Fondée en 1993 à Fumbuni, la madrasa Salahia poursuit sa modernisation pédagogique et infrastructurelle. Son fondateur ambitionne de revaloriser l’enseignement coranique tout en répondant aux besoins croissants des élèves.
À Fumbuni, dans le sud de Ngazidja, la madrasa Salahia poursuit sa transformation. Fondée en 1993 par le maître Ahmed Boinaheri, cette école coranique s’efforce aujourd’hui de moderniser ses infrastructures et ses méthodes d’enseignement, tout en restant fidèle à sa mission de transmission du savoir religieux.
Partie d’une simple maison en paille il y a plus de trente ans, l’établissement dispose désormais d’un bâtiment en dur comprenant un étage dont les travaux de finition sont en cours. Pour son fondateur, cette évolution répond à une ambition de longue date : offrir à l’enseignement coranique la même reconnaissance sociale que celle accordée à l’école moderne. « Le défi que je me suis donné depuis la création de cette madrasat est de la hisser au même niveau de valeur et de considération que l’école moderne implantée par les colons français», affirme Ahmed Boinaheri.
La modernisation engagée se traduit d’abord par une amélioration des conditions d’apprentissage. Les élèves, qui suivaient autrefois les cours assis sur des nattes, disposent aujourd’hui de tables-bancs. L’évolution concerne également les pratiques éducatives. Les châtiments corporels, longtemps répandus dans certaines écoles coraniques, cèdent progressivement la place au dialogue, au conseil et à la récompense. «Avant, on frappait ; maintenant, on conseille et on récompense», résume le maître, convaincu que «l’enseignement religieux doit s’adapter aux réalités éducatives actuelles». Au fil des décennies, la madrasa Salahia a formé plusieurs générations d’élèves. Certains sont devenus imams, notamment en France, tandis que d’autres exercent comme enseignants, agents de santé ou cadres dans différents secteurs. Cette année, l’école accueille environ 170 élèves.
Les résultats dans l’apprentissage du Coran demeurent encourageants : quatre élèves ont mémorisé l’intégralité du Saint Coran et plusieurs autres maîtrisent déjà de nombreux chapitres, certains jusqu’à dix.Au-delà des infrastructures et des méthodes pédagogiques, le fondateur estime que la réussite de cette transformation dépend aussi de l’implication des familles. Il regrette que l’enseignement coranique soit encore parfois considéré comme secondaire par rapport à l’enseignement général, ce qui se traduit, selon lui, par un accompagnement moins soutenu des enfants qui fréquentent la madrasa. L’établissement peut néanmoins compter sur le soutien de ses anciens élèves. Ces derniers ont contribué au financement du nouveau bâtiment et participent au fonctionnement de l’établissement. Selon Ahmed Boinaheri, ils versent collectivement près de 250 000 francs comoriens chaque mois pour contribuer au paiement des salaires des enseignants. La plupart des enseignants sont diplômés de la faculté Imam Chafiou de l’Université des Comores.Malgré les avancées réalisées, des défis subsistent.
Les nouvelles salles aménagées à l’étage restent inutilisables faute de portes, de fenêtres et de mobilier. Avec l’augmentation continue des effectifs, le manque d’espace devient préoccupant et certains élèves doivent partager les tables-bancs à trois. Face à cette situation, le fondateur lance un appel aux anciens élèves, aux parents et aux partenaires afin de contribuer à l’achèvement des travaux. Pour lui, la modernisation de l’établissement ne se limite pas à la construction d’infrastructures : elle passe également par l’évolution des méthodes pédagogiques, des mentalités et de la place accordée à l’enseignement coranique dans la société comorienne.

