Alors que le système éducatif accuse un déficit estimé à 1400 enseignants, le gouvernement annonce 300 recrutements. Une réponse jugée insuffisante, sur fond d’exigence de transparence et de meilleure gestion.

 

Le système éducatif comorien souffre d’un déficit structurel d’enseignants, estimé à près de 1400 postes vacants dans le primaire et le secondaire. Une situation que le ministre de l’Éducation nationale, Bacar Mvoulana, a lui-même reconnue lors du lancement du projet «Rehema» à Mwali il y a quelques jours. Il a annoncé dans la foulée le recrutement en urgence de 300 enseignants avant la prochaine rentrée scolaire.

Si cette annonce marque une prise de conscience, elle soulève néanmoins des interrogations : l’écart entre les besoins réels et la réponse gouvernementale interroge. Sur le terrain, les causes de cette pénurie sont bien identifiées. À Mwali, 23 enseignants font défaut dans 26 établissements primaires. Le directeur régional de l’enseignement primaire, Kaldine Soihibou, pointe en priorité «les départs à la retraite non compensés». Une tendance confirmée dans les autres îles.

À Ndzuani, environ 300 enseignants manquent dans le primaire, répartis sur 115 écoles. Là encore, retraites et décès expliquent en grande partie la situation. Mais dans le secondaire, la pression est accentuée par la croissance des effectifs. Selon le responsable régional Attoumane Houmadi, «certaines classes dépassent les 60 élèves, tandis que 180 enseignants font défaut à ce niveau».

Un plan de redéploiement 

Même réalité à Ngazidja, où près de 300 enseignants manquent dans le primaire, selon le directeur régional Farhane Mradabi. Il évoque le vieillissement du corps enseignant.  «Beaucoup de ceux qui sont en poste aujourd’hui sont ceux qui nous ont enseigné», affirme-t-il. Face à cette situation, les autorités misent en partie sur des solutions internes. Le redéploiement d’enseignants du secondaire vers le primaire est déjà pratiqué pour combler les vides les plus urgents. Une approche soutenue par certains acteurs du secteur, mais qui ne fait pas l’unanimité.

Du côté syndical, la prudence est de mise. Mohamed Maanfou, responsable de la Fédération des syndicats des enseignants (Fsec), appelle à «une gestion plus rigoureuse avant tout nouveau recrutement». Il pointe notamment le paradoxe d’un système où «certains enseignants sont payés sans assurer pleinement leurs heures de cours, comme l’ont relevé les assises nationales de l’éducation de juillet 2025».

Dans ce contexte, la question n’est pas seulement celle du nombre, mais aussi celle de la qualité et de la transparence du recrutement. Plusieurs professionnels du secteur insistent sur «la nécessité d’un processus rigoureux, afin d’éviter l’entrée dans la profession de candidats insuffisamment qualifiés ou motivés».