Après deux jours de débats intenses réunissant experts nationaux et internationaux, universitaires et responsables d’instances de régulation venus de plusieurs pays africains, le Colloque international sur l’éducation aux médias et à l’information ainsi que sur la citoyenneté numérique s’est achevé hier mercredi à Moroni. Un constat unanime s’est dégagé : l’éducation aux médias constitue un rempart essentiel face aux défis du numérique.
Organisé par le Conseil national de la presse et de l’audiovisuel (Cnpa), en collaboration avec le Réseau des instances africaines des régulateurs de la communication, l’événement s’est distingué par la pertinence des thématiques abordées et la qualité des intervenants. Deux journées de présentations ont été suivies de débats riches et constructifs. Lors de la première journée, les échanges ont porté sur deux grands axes.
Le premier thème, consacré à la désinformation, à la manipulation de l’information et à la régulation numérique en Afrique, a réuni plusieurs intervenants de renom, dont José Riachard Pouambi, président de l’instance de régulation de la Centrafrique, Jean-Marc Belchi, directeur du développement Afrique de France Médias Monde, et El Amine Souef, directeur fondateur de l’Agence Airmes Communication and Conseil et expert en communication institutionnelle et en intelligence économique.
Le panel était modéré par Mamadou Oumar Ndiaye, président du Conseil national de régulation de l’audiovisuel du Sénégal. Dans son intervention, José Riachard Pouambi a souligné que la désinformation et la manipulation de l’information ne sont pas des phénomènes nouveaux, mais qu’elles connaissent une accélération notable avec l’essor des technologies de l’information et de la communication.
Jean-Marc Belchi, pour sa part, a mis en lumière les conséquences de la désinformation, évoquant notamment l’implication de certains acteurs politiques internationaux. Il a qualifié la désinformation de « nouvelle menace discrète » et a présenté les initiatives mises en place par France Médias Monde pour y faire face, notamment le croisement et le décryptage de l’information afin de distinguer le vrai du faux, ainsi que la promotion d’une information libre, indépendante et équilibrée.
Des expériences comparées
De son côté, El Amine Souef a alerté sur «la démocratisation de la désinformation», qu’il considère comme un phénomène ancien ayant évolué avec le temps. Il a également évoqué la disparition progressive de la frontière entre le vrai et le faux, accentuée par l’émergence de l’intelligence artificielle. Selon lui, cette technologie représente une arme à double tranchant, capable à la fois de faciliter la production de contenus et de générer des informations trompeuses.
Le second thème de la première journée a porté sur la sécurité numérique et la protection des données. Plusieurs intervenants, dont le Dr Djaé Mohamed Oulopvapvo, enseignant-chercheur à l’Université des Comores, Aboubacar Ben Aboubacar et Taoufiki Mbaé, directeur technique à l’Agence nationale de régulation des technologies de l’information et de la communication (Anrtic), ont partagé leurs analyses et leurs travaux sur ces enjeux cruciaux.
La deuxième journée s’est articulée autour de deux autres thématiques : les expériences comparées en matière de politiques d’éducation aux médias (incluant les approches pédagogiques et les partenariats) ainsi que les réseaux sociaux et les discours de haine. Sur le premier sujet, les interventions ont été assurées par Dr Mohamed Abdoulatuf, chef du département génie informatique de l’Institut universitaire de technologie (Iut), Rehema Ahmed Abdallah, chargée de communication à l’Unicef Comores, et Me Soilihi Mohamed, avocat et conseiller juridique au Cnpa.
Le panel était modéré par Halime Assadiya Ali, présidente de la Haute autorité des médias et de l’audiovisuel du Tchad. Le second thème, consacré aux réseaux sociaux et aux discours de haine, a réuni Dr Fatima Ibrahim, enseignante-chercheuse à l’Université des Comores, Me Mohamed Barré, vice-président de la Haute autorité de l’audiovisuel et de la communication du Bénin, ainsi que Me Ndrin Ikpobé.
Les échanges ont été modérés par Me René Bourgoin, président de la Haute autorité de la communication audiovisuelle de Côte d’Ivoire.
Ce colloque aura permis d’appréhender les défis majeurs liés à l’information à l’ère numérique, tout comme il a servi à démontrer l’importance d’une éducation aux médias renforcée pour former des citoyens avertis et responsables.



