À quelques jours des examens nationaux, le ministère de l’Éducation interdit aux élèves de moins de 9 ans de se présenter au Cepe et à l’entrée en sixième. Une mesure sujette à controverse.

 

À quelques jours du lancement des examens nationaux, le ministère de l’Éducation nationale a interdit aux élèves âgés de moins de 9 ans de se présenter aux épreuves du Certificat d’études primaires et élémentaires (Cepe) et de l’entrée en sixième. Dans plusieurs établissements publics et privés visités à Ngazidja, des candidats sont concernés par cette mesure.

Leurs parents dénoncent une décision qu’ils jugent contraire au droit à l’éducation.«Pendant que les jeunes démontrent partout dans le monde des capacités intellectuelles de plus en plus précoces, nos autorités choisissent de les freiner», estime Zakaria Mlimi, parent d’élève et instituteur à la retraite. Selon lui, «cette mesure risque de compromettre le parcours scolaire de certains enfants particulièrement avancés».


À l’école privée franco-arabe de Moroni-Mbuweni, Sittina Ahamada Said affirme avoir appris l’exclusion de sa fille, née en 2017, lors de la proclamation des résultats du sixième blanc. «Elle figure parmi les 13 admis sur 94 candidats. Aujourd’hui, on lui annonce qu’elle ne pourra pas passer l’examen officiel à cause de son âge», regrette-t-elle. La mère de famille évoque un véritable traumatisme pour son enfant et pour les autres élèves concernés.


D’autres parents dénoncent également le moment choisi pour appliquer cette mesure. «Ce n’est pas normal que les candidats découvrent leur exclusion au moment de la distribution des convocations», estime un parent d’élève de l’École primaire publique de la Coulée, qui a requis l’anonymat.

Toutefois, plusieurs responsables d’établissements soutiennent la décision du ministère. Nazoumdine Combo, responsable du Groupe scolaire Avenir, indique qu’aucun candidat de son établissement n’est concerné. Même constat à l’École primaire de Moroni-Mbuweni, où la direction affirme ne compter aucun élève âgé de moins de 10 ans parmi les candidats inscrits.

Des considérations psychologiques et sociales

À l’École primaire publique de Moroni Application, un seul élève sur 162 est concerné. La direction considère cette initiative comme «bénéfique pour une meilleure régulation du système éducatif». De son côté, la directrice de la Maison des enfants n’a pas souhaité communiquer de chiffres, tout en reconnaissant que de nombreuses écoles sont touchées par cette situation.


Interrogé sur les raisons de cette décision, le secrétaire général du ministère de l’Éducation nationale s’appuie sur les dispositions de la loi d’orientation. Selon Said Soule Said, la scolarisation débute à l’âge de trois ans dans le préscolaire, qui comprend trois niveaux. «Un élève devrait normalement avoir au moins 10 ans en classe de CM2. Il faut donc s’interroger sur les conditions qui permettent à un enfant de s’y retrouver à 8 ou 9 ans», explique-t-il.


Le secrétaire général met également en avant des considérations psychologiques et sociales. Il estime que “des élèves trop jeunes peuvent rencontrer davantage de difficultés d’adaptation dans l’enseignement supérieur, notamment à l’étranger». Il évoque aussi «les problèmes liés à certaines démarches administratives, comme les demandes de visa».

Concernant les élèves considérés comme particulièrement doués, le responsable ministériel estime que «le pays ne dispose pas encore des outils nécessaires pour évaluer officiellement leur précocité intellectuelle». Il affirme par ailleurs qu’ «aucun établissement n’a saisi le ministère pour solliciter une évaluation spécifique de ces enfants».Enfin, Said Soule Said assure que «cette mesure n’a aucun lien avec les recommandations des Assises nationales de l’éducation», qui prévoient à terme la suppression de l’examen d’entrée en sixième.