La décision d’interdire pendant cinq ans l’accès aux examens aux candidats sanctionnés pour fraude suscite des réactions contrastées. Parents, étudiants, enseignants et responsables politiques s’accordent sur la nécessité de lutter contre la triche, mais interrogent la proportionnalité, son efficacité et ses conséquences sur l’avenir scolaire des élèves.

 

Sonia Miradji, parent d’élève


«Suspendre un élève pendant une période de cinq ans est une mauvaise idée. C’est, en quelque sorte, compromettre son parcours scolaire et sa carrière. D’habitude, les candidats au baccalauréat sont âgés de 18 ans, même si certains se présentent à 24 ans ou plus. À cet âge, ils sont généralement plus matures et reviennent tenter leur chance après plusieurs années d’interruption. Si un candidat est empêché de passer le baccalauréat pendant cinq ans et doit attendre l’âge de 30 ans pour se représenter, à quoi cela lui servira-t-il ? Il risque tout simplement d’abandonner ses études. Plutôt que de lui infliger une suspension aussi longue, il serait préférable de le convoquer en audience afin qu’il puisse être entendu et présenter sa défense».

Mohamed Youssouf, étudiant en économie à l’Université des Comores


«Cette peine est très lourde. Un élève suit un cursus scolaire pendant plusieurs années, puis risque, en quelques mois, de tout perdre à la fin de son parcours. Cinq années, c’est beaucoup comme peine. Un élève ne peut pas toujours échapper à la tentation de tricher. Cela peut parfois lui arriver. Sinon, la conséquence serait de rester les bras croisés pendant toutes ces années, sans avoir d’autre possibilité. Il serait alors facile de quitter l’école. Je propose donc de réduire la peine à deux ans maximum».
Abouhanifa, membre de l’association comorienne Ngo’shawo «En réalité, ce n’est pas une bonne décision, car ces élèves risquent d’abandonner leurs études. Il faut donc trouver une autre solution que cette sanction».

Soibahou Mourchidi, professeur de mathématiques 


«Punir l’élève après toutes ces années d’études, c’est détruire son espoir. Dans certains cas, c’est son entourage qui lui donne la possibilité de tricher. Certains responsables favorisent certains candidats et pas d’autres. Cela crée une inégalité et révèle un manque d’impartialité, du plus haut niveau jusqu’au niveau le plus bas. Lors des examens nationaux, notamment au baccalauréat, certains élèves peuvent recevoir les sujets à l’avance, ce qu’on appelle communément le «patri». Certes, dans un tel cas, l’élève qui utilise ce sujet ne fait pas l’effort attendu. Mais il faudrait aussi, voire surtout, sanctionner ceux qui permettent cette fraude. À défaut, la peine devrait être réduite à un ou deux ans».

Housni Mohamed Abdou, président du parti politique Swauti


«En tant que responsable politique, je considère que la lutte contre la fraude aux examens est une exigence de justice et de crédibilité de notre système éducatif. Lorsqu’un élève triche, ce n’est pas seulement une règle qui est violée : c’est l’égalité des chances entre les candidats qui est remise en cause. Il est donc normal que des sanctions existent. Cependant, dans un État de droit, une sanction ne peut être légitime que si elle respecte des principes fondamentaux. Le premier est celui de la prévisibilité. Les règles et les sanctions applicables doivent être connues de tous avant le début des examens.

 On ne peut pas demander aux candidats de respecter des dispositions dont ils n’ont jamais été clairement informés. C’est pourquoi les établissements scolaires, les enseignants et l’Office national des examens et concours ont une responsabilité importante en matière de prévention. Une campagne de sensibilisation massive devrait être organisée avant chaque session afin que chaque élève connaisse les conséquences de la fraude.

 La prévention est toujours préférable à la répression.Sur le fond, j’adhère pleinement au principe de sanctions contre la triche, que ce soit au Cepe, au Bepc ou au baccalauréat. Une société qui banalise la fraude à l’école prépare une société dans laquelle la fraude devient acceptable dans les concours, l’administration et la vie publique. Défendre l’intégrité des examens, c’est aussi défendre les valeurs de mérite, d’effort et d’exemplarité.


Le débat ne doit donc pas se limiter à déterminer si cinq ans d’interdiction sont trop sévères ou non. La véritable question est de savoir si la sanction est suffisamment dissuasive pour protéger l’intégrité des examens. Une sanction qui n’a aucun effet dissuasif perd une grande partie de son utilité. En revanche, toute décision doit être appliquée de manière impartiale, transparente et égale pour tous. La lutte contre la fraude ne doit souffrir d’aucun favoritisme ni d’aucune intervention politique ou sociale. La même faute doit entraîner la même conséquence, quel que soit le statut de l’élève ou de sa famille.


Enfin, cette affaire doit nous amener à réfléchir plus largement à la qualité de notre système éducatif. La répression est nécessaire, mais elle ne remplacera jamais un travail de fond pour restaurer la confiance dans l’école, valoriser le mérite et former des citoyens attachés à l’éthique et à la responsabilité. Une politique éducative crédible repose à la fois sur la prévention, la justice et la fermeté».