Les enseignants du primaire et du secondaire sont en grève depuis le 17 avril. Ce lundi, les grévistes sont intervenus dans différents canaux médiatiques depuis leurs régions respectives pour dénoncer cette situation et inviter les autorités à reprendre les négociations. Réunis devant la presse à Moroni, les enseignants des circonscriptions régionales de Washili-Dimani, Nguwengwe, Mitsamihuli-Mbude et Ntsudjini, dénoncent «l’absence de réponses concrètes du gouvernement à des revendications anciennes et légitimes». 


Au cœur des revendications, l’application de la grille indiciaire et le respect des engagements pris par les autorités. Encadrées par la Fédération des syndicats de l’éducation aux Comores (Fsec), ces interventions publiques ont insisté sur le caractère «urgent» de cette mobilisation. «Il ne s’agit pas de faire grève pour le plaisir encore moins pour perturber l’année scolaire», ont-ils déclaré devant la presse. Selon eux, les revendications remontent à plusieurs années et concernent principalement la révision de la grille indiciaire,  datant, selon eux, de l’année 1968, sous la période coloniale. 


Les enseignants affirment également réclamer l’application des textes prévoyant un avancement salarial tous les deux ans. « On n’en bénéficie que si on réclame alors que cela devrait être automatique tous les deux ans », déclare Ousseini Djoumoi, enseignant d’histoire-géographie au collège de Dembeni dans la région de Mbadjini. Les grévistes déplorent, par ailleurs, «le non-respect des promesses» et «l’absence de réponses concrètes» aux doléances exprimées et aux engagements pris au cours de plusieurs cycles de négociations et avalisés dans de nombreux protocoles d’accord signés ces dernières années.

Un climat d’incertitude

Les représentants syndicaux rappellent avoir d’abord observé des arrêts de cours de 24h, puis de 72h en janvier, puis en février afin d’alerter les autorités. Face à l’absence de réaction, un préavis de grève avait été lancé le 30 mars avant le déclenchement du mouvement de grève illimité mi-avril.

Depuis, le Cipr de Moroni, les enseignants évoquent plusieurs rencontres avec des responsables gouvernementaux, notamment le ministre de l’Éducation nationale, Bacar Mvoulana, le directeur de cabinet chargé de la Défense, Youssoufa Mohamed Ali, puis le secrétaire général du gouvernement Nour El Fath Azali. Selon eux, ces discussions n’ont abouti à aucun accord concret. 


À Washili-Dimani, Djahi Ali Mbamba, enseignant d’histoire-géographie rappelle que le dossier de la nouvelle grille indiciaire remonte à l’année 2008. Il explique que plusieurs accords ont été successivement signés sans être appliqués. Selon les déclarations des grévistes, d’autres corps de l’État, comme les magistrats, les médecins ou encore l’Université des Comores ont déjà obtenu des révisions de leurs grilles indiciaires respectives.

Les enseignants du primaire et du secondaire estiment donc être les seuls à rester soumis à l’ancienne grille indiciaire. Ils rappellent également qu’un accord conclu en 2024 entre le gouvernement et les syndicats prévoyait l’entrée en vigueur d’une nouvelle grille dès janvier 2025. Plus d’un an après, ils dénoncent l’absence de textes d’application de cette mesure. «Beaucoup de nos collègues sont partis à la retraite sans avoir bénéficié de cette nouvelle grille, c’est injuste», déplorent-ils. 


Dans la région du Nguwengwe, l’enseignant d’histoire-géographie Ousseine Djoumoi souligne les conséquences directes de la crise sur les élèves et leurs familles. «Bientôt il y aura les examens, mais comment faire des examens alors que le secteur public est paralysé depuis un mois?», s’interroge-t-il.

 Les enseignants dénoncent également «des affectations dans des régions éloignées sans amélioration des conditions de travail». Ils déplorent le naufrage de l’école publique. Les grévistes demandent l’ouverture d’un dialogue «dans les meilleurs délais» afin d’éviter une aggravation de la crise scolaire à l’approche des examens nationaux.