plus recherchée est celle du gouvernement chinois, qui est attribuée par l’intermédiaire de l’Ambassade de Chine aux Comores.
Les bourses provinciales sont octroyées par les gouvernements des différentes provinces chinoises, tandis que les bourses universitaires sont directement accordées par les établissements d’enseignement supérieur. Il existe également des possibilités de bourses liées à l’apprentissage du chinois. L’Institut Confucius attribue chaque année des bourses à des étudiants qui étudient la langue chinoise, que ce soit en Chine ou aux Comores.
Qui peut bénéficier de ces bourses et quels sont les principaux critères de sélection ?
Les critères varient selon le type de bourse. Pour la bourse du gouvernement chinois, la sélection passe désormais par un examen appelé Csca, qui comprend notamment des épreuves de mathématiques et, selon les filières, de physique ou de chimie. Cet examen permet d’évaluer le niveau académique du candidat.Pour les bourses provinciales, l’étudiant doit généralement être déjà en Chine, y avoir suivi une année de langue et ensuite démontrer un bon niveau académique auprès des autorités provinciales. Concernant les bourses universitaires, l’étudiant peut être amené à financer lui-même sa première année. S’il obtient ensuite de bons résultats dans les différentes matières, l’université peut prendre le relais en lui accordant une bourse.
Dans tous les cas, la maîtrise du chinois prend une importance croissante dans la sélection. Nous conseillons donc aux candidats de consacrer une année à l’apprentissage de la langue, notamment à travers l’Institut Confucius, et de passer l’examen Hsk depuis les Comores.
Cela permet de démontrer aux autorités chinoises un intérêt réel pour la langue et la société chinoises, mais aussi une véritable motivation pour réussir son parcours universitaire. Il faut également souligner qu’une bourse pour une formation entièrement en anglais est très difficile à obtenir au niveau de la licence. Les possibilités sont davantage ouvertes au niveau du master et du doctorat.
Quelle procédure doit suivre un étudiant comorien qui souhaite obtenir une bourse d’études en Chine ?
Pour la bourse du gouvernement chinois, les candidatures s’ouvrent généralement vers la fin du mois de novembre et se clôturent à la fin du mois de janvier, pour une rentrée universitaire au mois de septembre. Les résultats sont généralement délibérés vers la fin du mois de juin ou au mois de juillet, après notamment le passage de l’examen Csca.
Pour les bourses provinciales et universitaires, le processus est différent. Il suppose généralement que l’étudiant soit déjà en Chine, qu’il y ait suivi une première période d’études notamment une année de langue ou une première année autofinancée avant de pouvoir présenter son dossier aux autorités provinciales ou à l’université.
À quel moment l’Ambassade des Comores en Chine intervient-elle dans le parcours des étudiants ?
L’un des rôles importants de l’Ambassade est d’assurer le suivi de nos compatriotes une fois qu’ils sont en Chine. Nous avons notamment mis en place un système de fiches d’immatriculation pour les Comoriens résidant en Chine, notamment les étudiants. Cela nous permet d’actualiser régulièrement nos informations, de mieux connaître leur situation et de répondre plus efficacement à leurs besoins.
Quelles sont les principales filières choisies par les étudiants comoriens en Chine ?
Les statistiques dont nous disposons montrent qu’un peu plus de 30 % des étudiants comoriens suivent des formations en ingénierie et technologie. Environ 22 % sont dans les domaines de la médecine et de la santé, 17 % dans les langues et les sciences humaines et 16 % dans l’économie et le commerce.
Cette orientation correspond-elle aux besoins actuels du développement des Comores et aux priorités du Plan Comores Émergent ?
C’est justement l’un des points qui nous préoccupent. Nous constatons qu’il n’existe pas encore une adéquation suffisante entre les formations suivies et les besoins du marché de l’emploi ainsi que les priorités nationales. Les filières qui pourraient contribuer directement aux différents piliers du Plan Comores Émergent restent encore insuffisamment représentées. Je pense notamment au tourisme, à l’agriculture, à l’industrie, aux finances, ainsi qu’à l’économie bleue. Il existe donc un véritable enjeu d’orientation. Nous devons faire en sorte que les opportunités de formation offertes à nos jeunes contribuent davantage aux secteurs stratégiques dont notre pays a besoin.
Existe-t-il déjà une stratégie spécifique pour encourager les étudiants à s’orienter vers ces filières prioritaires ?
Il s’agit encore d’un chantier sur lequel nous devons progresser. Le constat est clair : certaines filières essentielles au développement des Comores restent minoritaires parmi les étudiants qui se forment en Chine. L’enjeu est désormais de mieux rapprocher les possibilités de formation offertes par la Chine des besoins réels de notre économie et des priorités nationales.
Combien d’étudiants comoriens se trouvent actuellement en Chine ?
Nous estimons leur nombre entre 300 et 400 étudiants. Tous ne sont pas boursiers. Environ 50 % bénéficient d’une bourse du gouvernement chinois, 30 % d’une bourse accordée par les gouvernements provinciaux et environ 20 % financent eux-mêmes leurs études.
Cette diversité montre que les possibilités d’études en Chine ne se limitent pas aux seuls programmes gouvernementaux de bourses.
Comment l’Ambassade suit-elle ces étudiants ?
Le système de fiches d’immatriculation constitue un outil essentiel.
Il nous permet de disposer d’informations actualisées sur nos compatriotes établis en Chine et, surtout, d’avoir une meilleure visibilité sur leurs situations et leurs besoins. Ce suivi est important car l’objectif de l’Ambassade n’est pas seulement de connaître le nombre de Comoriens présents en Chine, mais aussi de pouvoir les accompagner dans la mesure de nos moyens.
La coopération chinoise en matière de formation concerne-t-elle uniquement les étudiants ?
Non, loin de là. La coopération sino-comorienne dans le domaine du renforcement des capacités dépasse largement le cadre universitaire. Chaque année, des militaires comoriens bénéficient de formations en Chine dans le cadre des accords de coopération entre les deux pays.Des hauts cadres de la fonction publique et du secteur privé participent également à des séminaires et à des ateliers de courte durée destinés à renforcer les compétences et les ressources humaines comoriennes.
Quels types de formations sont proposés aux différentes catégories de professionnels ?
Pour les militaires, les formations concernent notamment la technologie, la marine et l’armée de terre. Nous avons, à titre indicatif, environ 30 militaires comoriens par an, tous grades confondus, qui bénéficient de ces possibilités de formation. Pour les hauts cadres de l’administration et du secteur privé, il s’agit principalement de séminaires et d’ateliers de formation portant sur différents domaines liés au renforcement des ressources humaines. Les thématiques varient selon les programmes proposés.



